Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

mercredi 23 août 2017

Port Takola pendant une virée en Inde

C'est à Port Takola que je suis allé m'amarrer pour faire les formalités d'immigration en Thaïlande. Sur la photo de Google Earth, cette pseudo-marina n'est qu'une immense cuvette vide.
Aujourd'hui, le bassin a été mis en eau et peut accueillir des voiliers de moins de 2 mètres de tirant d'eau dans des conditions de confort minimales : un seul ponton sans eau ni électricité, un container sanitaire avec 4 cabines douche-lavabo-wc, et rien d'autre si ce n'est une gentillesse et une disponibilité du personnel sans égales.
Matthew, fils d'une richissime famille et jeune "pdg" de la marina.
C'est sur ces épaules que repose le chantier, mais il a la carrure et le bagage nécessaires (diplômé d'Université américaines). Mais ça ne l'empêche pas d'être toujours attentionné, serviable et souriant,
comme toute son équipe d'ailleurs.
Le bassin en cours de creusement (on voit Krabi au loin)
et voila à quoi cela devrait ressembler dans quelques années (montage photo de promotion)
Montage à partir d'une image satellitale pour présenter le projet de marina
Pas d'Internet à la marina mais si vous allez à la réception qui se trouve à un bon kilomètre du bassin, ce sera avec plaisir qu'on vous mettra à disposition la connexion wifi de la maison.
On n'est qu'à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau de Krabi, mais dans la pratique, c'est presque 20 km qu'il faut parcourir pour contourner l'immense zone marécageuse dans laquelle cette future marina a été creusée. Vous êtes donc dans l'obligation de louer un véhicule, pour aller faire les épouvantables paperasses administratives, pour aller acheter à manger, ou tout simplement pour vous sortir du no-man's land de Port Takola. Malgré le peu de services proposés, le tarif est bien supérieur à celui d'une marina de grand standing malaisienne, mais on est dans la logique thaïlandaise. Résultat : Sabay Dii était pratiquement toujours seul au ponton, à l'exception d'un voilier immatriculé en Thaïlande amarré là pour plusieurs années.
Sabay Dii à droite
3 bateaux, un record
Du fait d'être une marina en chantier, Port Takola a l'avantage d'être bien moins chère que les marinas de Phuket qui pratiquent des prix complètement délirants. C'est pour cette raison que j'ai choisi de laisser ici Sabay Dii durant un mois, en attendant que ma nouvelle grand-voile soit disponible, que mon spi soit réparé, et que le problème de mon enrouleur de génois soit réglé. J'ai profité de ce repos forcé pour rejoindre l'infatigable Françoise qui rêvait depuis des lustres de retourner en Inde où elle avait passé un an (il y a très très longtemps, mais chuttt) à crapahuter ou grimper sur tout ce qui se dresse vers le ciel, ce qui fait beaucoup de montagnes, si l'on considère que c'est dans ce coin de la planète que s'élèvent les plus hauts massifs de la planète.

Un voyage très intéressant en deux temps : d'abord une grande virée dans le Nord-Est, tout près du Pakistan, à travers le Rajasthan suffocant (presque toujours plus de 40°C à l'ombre), puis une semaine dans l'extrême Nord, au Cachemire, pour randonner au frais.

lundi 21 août 2017

Tracasseries thaïlandaises

Ayant vécu au Laos, puis au Vietnam, c'est en voisin que je suis souvent venu en Thaïlande, avec toujours le même plaisir. J'ai ainsi visité presque tout le pays, sauf le Sud, où je me trouve justement aujourd'hui avec le bateau. Cette partie du pays diffère des autres par sa géographie (une fine bande de terre coincée entre l'Océan Indien (la Mer d'Andaman et le Golfe du Bengale) et la Mer de Chine (le Golfe de Thaïlande), par ses paysages tourmentés faits de pitons karstiques, et par plusieurs autres points qui pourraient se résumer à une remarque historique : le Sud de la Thaïlande n'est autre qu'une province annexée de Malaisie.
Thaïlande : carte
Le fin isthme est partagé par la Birmanie au NW, la Malaisie au S, et la Thaïlande entre les deux
Ne cherchez pas de temples bouddhistes, les grands marchés où l'on trouve des insectes à manger, des bouis-bouis le long de la route où l'on peut déguster des brochettes de porc avec du riz gluant. Non ! Ici, à la différence du reste du pays, on est majoritairement musulman, ce qui signifie que le muezzin vous casse les oreilles avec ses cinq appels quotidiens, que les femmes ont la tête couverte d'un tchador noir, qu'on mange surtout du riz sauté avec presque exclusivement du poulet, etc. Bref, si l'on oublie que l'on parle thaï et non malais, on pourrait se croire en Malaisie.
Sauf que ... ce n'est pas la Malaisie !
En Malaisie, tout est simple pour la personne qui se déplace en bateau : un visa automatique de 3 mois, renouvelable par simple demande, la possibilité de laisser le bateau ou l'on veut pendant un an renouvellable aussi, aucun frais administratifs, des démarches d'une grandes simplicité, tous les bureaux (capitainerie, douane, immigration) étant réunis dans un même lieu, des tolérance sur beaucoup de points, et un sourire indéfectible des fonctionnaires.
En Thaïlande, c'est tout le contraire (ou presque) !
On croirait que tout a été fait pour faire retourner d'où ils viennent les bateaux de croisière, ce qui est d'ailleurs très souvent le cas. Ainsi, le visa n'est que de trente jours, ce qui est incompatible avec la durée de la traversée du pays à la voile. Toute dérogation se paye très cher, et dans tous les cas, les démarches sont d'une complexité et d'une absurdité édifiantes. Un seul exemple : les personnes entrées en Thaïlande en bateau doivent ressortir du pays en bateau (le même bien sûr). Interdiction du coup de profiter d'un séjour en Thaïlande pour aller faire un tour au Laos ou au Cambodge, ou rentrer quelques jours en urgence en France, car vous sortiriez en avion. En fait, il ne vous reste que deux solutions : soit repasser des heures dans des bureaux en laissant une caution de 20000 Baths (500 € environ) pour obtenir une autorisation spéciale qui nécessite de connaître tout de votre futur voyage à l'étranger), soit repartir avec votre voilier en Malaisie où vous êtes libre de faire ce que vous voulez de votre séjour, notamment pour aller visiter les pays voisins ou rentrer en France pour voir la famille et les copains.
Je ne vous parlerai pas des paperasses qu'il faut remplir pendant des heures et en plusieurs exemplaires, avec du papier carbone (oui, oui !!!), ni de la distance entre les divers bureaux (ce qui nécessite de louer un véhicule, comme à Krabi), ni du prix à payer à chaque administration lors les formalités de sortie. Et que dire des innombrables fonctionnaires qui traînent dans ces bureaux en jouant avec leur téléphone ou en regardant la télé, alors que vous poirotez ?
Le deuxième point noir de la Thaïlande réside dans les prix pratiqués pour tout ce qui concerne le nautisme. En particulier, le tarif des marinas, souvent beaucoup moins bien équipées et moins plaisantes que celles de Malaisie, est tout bonnement délirant. On dépasse parfois le pris de la nuitées sur la Côte d'Azur, alors qu'ici, le personnel est payé au lance-pierre, et les charges patronales sont nulles vu que l'allocation chômage, la sécurité sociale et la retraite sont ici des concepts abscons. Les arguments fallacieux sont invoqués pour justifier de tels tarifs : taxes douanières élevées (en réalité bien inférieures à celles pratiquées en Europe), ou TVA très élevée (5 % contre 20 % en France). En réalité, les croisiéristes sont considérés simplement comme des poules aux œufs d'or, ou plutôt des appâts immobiliers, car c'est seulement un tourisme nautique de luxe qui est visé. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les publicités des six marinas de la région où l'on ne parle que de la capacité à recevoir des superyachts ou du luxe des villas. Faire venir des gros bateaux, c'est donner du standing à la marina et au complexe immobilier qui lui est associé.
Dans cette marina, vous aurez une place pour votre super yacht
et après un week-end en mer, vous pourrez dormir dans votre super villa.
 
Pour vendre des appartements très chers et des pas de portes et bureaux de standing, il faut donc attirer ici ce qui se fait de plus huppé : de richissime yachtmen. Et que les vrais marins passent leur chemin !
Le troisième point noir est le développement délirant du tourisme dans cette partie du pays (et j'y étais à la basse saison). Des milliers de longtails et de speedboats sillonnent la mer, transportant des bordées de touristes hurlant comme des dingues (beaucoup de Chinois et de Coréens), les plages sont pleines à craquer, ça sent la bière et non la cuisine asiatique dans les rues. Bien longtemps qu'on n'a plus entendu de la musique locale. Toutes les îles ou presque ont le statut de parc marin, ce qui interdit le mouillage (on doit utiliser les corps-morts souvent très mal entretenus), et la pêche (mais il n'y a plus de poissons depuis longtemps, vu le bazar qui règne ici). Et en tant que propriétaire d'un bateau de croisière, vous devez vous acquitter de 500 Baths (13 €) par personne à bord et par jour pour être autorisé à débarquer.

Du coup, à ma grande déception (je comptais rester deux ou trois ans en Thaïlande), j'ai fait comme tout le monde. Je suis arrivé avec Sabay Dii au port de Krabi (plutôt qu'à celui de Phuket) pour faire les formalités d'immigration, et n'ai cessé pendant toute la saison de faire des allers-retours en bateau entre la Malaisie, où la vie est si paisible, les marinas si bon marché et si accueillantes, mais où les paysages marins sont insipides (à l'exception de la perle Langkawi) et la Thaïlande, avec ses paysages à couper le souffle, mais avec tous les inconvénients d'un tourisme de masse, excessif, sans limite. Et pour rentrer en France pendant l'automne, j'ai prévu de revenir à la case départ, et laisser Sabay Dii dans la charmante marina de la petite île malaisienne de Rebak, à quelques brasses de Langkawi.
Image publicitaire sur le site du Taj Vivanta Rebak (le ressort gérant  la marina de Rebak)

jeudi 17 août 2017

Des cadeaux d'anniversaire pour Sabay Dii


Après neuf mois de gestation au chantier FORA Marine, Sabay Dii venait au monde le 22 avril 2009. Le "Titre de Navigation" émis par le bureau des Affaires Maritimes de La Rochelle (seul document officiel valant acte de naissance) le jour-dit, ne précise pas l'heure, mais on s'en moque. Le bateau fera ses premiers pas (si l'on peut dire) quelques jours plus tard dans les eaux du bassin des Minimes, et me sera livré le 23 mai, pour la Saint Didier. J'ai donc fait la fête, ce jour là.
Aujourd'hui, 22 avril 2017, Sabay Dii a donc huit ans exactement, dont sept passés à tourner autour de la Terre, en zigzaguant pas mal, vu que nous avons parcouru ensemble un peu plus de 40000 milles nautiques (80000 km environ).
Huit ans, cela ne vous dit peut-être rien, mais pour moi cela signifie beaucoup. En effet, c'est la durée du contrat LOA (location avec option d'achat) que j'avais souscrit. Cela veut dire qu'à partir de maintenant, Sabay Dii m'appartient vraiment. Il a été intégralement payé, et je n'ai plus à rembourser chaque mois la coquette somme de presque 1500 €. Plus besoin de me serrer la ceinture, je vais vivre comme un pacha. Je deviens donc un super "bon parti", puisque me voila enfin réellement propriétaire d'un magnifique "yacht", et en même temps titulaire d'une pension confortable. Qu'on se le dise, et que toutes celles qui seraient intéressées me contactent rapidement, évidemment !
Pour être plus sérieux, huit ans est pour un bateau l'âge de raison, celui où l'on peut faire un bilan (à condition de naviguer évidemment). Et pour moi il est extrêmement positif ; je n'ai eu qu'à me féliciter de cette adoption. Sabay Dii a été bien mené, en douceur et avec beaucoup d'attention, et me l'a bien rendu : jamais de mauvaise surprise, que du bonheur !
Huit ans c'est aussi (encore à condition de naviguer) l'âge où il faut faire des investissements pour que le bateau continue à être beau, performant, confortable, et surtout sûr, et cela même si l'on n'a jamais cessé de l'entretenir avec soin, ce qui fut toujours mon cas (il faut compter pour ce genre de voilier un minimum de 5000 € par an).

J'avais prévu cet anniversaire de longue date, et ai cassé mon petit cochon pour l'occasion. La liste des cadeaux que j'ai offerts à mon cher Sabay Dii est tout bonnement ébouriffante...
Une nouvelle grand-voile                        
2500 €
prix normal 3500 €) Merci Rolly Tasker
Un spi refait à neuf
500 €

Un panneau solaire supplémentaire
300 €
le plein d'énergie
Un nouveau portique en inox
1800 €
l'ancien made in Mexico était déjà tout rouillé
Un nouveau taud et une nouvelle capote
2000 €
les anciens étaient pourris par la moisissure des tropiques
Une nouvelle éolienne
1700 €

Un transpondeur AIS
800 €
obligatoire en Thaïlande
Une nouvelle VHF
300 €

Trois ventilateurs
300 €
pour le confort des visiteurs
Enrouleurs de génois et trinquette
700 €
au lieu de 2500 (merci Facnor)
Une nouvelle annexe en hypalon
2500 €
la troisième, la dernière ne s'étant jamais remise d'être  passée sous Sabay Dii pendant un fort coup de vent aux Iles Loyauté
L'ancienne (à droite) pleine de rustines et avec son fond complètement décollé
et (à gauche) la petite nouvelle toute pimpante.qui a aujourd'uhi une belle housse rouge pour la protéger du soleil.
Ajoutez à cela quelques cordages, la galvanisation de l'ancre, une nouvelle résistance de chauffe-eau, le remplacement du circuit de gaz, le renouvellement des extincteurs, des fusées de détresse, des nouveaux feux de mouillage et de navigation, des pots de peinture, vernis, antifouling, etc. et on arrive à 18000 €.

C'est le prix à payer pour avoir un bateau en qui l'on garde confiance, exactement comme l'on entretien sa voiture, pour des raisons de sécurité. Mais c'est aussi un investissement pour son confort personnel, car le bateau est ma maison en plus d'être un moyen de déplacement. Et puis, quand on aime, on ne compte pas !

Alors, "Bon anniversaire Sabay Dii" !

samedi 12 août 2017

Le tsunami de 2004

On ne peut parler de Ko Phi Phi ni de toute la région environnante de Phuket sans évoquer le terrible tsunami du 26 décembre 2004. qui fit au moins 250000 morts dans la zone de l'Océan Indien (170 000 en Indonésie, 31 000 au Sri Lanka, 16 400 en Inde et 5 400 en Thaïlande, essentiellement dans la région touristique de Phuket de Ko Phi Phi (dont je vais vous parler pendant quelques temps car c'est celle que je visite avec Sabay Dii).
Il résultait d'un séisme qui s'est produit au large de l'île indonésienne de Sumatra avec une magnitude de 9,1 à 9,3. L'épicentre se situait à la frontière des plaques tectoniques eurasienne et indo-australienne. Ce tremblement de terre a eu la troisième magnitude la plus puissante jamais enregistrée dans le monde. Il a soulevé jusqu'à 6 mètres de hauteur une bande de plancher océanique longue de 1 600 kilomètres.
Image illustrative de l'article Séisme et tsunami de 2004 dans l'océan Indien

Dans les minutes et les heures qui suivirent le début du séisme, un tsunami, atteignant à certains endroits jusqu'à plus de 30 mètres de hauteur, frappa l'Indonésie, les côtes du Sri Lanka et du sud de l'Inde, ainsi que la région de Phuket à l'ouest de la Thaïlande. Sur le plan des pertes humaines, c'est l'un des dix séismes les plus meurtriers et le plus grave tsunami de l'histoire.
A cette époque de l'année, on est en Thaïlande au pic de fréquentation de la saison touristique. L'île de Ko Phi Phi était bondée à ce moment tragique.
Petit rappel de l'événement à Ko Phi Phi en vidéo ...

Deux ans plus tard, il était impossible de deviner qu'un tel cataclysme se fût abattu sur la région. Tout était reconstruit pour accueillir les touriste, première ressource du pays.

De Langkawi (Malaisie) à Krabi (Thaïlande) via Ko Phi Phi

Cette petite navigation d'à peine 150 milles nautiques qui paraissait a priori intéressante fut en réalité assez ennuyeuse. Les raisons sont multiples :
  1. D'abord, comme je vous l'ai déjà dit, je n'avais que ma trinquette pour faire avancer le bateau (grand-voile inutilisable, spi déchiré et enrouleur de génois bloqué). Comme le vent était faible et souvent orienté bon plein, j'étais donc particulièrement mal équipé pour cette traversée.
  2. Ensuite, le temps n'a pas été de la partie, souvent fait de vents très légers et instables mais aussi de quelques orages très violents que je voyais venir de loin et dont les éclairs incessants n'étaient pas faits pour me rassurer (tout le matériel électronique portable était dans une cocotte minute, au cas où Sabay Dii aurait été foudroyé).
    Celui-là promet !
  3. Enfin, les bateaux de pêcheurs omniprésents et indifférents aux autres bateaux, ainsi que les filets et casiers de pêche éparpillés tout au long du parcours ne permettaient pas de baisser la garde, obligeant à ouvrir l’œil jour et nuit.
Heureusement, le paysage devenait intéressant avec des îles émergeant telles des doigts pointés vers le ciel. Très spectaculaire après toute la platitude de la partie malaisienne du détroit de Malacca.
Mais quelques surprises m'attendaient quand même et allaient changer mes conceptions naïves sur le tourisme dans cette partie maritime de Thaïlande.
Pour ne pas me lasser, autant que pour rester vigilant, j'ai donc choisi de couper l'itinéraire qui aurait habituellement demandé moins de 24 heures, en trois étapes.
Parti le 4 avril à 11 heures du matin, j'ai passé une partie de la nuit suivante à sec de toile sous les orages, bien planqué au fond du bateau, et ce n'est que vers quatre heures du matin que j'ai repris la route pour rejoindre Ko Rok Noi, vers 9 heures. J'ai profité de cet arrêt pour dormir et suis reparti le lendemain à 3 heures du matin pour rejoindre la célébrissime île de Ko Phi Phi. Le troisième et dernier jour, j'ai rejoint la petite marina en construction de Port Takola, non loin de Krabi, après une longue remontée d'un chenal dragué dans les hauts fonds de la rivière de Krabi, où le moindre écart par rapport à l'alignement théorique conduisait à coup sûr à un échouage.

Ci-dessous, ma route au voisinage des deux îles de Ko Rok, avec en rouge, le corps-mort auquel je me suis attaché. Pour cette première escale en Thaïlande, j'ai eu la désagréable surprise de voir un bateau de rangers m'accoster et me demander de leur donner 500 Baths (soit 13 €, le tarif officiel par personne et par jour), non pour l'usage du corps-mort, ce qui me paraissait normal, mais simplement en échange de la possibilité que j'avais en tant que navigateur étranger, de pouvoir mettre le pied sur une île appartenant au Parc National Maritime de Thaïlande. Quand on sait que d'une part presque toutes les îles de la région en font partie et que chaque jour, on doit théoriquement s'acquitter de ce racket, et que d'autre part, les autres bateaux de touristes classiques en sont exemptés, il y a de quoi trouver cette méthode assez injuste, d'autant qu'on peut se demander à quoi sert l'argent versé, étant donné que toutes les ordures des touristes classiques sont simplement cachées un peu loin de la vue, et surtout que les corps-morts qui ont le mérite d'exister pour protéger les fonds coralliens sont très mal entretenus comme vous allez pouvoir le constater bientôt.
Coucher de soleil à Ko Roc



Je voulais depuis longtemps voir de mes propres yeux les deux îles de Ko Phi Phi (Ko Phi Phi Don au Nord et Ko Phi Phi Lee au Sud) que je ne connaissais qu'au travers des photos publicitaires que l'on voit dans tous les prospectus d'agence de voyage ou sur Internet, très emphatiques.
Places To See Before You Die: Ko Phi Phi
Images classiques de Ko Phi Phi que l'on trouve sur Internet

Ko Phi Phi Lee au premier plan et au fond Ko Phi Phi Don
Le petit lagon intérieur de Ko Phi Phi Lee

La barque traditionnelle qui sert à conduire sur zone les touristes

Le fin isthme de Ko Phi Phi Don qui allait être complètement submergé lors du tsunami de 2004
La plage de Maya dans le lagon intérieur de Ko Phi Phi Lee
Google Earth en donne aussi une image assez excitante.
Maya Bay à Ko Phi Phi Lee (notez le trafic intense et encore on ne distingue pas toutes  les barques sur la plage surexposée)


Ko Phi Phi Don et son isthme
Ko Phi Phi Lee et sa baie de Maya
Mon approche de Ko Phi Phi fut bien différente, avec un vent et une mer formée rendant l'entrée dans la passe hasardeuse, puis la prise d'un corps-mort quasiment impossible pour une personne seule sur son voilier.
L'approche impressionnante de Ko Phi Phi Lee
L'un des innombrables bateaux déversant les touristes à Ko Phi Phi Lee
La passe permettant de rentrer dans Maya Bay, à Ko Phi Phi Lee

Mais l'ennui venait surtout des vagues désordonnées dues à un traffic délirant (et on était à une heure tardive, en basse-saison !). Des dizaines de speed boats entrant ou sortant se croisaient dans la passe, des centaines de barques étaient alignées sur la plage où il ne restait plus de place pour les touristes agglutinés par milliers. Ajoutez à cela le bruit d'enfer de tous les échappements libres des barques traditionnelles, et vous aurez une petite idée de mon ahurissement en arrivant là.
Image idyllique d'une réalité bien moins attractive
Là, on est un peu plus proche de la réalité. Où peut-on prendre son bain ?
J'ai choisi de faire un petit somme réparateur en attendant que tout le monde reflue vers les hôtels de la côte. A sept heures du soir, les derniers bateaux venus voir le coucher de soleil (qui n'a absolument rien de particulier vu qu'il se regarde sur l'horizon infiniment lointain) quittaient les lieux. Mais il était trop tard pour pouvoir se baigner ou débarquer sur la plage, car il faisait nuit. Vivement demain, que je parte pour Krabi, avant l'arrivée de la horde pétaradante. 
La rivière de Krabi
bien tranquille  malgré les petits cargos.

mardi 8 août 2017

Thaïlande en vue, mais comment avancer sans voiles ?

