Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

mercredi 5 mai 2021

Lifting et/ou lifting

Le 19 avril, comme prévu, Sabay Dii a quitté son élément, l’eau, pour un séjour terrestre d'un mois. Pas une nouveauté, puisqu’il y avait déjà eu des précédents : à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe, 2010), puis Guaymas (Mexique, 2012), puis Opua (Nouvelle Zélande, 2016) et enfin Rebak (Malaisie, 2018). Mais cela faisait près de trois ans et un sacré paquet de milles nautiques (Océan Indien, Mer Rouge et Méditerranée) que l’anti-fouling (peinture sous-marine anti-salissure) n’avait pas été refait. Impossible de reporter d’un an de plus. Le lifting s’imposait donc ; mais quel lifting ?

Pour les français, un lifting, c’est l’ensemble des opérations qui permettent de se refaire une beauté : le visage donc. Et les anglais, avec leur logique implacable, parlent eux de « facelift », le verbe to lift signifiant « soulever ». Autrement dit, pour se refaire une beauté, il faut soulever le visage (face) qui s'est avachi sous les avanies sournoises et répétées du temps.

Mais au fait, avant de se refaire une beauté, il faut sortir le bateau de l’eau, et donc le soulever, et cette opération de levage se dit « lifting » en anglais.

Moralité, avant de se refaire une beauté (le lifting des français), Sabay Dii doit d’abord passer par l’opération de grutage (le lifting des anglais).

Voici quelques images de cette opération de sortie de l’eau à l’aide d’une énorme machine capable de soulever et de transporter des bateaux de 72 Tonnes. Tout logiquement, les anglais lui ont donné le nom de travel-lift (to travel signifiant voyager), dénomination que tout le monde a adoptée. Le voyage n’est pas bien long : une centaine de mètres entre la darse où l’on passe deux grosses sangles sous le bateau à flot, pour pouvoir le soulever, et la zone de carénage.

Sabay Dii dans la darse. Les sangles vont être passées sous le bateau
Une fois sorti de l'eau, Sabay Dii a droit à une petite toilette (au Karcher), mais la coque est incroyablement propre après trois ans d'immersion (voir informations techniques à la fin de l'article)

L'opération de sortie de l'eau s'est bien passée. Le capitaine est satisfait

Le travelift en action (après le lift, le travel)


Sabay Dii a fini son voyage terrestre de 100 mètres et va être posé sur ses trois pattes,
une fois que j'aurai arrêté de le soutenir à bout de bras
 
Les manutentionnaires qui voyaient pour la première fois de leur vie un biquille, n'arrivaient pas à croire qu'il pouvait tenir sur ses trois appendices et ont voulu l'assurer par trois madriers
 
A Finike, comme dans beaucoup de chantiers de Turquie, on ne connait rien d'autre que les madriers pour soutenir les bateaux. 
 
Une technique qui surprend au premier abord, mais qui a fait ses preuves. La preuve ...
Ce très gros voilier traditionnel turc de plus de 50 tonnes est maintenu par seulement 12 rondins de bois
 
La première opération de lifting (le levage) est terminée. Maintenant, il me reste à bosser quatre semaines pour procéder au deuxième lifting (embellissement) de Sabay Dii. Et je vous garantis une sacrée surprise à l'arrivée. Regardez le bien, car le 17 mai, pour se remise à l'eau, il aura drôlement changé. Je ne vous en dis pas plus.
 

Quelques informations techniques sur l'antifouling (ou anti-fouling)

Le « fouling » est un phénomène naturel qui a lieu dans l'eau, qu'elle soit douce ou salée, et qui concerne tout objet immergé. Il commence par la formation sur le substrat d'un biofilm invisible, suivi de la colonisation par une série d'organismes (d'abord des algues minuscules, puis de plus en plus grosses, puis des coquillages, et même du corail). Il se forme plus vite dans les couches d'eau éclairées et riches en nutriments, et chaudes, comme les eaux tropicales de surface.
Le phénomène concerne bien sûr les coques des navires mais également diverses installations fixes ou non fixes immergées (plates-formes pétrolières, canalisations, structures des ports, éoliennes marines, bouées de signalisation, etc.).
Sur tous les bateaux conçus pour se déplacer rapidement, pour éviter de se retrouver avec des kilos de "bio-salissures" qui freinent et détériorent la coque, on applique une peinture spéciale appelée anti-fouling, destinée à empêcher les organismes aquatiques de se fixer. A cet effet, elle contient un biocide, mais du fait de l'érosion naturelle (au cours des navigations) et de la perte d'activité du biocide (au cours du temps), le traitement de la coque doit être renouvelé périodiquement. Sur les voiliers, on procède habituellement à un traitement annuel, ce qui oblige évidemment à sortir le bateau de l'eau quelques jours par an
Il y a sur le marché pléthore de peintures anti-fouling dont les qualités sont toujours vantées par les marques (International, Hempel, Yachtcare, Velox, Jotun, ...) dans les revues et catalogues de nautisme. Quant à savoir ce qu'elles valent réellement ... Pour ma part, j'en ai essayé plusieurs (et parfois en les comparant puisqu'il m'est arrivé de peindre une des quilles avec un produit et l'autre quille avec un concurrent) mais aucune ne m'est apparue formidablement efficace (soit qu'elle s'érodait trop vite, soit que le biocide perdait rapidement de son efficacité). Une exception cependant : un produit industriel de chez International prévu pour la marine marchande, donc pas facile à se procurer, et que j'avais en plus dopé avec du bichromate de cuivre (encore plus difficile à trouver, et à manipuler avec de grandes précautions car c'est un poison mortel). Mais aujourd'hui, je pense avoir trouvé en Malaisie ce qui se fait de mieux. C'est le Seaforce 90 de la marque Jotun (je ne suis pas sponsorisé) qui est justement fabriqué là-bas, mais qui est aujourd'hui commercialisé dans le monde entier. Il coûte aussi cher que les plus chers, mais regardez les deux photos de Sabay Dii prises à une demi-heure d'intervalle, avant et après être passé au nettoyage pression.

 
 
 
Vous pouvez remarquer qu'à la sortie de l'eau, il n'y avait pratiquement rien sur la coque. Elle venait pourtant de passer trois années dans des eaux très chaudes, et avait parcouru la bagatelle de 10000 milles nautiques (l'équivalent d'un demi-tour du Monde) entre le détroit de Malaca, l'Océan Indien, la Mer Rouge et la Méditerranée.
 
Résultat du nettoyage, quelques petits coquillages et un peu de mousse qui s'était nichée dans des anfractuosités difficiles à peindre. Difficile de faire plus efficace. Mais je dois quand même préciser qu'au lieu de passer deux à trois couches, j'en ai passé une à deux en plus selon les endroits les plus érodables de la carène (des couches épaisses et sans solvant, à la différence des professionnels qui jouent sur les deux tableaux pour augmenter leur gain). En tout cas, avec 20 L de produit, j'ai été peinard trois ans !
Qui dit mieux ?

lundi 19 avril 2021

Quoi faire en Turquie avec un voilier, en période de Covid ?

Remarque préalable : tout ce qui suit correspond aux données du 19 avril 2021. Bien sûr, dans les jours prochains, tout peut changer en fonction de l'évolution de la pandémie, mais aussi des décisions du gouvernement turc.

La situation sanitaire actuelle 

Comme on peut le voir sur les deux graphiques ci-dessous, elle est en évolution défavorable avec un nombre de contaminations quotidiennes (60 000) et un nombre de décès quotidiens (300) en fortes hausses. La moyenne nationale du taux de contamination était de 503 cas recensés pour 100.000 personnes (moyenne sur les 7 derniers jours).

Sur le total de la population turque (environ 85 000 000 h), il y a eu 4 323 596 cas de contamination et 36 267 décès liés au coronavirus recensés dans le pays depuis le début de l’épidémie, avec de très fortes disparités territoriales (Finike fait partie des îlots assez épargnés).

Les règles à respecter pour venir en Turquie

Tous les passagers de 6 ans et plus se rendant en Turquie par transport aérien maritime ou terrestre doivent être en possession d’un test COVID-19 négatif effectué dans les 72 h avant le départ de leur vol vers la Turquie. Ils doivent en outre remplir électroniquement le « Formulaire d’entrée en Turquie (link is external) » dans les 72 heures avant le départ de leur vol vers la Turquie. Cette obligation ne s’applique pas aux passagers en transit. Chaque personne remplissant ce formulaire se verra automatiquement attribuer un HES code personnel (voir infra).

Qu'est-ce qui fonctionnent en ce moment en Turquie ?

A part le système scolaire et universitaire complètement mis à l'arrêt depuis plus d'un an, et la culture placée en mode veille, tout fonctionne à peu près normalement. Les commerces de toutes sortes (épiceries, supermarchés, coiffeurs, magasins de bricolage, etc.) sont ouverts au public, de même que tous les ateliers et administrations. Le hôtels accueillent les clients de même que les restaurant mais avec une jauge de 1/2. Bref, la vie continue comme d'habitude, mais à condition de respecter quelques règles. Et en Turquie, les règles, on les applique à la lettre, et sans discuter !

Les règles à respecter une fois arrivé en Turquie

Pour se rendre dans certains lieux publics, comme les centres commerciaux, les marchés et les restaurants, pour s’enregistrer dans un hôtel et pour voyager entre deux villes turques en avion, en train ou en bus intercity, il faut disposer du fameux code HES (du nom de l’application « Hayat Eve Sığar »).

Le port du masque et le respect de la distanciation sociale sont obligatoires pour tous en-dehors du domicile (dans tous les lieux publics, dans la rue, sur le lieu de travail, dans les véhicules où se trouvent deux personnes ou plus, etc.).

Dans toutes les provinces, un couvre-feu est en vigueur tous les jours de 19 h à 5 h, et pendant toute la durée des week-ends (sauf courses alimentaires de proximité et motifs impérieux tels que retour dans son lieu de résidence, traitement médical, funérailles, convocation administrative ou judiciaire, examen universitaire, etc.). Le couvre-feu s'applique à toute la population turque et aux résidents étrangers, mais les touristes étrangers de passage en sont exemptés.

Les personnes qui, durant leur séjour en Turquie, sont diagnostiquées positives au COVID-19 ou les personnes qui ont été en contact avec une personne positive doivent, sur décision des autorités turques, respecter une période de quarantaine sur leur lieu de séjour en Turquie (par exemple à l’hôtel). En cas de non-respect des mesures de quarantaine, les contrevenants devront s’acquitter d’une amende et seront placés en isolement dans une structure désignée par les autorités.

Quelques restrictions particulières

En semaine, les mineurs ne sont autorisés à sortir qu’entre 14h et 18h et les personnes âgées de 65 ans et plus qu’entre 10h et 14h.

Et quand on a un beau voilier, comme Bibi ?

Eh bien, c'est le flou artistique, car en principe, la navigation de plaisance est autorisée sans restriction aucune. Les voiliers entrent et sortent des marinas, contrairement à l'an dernier, et contrairement à ce qui se passe en Grèce, où toute navigation non indispensable est proscrite.

Si j'ai bien compris, j'ai le droit de naviguer où je veux, pourvu que je ne sorte pas de chez moi (mon bateau) autrement qu'entre 10 et 14 h.

Cette astuce se comprend très bien quand on se place du côté gouvernemental, car il faut absolument que le tourisme fonctionne à plein à une époque où toute l'économie de la Turquie est au bord de l'effondrement. Pour rappel, en 2020, la Lire Turque a perdu 40 % de sa valeur, et personne n'en veut sur les marchés internationaux. Le seul moyen actuel du pays pour avoir des devises, c'est d'accueillir des touristes !

Ouf !



mardi 13 avril 2021

Ouf !!! Ça y est ; je suis à bord de Sabay Dii

Eh oui !!! J'ai pu quitter la France in extremis, le dimanche de Pâques, dernier jour de liberté de déplacement avant le troisième confinement national. Pure et heureuse coïncidence, car après vol annulé, train supprimé, etc., c'était la seule possibilité que j'avais de prendre un avion pour Antalya, via Istanbul, depuis Marseille. Comme de bien entendu, tout n'a pas fonctionné comme prévu, puisque le premier vol a été retardé pour un "problème technique". Il a fallu poiroter un bon bout de temps, sans informations de la part de la compagnie, comme d'habitude, avant d'embarquer, enfin. Et bien sûr, ma correspondance à Istanbul pour Antalya s'envolait avec moi de Marseille. Ce n'est que le lendemain de la date prévu que j'ai eu le deuxième avion. Du coup, arrivant en pleine nuit à Antalya, avec le couvre-feu local, j'ai du dormir dans un hôtel. Et le lendemain, après deux taxis, un bus, et un dernier taxi, je suis finalement arrivé à la Marina de Finike. 

Au total, pour aller de Perpignan à Finike, il m'aura fallu la bagatelle de 50 heures et 11 modes de transports successifs. Mais j'ai déjà fait bien pire, et globalement, je trouve que ce fut un voyage assez facile, à défaut d'avoir été rapide. Il faut dire que je commence à avoir une habitude certaine de ce déplacement Perpignan - Finike. Et puis, j'avais bien préparé mon coup, car il est impossible pour un citoyen français de partir pour la Turquie et d'y arriver, s'il n'a pas satisfait à un certain nombre d'obligations et de démarches préalables. En effet, pour pouvoir enregistrer un passager, toutes les compagnies aériennes officiant en France sont dans l'obligation de vérifier qu'on a une bonne raison de partir, et ces raisons sont très limitées et définies par le gouvernement français. J'avais pour moi l'avantage d'avoir une carte officielle de résident turc et mon enregistrement au registre des français résidant à l'étranger. Il faut aussi respecter les obligations turques, à savoir avoir procédé à son enregistrement sur le service de santé turc pour avoir un QR Code, 72 heures avant l'heure d'arrivée en Turquie. Sésame indispensable pour entrer sur le territoire turc, mais aussi pour rentrer dans tous les lieux publics (administrations, marchés, etc.). Sinon, soit on est refoulé si l'on vient de l'étranger, soit on est déjà en Turquie, et on ne peut que rester enfermé chez soi ! Il faut ajouter à cela un test PCR négatif demandé par les compagnies d'aviation pour les vols internationaux. J'avais tout bon et en plus j'étais vacciné, mais il y en avait dans la queue d'enregistrement qui ne savaient pas tout cela et qui se sont retrouvés en carafe.

On pourrait croire qu'avec autant de précautions, on ne risque pas d'être contaminé au cours du vol, mais c'est sans compter sur l'indiscipline des français qui dès qu'un steward ou une hôtesse de l'air était passé, enlevaient leur masque.  Invraisemblable !

Finalement, je suis arrivé à la marina lundi 5 avril en début d'après-midi, par un temps maussade et froid. Sabay Dii était là, à m'attendre sagement, mais avec l'air tristounet d'un bateau qui a essuyé les pluies hivernales chargées du sable de l'Egypte. Et oui ! La Turquie fait face au pays des Pharaons et reçoit à chaque gros coup de vent du sud, sa part de sable envoyé à haute altitude par les tempêtes du désert.

A part sa triste mine de jaunisse et le drapeau français en lambeaux, il était dans un état impeccable, bien amarré et toujours à l'abri sous les multiples protections dont je l'avais bardé.



 

 

 

Un peu cracra, mais ce n'est bien grave.

 

 

 


Il ne me reste plus qu'à me mettre au boulot pour redonner des vitamines et des couleurs à mon beau Sabay Dii, afin qu'il reprenne la mer, le plus tôt possible. Eh oui ! En Turquie, on peut naviguer, mais je vous raconterai très prochainement ce que l'on peut faite ou pas dans ce curieux pays, en ce moment. Vous verrez que c'est assez surprenant.

lundi 22 mars 2021

Pas facile de naviguer librement en 2021

Déjà la mi-mars est passée.

Il y a six mois, je pensais qu'en ce moment, je serais en Turquie en train de préparer Sabay Dii pour de nouvelles aventures. Or je suis toujours à Perpignan, en train de "combiner" pour pouvoir rejoindre le bateau.

Les vols vers la Turquie ne cessent d'être annulés au dernier moment avec, à chaque fois, bien sûr, tout à recommencer : trouver une place sur un nouveau vol, puis trouver un moyen de rejoindre l'aéroport de départ (Marseille ou Lyon et même Barcelone), et éventuellement une chambre d'hôtel pour ne pas passer une nuit entière sur une chaise, dans un hall glacial en attendant l'avion. Et à chaque annulation de vol, bien sûr, il me faut aussi annuler tout le reste (bus et/ou train, hôtel, etc.), quand cela est possible.

Pas très rigolo, et plutôt exaspérant. Mais, heureusement, je suis du genre à ne pas m'énerver facilement, surtout quand je pense à ma situation de privilégié qui ferait bien des envieux, en cette période où beaucoup de monde se demande s'il va être possible de se déplacer pour aller au boulot (quand il y a encore du boulot), alors que de mon côté, ces petits soucis n'ont aucune incidence sur ma situation matérielle.

Le problème du transport n'est que le premier de la liste, car une fois l'avion trouvé, il faut organiser le changement de pays. Et pour la Turquie, qui ne fait pas partie de l'Europe, ce n'est pas très simple. Pas facile même, car la Turquie est beaucoup plus rigoureuse que la France, du point de vue sanitaire. En effet, pour faciliter le suivi et la gestion de la crise COVID, les autorités turques exigent l’obtention d’un code HES « Hayat Eve Sığar », ce qui signifie texto (la vie rentre à la maison), du nom de l’application qu’ils ont mise au point. La présentation de ce code HES est requise dans la totalité des provinces pour emprunter les transports en communs interurbains (avions, bus, navettes maritimes, etc.). Et la plupart des agglomérations de Turquie imposent que le code HES soit associé aux cartes de leur réseau de transport en commun. Cette démarche consiste à remplir un formulaire à partir d’un lien internet. Ce code est aussi exigé pour s’enregistrer dans un hôtel, pour entrer dans les lieux publics. Bref, c'est le sésame obligatoire, sans lequel vous êtes confiné 24/24, 7/7 ! L'obtention de ce code n'est pas si simple que cela, si l'on est considéré comme étranger/résident, car il faut disposer d'un téléphone turc. Donc impossible pour moi depuis la France, car les cartes de téléphone turques entrent en péremption dès qu'on quitte le pays plus de 3 mois. Et je ne parle pas du test COVID, de l'obligation d'avoir été vacciné pour être dispensé de quarantaine. Et, bien sûr, tout cela à refaire si la date d'entrée en Turquie change, ce qui est le cas à chaque annulation de vol. Quant au retour en France (pas encore programmé), cela risque d'être encore plus ennuyeux, non pas du côté turc, mais en rentrant en Europe, car les autorités françaises qui sont extrêmement laxistes à l'intérieur du pays, mettent des bâtons dans les roues pour les personnes arrivant de Turquie, pour bien montrer au Président turc, qu'on est les plus malins, alors que nous avons eu proportionnellement trois fois plus de morts qu'en Turquie !

Il faut ajouter les formalités habituelles consécutives à tout long séjour hors de chez soi, comme le changement d'adresse à la Poste, la fermeture des compteurs de gaz et électricité et quelques autres formalités qui bien évidemment dépendent de la date de départ de France.

Un vrai parcours du combattant qui m'occupe plusieurs heures par semaine depuis bientôt un mois.

Reste la question de ce que je vais pouvoir faire une fois en Turquie, et là encore, rien n'est simple, ni clair. La seule chose sûre, à l'heure actuelle, c'est que je ne pourrai pas passer en Grèce, comme j'en avais l'intention, puisque la Grèce, qui a dû supporter beaucoup, l'an dernier, de la part de son voisin belliqueux et provocateur, a décidé de fermer sa frontière maritime avec la Turquie. Là encore, je n'ai pas à me plaindre, si je compare ma situation à celle de tous les turcs qui vivent du tourisme de passage entre les deux pays dont les îles sont complètement imbriquées, ni à celle des grecs du Dodécanèse qui, habitant à des centaines de km d'Athènes, ne peuvent se ravitailler, se soigner, ... qu'en passant en Turquie, toute proche. Ma situation est aussi beaucoup plus enviable que celle des plaisanciers de Grèce, car toute navigation non commerciale et non indispensable à l'économie de base a été suspendue sine die, au grand dam de mes copains voileux (ils se reconnaitront) qui se retrouvent avec leurs bateaux immobilisés pour peut-être toute la belle saison.

Mais quoi faire en Turquie avec mon beau Sabay Dii ? Aujourd'hui, personne ne peut répondre officiellement à cette question que j'ai posée, notamment à Nevile, une  franco-turque, agente maritime officielle, très débrouillarde et serviable, et, bien sûr, familière des arcanes administratifs de la Turquie. Elle a contacté qui de droit, qui l'a renvoyé à un autre bureau, et ainsi de suite. En fait, la situation fluctue d'un jour sur l'autre, les ordres et contre-ordres se répondent, et le mille-feuilles administratif est tel que personne ne sait ni ne peut prendre une décision. Gardes côtes, Préfecture, Affaires Maritimes, Douanes, Ministère du Tourisme, des Affaires Étrangères et Police locale se renvoient la balle, à défaut de botter en touche. Quant à l'Ambassade de France, elle prône, bien évidemment, la restriction la plus grande : pour moi, en l'occurrence, le confinement strict tous les jours sauf 2 heures de liberté, le dimanche, à condition de ne pas m'éloigner à pied de plus de 5 km ! Par contre, aux dires du responsable de la marina où est amarré Sabay Dii, étant vacciné, je serais libre de naviguer comme bon me semble dans les eaux turques. Reste à savoir si c'est vrai.

Tout cela n'arrive pas à me déstabiliser le moins du monde, et conscient de la volatilité de la situation sanitaire et/ou administrative, je me contente de préparer mon départ. A la moindre fenêtre ouverte, je suis prêt à foncer pour rejoindre le bateau. Je verrai bien sur place ce que je serai autorisé à faire. De toute façon, pour me laisser un peu de marge, j'ai prévu de sortir Sabay Dii de l'eau, dès mon arrivée, pour le carèner. Il en a bien besoin puisque sa dernière sortie terrestre date de la Malaisie (2018). Du coup, en tablant sur un mois de soins intensifs, il devrait être opérationnel fin mai, au plus tard, j'espère. Si d'aventure j'étais alors dans l'impossibilité de naviguer, je rentrerais tout simplement en France pour vaquer à mes occupations terrestres favorites (randonnée à pied ou à vélo, chasse photographique d'insectes, vol de cerf-volants, lecture et bricolage, cuisine,.....(liste trop longue à écrire) ...), mais mon optimiste viscéral me pousse à penser que je vais m'éclater au cours de belles navigations dans les eaux turques de la Mer Égée : pourquoi pas remonter jusqu'à Istanbul tant que le Meltem n'est pas trop fort, et redescendre plein sud, plein pot, au portant en juillet-août.

Pour conclure, malgré toutes les embuches apparentes, la saison 2021 va très probablement être aussi superbe que toutes les précédentes. Vive la vie !

PS : vous remarquerez que j'ai eu la prudence de ne pas indiquer ma date de départ, car je suis du genre très optimiste, mais aussi très réaliste, ce qui est loin d'être contradictoire !

samedi 9 janvier 2021

Kaş Kaş Kaş (prononcer kach à la française)

Ah Kaş ! Que voilà une jolie petite ville !

Elle est située presque au milieu de la Côte Lycienne qui s'étend d'Antalya à Fethiye.

Je m'y suis déjà arrêté trois fois avec Sabay Dii. D'abord à la fin du mois de juin 2019, au cours de mon exploration de la Côte Lycienne. Et comme le bateau avait à l'époque Antalya comme port d'attache, j'y suis repassé presque deux mois plus tard sur ma route de retour. Et en cette année 2020, très spéciale, à cause du confinement, j'y suis revenu une nouvelle fois, car c'était l’extrême limite occidentale de navigation autorisée pour les bateaux amarrés à Finike. Et j'y retournerai probablement en 2021, car cette petite ville a beaucoup de charme.

On peut accéder à Kaş par deux côtés : par le long bras de mer de l'Ouest, ou directement par le Sud.

Mais l'option Sud n'est pas la bonne. En effet, il n'est pas question d'entrer dans le petit port situé au Sud de la ville car d'une part il est bondé (une multitude de bateaux de promenades en mer, très bruyants) et d'autre part, c'est le point de départ et d'arrivée de la ligne maritime reliant la Turquie à Kastellorizo, île située à une paire de milles nautiques seulement de Kaş, mais en territoire grec (voir article sur la guéguerre entre les deux pays toujours d'actualité). Quant à mouiller au Sud de la ville, c'est-à-dire non loin de l'entrée du port, autant n'y pas penser car l'endroit est extrêmement agité à cause du trafic, mais surtout à cause des vagues et de la houle levées par le Meltem, ce vent solaire qui se lève presque tous les après-midi d'été et qui souffle ici d'Ouest en Est.

Reste donc l'option Ouest qui permet de bien se mettre à l'abri, soit dans la marina de la chaîne Setur, soit en mouillant en fond de bras de mer, par une dizaine de mètres d'eau, sur fond sableux.

