Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

vendredi 6 décembre 2013

Harrison Smith

Vous avez pu admirer les belles fleurs que j’ai photographiées au jardin d’eau de Vaipahi, mais sur cette même petite commune (Papeari), il existe un autre parc botanique beaucoup plus célèbre, celui d’Harrison Smith.



Deux magnifiques jardins à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, mais ce n’est pas un hasard, non ! Si ce coin de Tahiti est tellement renommé pour ses fleurs et ses cultures, c'est certainement dû à ce Monsieur Smith (1872 - 1947), un américain passionné de botanique dont je ne peux m’empêcher de vous dire quelques mots. Ceux qui me connaissent trouveront quelques points communs amusants avec ma bien plus modeste personne.

La vie d’Harrison Smith

Harrison Willard Smith était passionné par la botanique. Accomplissant ses études à l'Université de Harvard, il fut remarqué en raison de ses aptitudes pour les mathématiques et la physique. Après avoir passé une licence de Sciences physiques, il prépara l'équivalent de l'agrégation qu'il passa avec succès, et se trouva professeur adjoint chargé des cours de physique au M.I.T. (Massachusetts Institut of Technology).
Il devait cependant, avant de se consacrer pleinement à l'enseignement, profiter de sa situation de fortune (là ce n’est pas un point commun avec moi !!!) pour accomplir un tour du monde qui devait l'amener en 1903 justement à Tahiti. Il en conservera un souvenir très ému qui contribuera à l’y faire revenir plus tard.
Il avait commencé à professer au M.I.T. lorsque la première guerre éclata. Son éducation très puritaine et son enthousiasme juvénile le poussèrent à s'engager du côté allié dans l'escadrille La Fayette, avant l'intervention des Etats Unis, mais pas en tant que pilote. En effet, pacifiste sincère, il ne peut accepter l’idée de verser le sang, même pour une juste cause. Il se fera donc ambulancier, conduisant en 1916 et 1917 sa propre auto (une Ford T du même modèle que celle qu'il avait à Tahiti) transformée en ambulance.
La guerre terminée, sa petite fortune lui permet d’envisager de ne pas poursuivre sa carrière universitaire. En 1919, il préfère démissionner et revenir à Tahiti pour s’adonner à sa passion pour la flore tropicale. Rachetant peu à peu différentes petites propriétés, il se retrouve en quelques années à la tête d’un superbe domaine situé au bord du lagon, sur lequel il va essayer d’acclimater toutes sortes d’espèces de fleurs et d’arbres qu’il fait venir à grand frais d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie. C’est ainsi qu’il constitue le domaine de Motu Ovini, connu aujourd’hui sous le nom de Parc Harrison Smith.
Harrison Smith en avril 1928 avec une citrouille de 34,8 kg de sa production 
Sa notoriété n’est pas seulement due à cette collection exceptionnelle de végétaux acquise grâce à sa fortune. En effet, Harrison Smith est un altruiste notoire, dont la principale préoccupation est de parvenir par ses essais de transplantations à améliorer la vie des Tahitiens. A ce point de vue Tahiti lui doit beaucoup. Ainsi, grâce à Harrison Smith, la Polynésie (et en particulier les Marquises) possède de nombreux légumes et fruits autrefois inconnus, comme par exemple une variété de pamplemousses énormes, juteux et délicieux, originaires de Bornéo, qui sont un vrai régal. Il s’emploiera à diffuser du mieux possible ses réussites agronomiques en distribuant gratuitement plants et graines à toutes les personnes intéressées. Mais ce que ne disent pas les publicités, c’est que notre passionné de botanique est aussi responsable de l’introduction involontaire de deux pestes végétales qui représentent aujourd’hui un réel danger pour la biodiversité de l’archipel, et un gros souci aussi bien pour les pouvoirs publics que pour les association de protection de la nature.
Mais la notoriété d’Harrison Smith ne se limite pas à la botanique. En effet, notre homme, qui malgré des moyens financiers hors du commun, a choisi de vivre d’une manière ascétique, presque monacale, dormant sur un simple lit de fer, dans une pièce presque nue, est toujours prêt à rendre service à son prochain. Très disponible, il s’emploie à dépanner ses voisins, n’hésitant pas à assurer une navette pour les conduire à la consultation du médecin à Taravao. A cette époque, cette Infirmerie-dispensaire n'était pas équipée pour une hospitalisation ; il fallait alors évacuer le malade sur Papeete. Harrison Smith proposa au Territoire de faire construire à ses frais un établissement disposant de 12 lits répartis en quatre chambres. Ce devait être là le premier hôpital de Taravao. Harrison Smith s’impliquera aussi beaucoup et un peu partout sur Tahiti, dans la lutte contre l’alcoolisme et pour la réinsertion des victimes de ce fléau.
Il devait décéder le 3 Janvier 1947 après une longue et cruelle maladie. Bien que ses très nombreux amis de Papeari lui aient préparé un tombeau dans l'enceinte du temple et dont l’épitaphe eut pu être « à celui qui aimait autant les plantes que son prochain », il fut inhumé selon ses dernières volontés, sur le flanc de la montagne qui surplombe le parc qui porte maintenant son nom. 
Assis sur la chaise à côté de son ami, l’écrivain Normann Hall 

Ce parc est aujourd’hui ouvert au public, après de multiples vicissitudes (legs, abandons, changements de propriétaires, …). Entre autres curiosités, le jardin abrite un banian épanoui qui s’étend sur plus de 70 m² (la légende dit qu’Harrison acheta les graines à Paris chez Vilmorin). L’inscription de ce parc comme site protégé a été demandé deux fois sans suite, la première en 1964 et la seconde en décembre 1999. Un ambitieux programme de réaménagement du jardin botanique Harrison Smith avait été proposé en 1998 par le paysagiste Pierre-Yves Jorcins, mais n'a malheureusement jamais été concrétisé. Dommage car ce parc exceptionnel par les espèces végétales présentées souffre d’un manque évident de « lisibilité ». Pas de chemins clairement identifiés et fléchés, serres dans un triste état, absence de plaque indicative au pied des plantes remarquables, aucun document informatif à l’entrée du domaine ou ailleurs, tout concourt à laisser à la fois le visiteur lambda sans parcours clair pour circuler dans ce très grand espace, et à la fois le passionné de botanique sur sa faim d’informations simples et instructives. Mais malgré ces carences regrettables, cet espace végétal s’impose comme l’un des plus beaux jardins botaniques du Pacifique. A ne rater sous aucun prétexte, ne serait-ce que pour sa forêt de « mapé » (le très étonnant châtaignier de Tahiti aux racines spectaculaires)..


Ah ! J'allais oublier de vous montrer cette dernière photo ...

C'est le voilier d’Harrison Smith, quio était passionné de mer et de navigation hauturière !


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire