Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

samedi 22 juin 2019

Les incroyables formalités à satisfaire pour naviguer avec son bateau en Turquie

Après ma traversée, très mouvementée sur la fin, de la Méditerranée qui m'a conduit de Port-Saïd en Egypte à Antalya en Turquie, j'ai placé le bateau dans une grande marina faisant partie de la chaîne Setur, dont je vous reparlerai bientôt.
La baie d'Antalya
La Setur Antalya Marina ; elle se trouve en fait à 10 km d'Antalya

Mon arrivée dans ce nouveau pays fut l'occasion, rituelle maintenant, des formalités de "clearance", c'est-à-dire de l'ensemble des démarches pour être autorisé à entrer dans le pays avec un bateau. Cela se résume dans le meilleur des cas à aller dans un ordre plus ou moins variable voir les autorités du pays (les Douanes, l'Immigration et les Affaires maritimes).




Dans certains pays, on peut y ajouter les services médicaux, vétérinaires, la biosécurité, les narcotiques, etc.
Ce n'est heureusement pas le cas en Turquie, et à Antalya, tout peut se faire par l'entremise de la Marina qui s'occupe de toutes les formalités (les trois principales administrations et il n'y en a pas d'autres), mais par l'intermédiaire d'un agent officiel.




A mon arrivée, le 15 avril au matin, après une traversée fatigante et très agitée de la Méditerranée, Sabay Dii entre dans la Marina que j'avais prévenue par téléphone satellite de mon arrivée depuis l'Egypte.
Une marina cinq étoiles, bourrée de super-yachts à moteur de plusieurs millions d'euros, mais avec peu de voiliers et presque tous sous pavillon turcs. Autant dire que Sabay Dii ressemblait à un OVNI au milieu de la flotte, et que je devais être certainement le seul à avoir fait quelques milliers de milles à la voile.




A la réception, accueil poli mais très guindé, très administratif. Dans un hall luxueux, on me demande de présenter mes papiers et ceux du bateau.
Mais pas comme d'habitude. Pour la première fois de ma vie, on exige un "permis de conduire un voilier". Pour justifier le fait que je ne peux présenter le document demandé, j'explique en anglais que ce document qui existe en Turquie n'existe pas dans la communauté européenne. Je tente de faire comprendre que, de la même manière qu'en Turquie, il y a un permis pour conduire une moto mais aucun permis pour conduite une bicyclette, en Europe, et en particulier en France, il existe un (et même plusieurs) permis de conduire un bateau à moteur, mais que la conduite d'un voilier se fait librement sous la seule responsabilité du skipper, et sans examen ni document de validation de compétences. On me rétorque que dans ces conditions, je dois repartir car les textes officiels sont formels : sans "sailing licence", pas de clearance d'entrée en Turquie. Mais comme je n'ai pas du tout l'intention de repartir, il me faut ruser, car en face de moi, j'ai des gens gentils mais qui n'ont apparemment jamais vu dans leur marina un voilier européen, et qui ne peuvent pas prendre la moindre liberté par rapport aux autorités. Heureusement, avant de partir pour mon tour du monde, j'avais passé tous les "permis bateau à moteur", au cas où ... et comme mes interlocuteurs ne comprennent pas un mot de français et parlent un anglais très approximatif, je fais l'idiot (un don inné pour ça) et fais celui qui vient de comprendre. Je repars au bateau chercher mon beau permis tout bleu et plein de tampons officiels, qu'ils examinent sous toutes les coutures et qu'ils acceptent finalement comme valide. Ouf !
Mais mon chemin de croix ne fait que commencer.
On passe ensuite à l'assurance du bateau. La mienne, néo-zélandaise, me couvrait jusqu'à début avril et seulement dans l''Océan Indien, loin des zones de piraterie. J'avais donc contacté à Suez mon ancien assureur français pour lui demander de me réassurer en Méditerranée, mais évidemment, je ne pouvais avoir l'original du contrat sur le bateau, car je venais de passer tout ce temps en pleine mer. J'ai essayé de leur expliquer, en disant que je pouvais avoir l'attestation le lendemain, mais qu'on était le jour de Pâques et que les bureaux étaient fermés en France, ce qui n'est pas évident à comprendre par des musulmans. Pour la deuxième fois, je suis reparti au bateau, en prétextant que j'allais essayer de contacter par téléphone satellite la France, et en quelques minutes, je faisais un "faux" à partir d'une ancienne attestation d'assurance, en changeant les dates (merci Adobe Photoshop). Après examen méticuleux, ce deuxième document fut accepté.
Il semblait que j'avais enfin tout ce qu'il fallait. Il me restait à aller présenter le dossier à l'Agent officiel qui allait faire les démarches à ma place. Mais quand j'appris dans son bureau qu'il exigeait 250 € de commission, je retournais immédiatement au bureau de la marina, en annonçant que les limites de ma patience avaient été atteintes, et que, avec regret, je repartais en mer pour aller à Chypre et non plus en Turquie.
Et là stupeur !!! Mes interlocuteurs comprennent alors qu'ils vont perdre 5000 € (le coût de la marina pour un an), et en plus de ça, je viens de toucher un point extrêmement sensible en évoquent la partie européenne de Chypre, avec laquelle ils se considèrent toujours en guerre. Branle-bas de combat ! On me dit que c'est folie de repartir en mer dans mon état de fatigue, on me fait asseoir dans un gros fauteuil en cuir, on me sert le thé, le temps que le grand chef arrive. Explication courtoise mais ferme avec le Directeur Général pour lui faire comprendre qu'en 10 ans passés à naviguer sur tous les océans, et presque 50 pays traversés sans le moindre soucis ni le moindre frais sauf au Soudan (50 € pour un vrai service), et en Egypte (mais il y a le canal de Suez), il est hors de question que je donne 250 € à un type pour aller déposer mes papiers et revenir une demi-heure plus tard. Face à ma ferme détermination, l'inquiétude gagne et on comprend que je vais aller voir les grecs de Chypre qui n'est qu'à 50 milles nautiques, pour leur laisser mon voilier en pension. On m'explique que, à Antalya, on a toujours fait avec cet agent. De mon côté, je leur certifie qu'il est clairement indiqué sur Internet que le capitaine d'un bateau peut faire toutes les démarches par lui-même, mais leur ignorance des formalités pour bateaux étrangers et leur conformisme sont édifiants. En dernier recours, je pose un ultimatum : ou la marina prend à sa charge la commission de l'agent et ils me gardent pendant un an, ou je retourne une dernière fois au bateau pour reprendre la mer. Et là, miracle ! Le Directeur Général apparemment inquiet prend son téléphone et après plusieurs minutes, soulagé, me dit : OK !
Et on m'invite au restaurant pendant que l'Agent me fait les papiers à l’œil. A mon retour, un sous-fifre de l'agent me rapporte au bateau mon passeport, et le "Transit Log", ce fameux sésame que tout capitaine de bateau étranger doit avoir en permanence avec lui, et qu'il va devoir faire modifier par les Affaires Maritime (avec ou sans agent) à chaque changement d'équipage mais aussi de destination. Autant vous dire que les démarches ne font que commencer pour le séjour de Sabay Dii en Turquie !

Bref, cette arrivée à Antalya après plusieurs jours de navigation non-stop fut bien compliquée, mais du même coup, tout le monde ici a appris à me connaître ! Et tout le monde ici à compris qu'un français têtu ne ressemble pas à un turc !
Sabay Dii enfin au repos au milieu de ses rares petits copains à voile

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