L'option Ouest fut celle que j'ai choisie à mon premier passage, et je n'ai pu que m'en féliciter.
La marina Setur de Kaş

Vidéo aérienne de Captain Ergun


Sabay Dii à la marina de Kaş    
Le voisin d'en face a apposé sur l'une des coques de son catamaran le portrait d'Ataturc.C'est fréquent sur le carrosseries des voitures mais plus rare sur les bateaux dont les propriétaires préfèrent hisser le portrait en drapeau dans la mature.

La marina de Kaş est la plus spacieuse qui soit. Un peu trop même !

Bloc sanitaire
Heureusement, il y a des canards très sympathiques qui donnent un peu de vie à cette marina.
Ces canards d'eau douce aiment la mer. Ils sillonnent la marina à longueur de journée et viennent dormir et se faire nourrir à la marina.

On pourrait croire, à première vue, qu'à la marina ou au mouillage occidental, on se trouve loin du centre-ville, mais on voit bien sur la photo aérienne ci-dessous que ce n'est pas le cas. En dix minutes à pied on est rendu au cœur de cette jolie petite ville de province.
Trouvée sur Internet
La ville de Kaş ne date pas d'aujourd'hui. A l'époque Lycienne (troisième et deuxième millénaires avant notre ère), c'est déjà un village de pêcheurs-pirates, (et cela n'est pas surprenant vu la configuration exceptionnelle de la côte dans ce secteur). Comme tout le reste de la région, la colonisation grecque va s'opérer progressivement et le petit village deviendra en quelques siècles une grande cité hellénique, dont il reste de nombreux vestiges malheureusement mal conservés et un superbe théâtre (le seul orienté face à la mer de toute la côte). La ville restera de culture grecque malgré les diverses invasions, jusqu'à 1923, date à laquelle un échange de populations entre la Grèce et la Turquie fut réalisé, suite à la guerre gréco-turque, et la très grande majorité de la population fut déportée en Grèce, et remplacée par des turcs.
Sur cette carte de l'amiral ottoman Piri Ibn Haji Mehmed du XVIe siècle, on devine Kaş au pied des montagnes et l'île de Kastelorizo.




Un superbe sarcophage royal trône en haut de la principale rue piétonnière. Il date du quatrième siècle avant J.-C. et donc de la période hellénique (ce qui se remarque sur les inscriptions gravées dans la structure).
Remarquez le sarcophage en haut de la rue piétonne (2019).  
 
Le théâtre grec      


 
 
Aujourd'hui, Kaş est une ville très touristique dont j'ai pu constater l'activité débridée en 2019, mais que j'ai retrouvée cette année bien plus calme et paisible, "grâce" aux consignes de confinement.




C'était en 2019, épuisé par l'agitation ambiante
 
La ville de Kaş est un des hauts-lieux du tourisme turc. On y vient de Russie, de France, d'Allemagne, de Chine, etc. pour son ambiance détendue (rien à voir avec Marmaris et ses boîtes de nuit), pour aller faire un tour en mer (en Grèce, mais aussi dans les innombrables criques de la côte). Les hôtels sont innombrables mais coquets, les touristes innombrables mais calmes, les restaurants innombrables mais pas trop chers, etc.
Mais à quoi peut ressembler Kaş en 2020 ?
La très longue vidéo qui termine cet article a été prise au tout début de la pandémie (mi-mars). A cette date, il fut décidé que tous les lieux de rencontre seraient fermés, à savoir écoles, hypermarchés, bars et restaurants, mosquées, etc. On n'avait pas encore rendu le masque obligatoire à Kaş, Trois ou quatre jours plus tard, toute activité collective était proscrite, la ville complètement figée.
En 2020, confiné et en pleine concentration.
Du coup, sans la nuée vrombissante des touristes excités, on a tout le loisir de se promener tranquillement et de remarquer tous ces petits détails qui donnent à cette ville un cachet particulier.
 

Le sol des rues de la ville est martelé.


 
 







Même les poubelles sont décorées.
Par contre, coronavirus ou pas, il reste toujours le très grand marché aux fruits et légumes du mercredi qui rapproche les agriculteurs de la région et la population locale.
 







Je ne vous ai pas montré le port, ni les hôtels, ni les plages, ni le centre-ville. Eh bien les voila et bien d'autres choses de la ville de Kaş. Pas en version agitation frénétique de 2019, mais en version assoupie et un peu désespérée de 2020. Atmosphère surréaliste garantie pour ceux qui connaissent cette ville en temps normal.