Le 4 avril à 11 heures, je quitte la marina de Rebak, tout au Nord de la côte malaisienne du détroit de Malacca, pour rejoindre la Thaïlande toute proche, pays dont je connais bien le Nord, le centre et l'Est, depuis que j'ai vécu au Laos, mais dont le Sud m'est totalement inconnu. Or c'est justement cette partie du pays qu'il est intéressant d'explorer en bateau, car, comme vous allez bientôt pouvoir le constater en images, ses paysages d'origine karstique sont particulièrement spectaculaires et valent largement ceux bien plus renommés de la Baie d'Halong, au Vietnam.
Mon objectif était de rejoindre Port Takola à Krabi, pour faire les formalités d'entrée en Thaïlande, soit une petite navigation de 140 milles nautiques à peine, sans difficulté particulière si ce n'est, comme d'habitude, les pêcheurs et leurs satanés filets. Sauf que cette fois-ci, je partais avec un sacré handicap ...
En effet, depuis déjà plusieurs mois, j'avais un gros problème avec ma grand-voile (GV) : je passais mon temps à coller de l'Insigna (un tissus adhésif pour voiles) sur le tiers central qui ne cessait de se déchirer alors que le haut et le bas de la voile étaient impeccables. Comment expliquer cela alors que ce type de voile doit toujours être coupé dans un seul et même tissus ?
En essayant de poser une pièce d'Insigna, je touche la voile avec ma main. Résultat : un trou pour chaque doigt.
La partie centrale de la voile est devenue aussi fragile que du papier de soie.
A peine arrivé à Rebak en décembre 2006, j'avais profité de la perspective d'une longue pause hors d'eau pour dégréer Sabay Dii et examiner de près sa garde-gobe, et j'ai eu la très désagréable surprise de découvrir que le tissus avait deux textures et deux teintes différentes. Intrigué par cette découverte, j'ai recherché les premières photos que j'avais faites de la voile, et sur l'une d'elles prise en lumière polarisée, j'ai eu confirmation que deux tissus différents avaient été utilisés, l'un apparemment de bonne qualité, et un autre ne résistant pas aux UV, ce qui est un comble quand on se fait faire sur mesure une voile destinée aux navigations tropicales.
On distingue bien les trois bandes différentes de tissus
Le bas et le centre de la GV
Le haut et le centre de la GV
J'ai donc pris rendez-vous avec Bernard Mallaret, responsable de la voilerie Delta Voiles, que je connais bien, et dès mon retour en France, je l'ai rencontré et lui ai exposé le problème. Il ne fit aucune difficulté pour reconnaître sa responsabilité, invoquant l'emploi regrettable de deux rouleaux différents d'un même lot de tissus, sans réellement comprendre la raison d'une telle différence de comportement aux ultraviolets. Mais, au lieu de me faire la proposition commerciale significative qu'imposait la reconnaissance de ce vice caché, je n'eus droit qu'à un devis supérieur de plus de 1000 € à celui proposé par la voilerie thaïlandaise Rolly Tasker, mondialement renommée, pour me tailler une nouvelle voile à l'identique mais dans un bon tissus.
La voilerie Rolly Tasker, plus grande voilerie au monde.
Plus de deux millions de voiles à son actif !
Bien que déçu par cette demie mesure, je n'ai pas cherché à obtenir de dédommagement, car il m'aurait fallu perdre beaucoup de temps et d'énergie pour faire reconnaître officiellement la faute. Je me suis donc tourné vers la voilerie Rolly Tasker, et nous avons convenu que je leur apporterais ma vieille voile à Phuket pour en faire une copie, ce qui nécessitait au moins trois semaines, et je profiterais de l'occasion pour faire réparer mon spi dont je rappelle qu'il avait explosé en Indonésie, lors d'une belle journée de vent de travers à plus de 10 nœuds.
Je partais donc de Rebak sans grand-voile, vu son état lamentable, mais avec l'espoir d'en retrouver bientôt une neuve et toute belle en Thaïlande. Encore me fallait-il apporter l'ancienne à Phuket et attendre un bon mois. Le voyage Rebak - Krabi se ferait donc sans GV, avec le génois et la trinquette, comme seul moyens de propulsion, ce qui me faisait espérer des vents portants. Le hic, c'est que dans le même temps, mon enrouleur de génois Facnor allait aussi rendre l'âme, m'obligeant à naviguer sous trinquette seule, soit 20 m² de voilure, à peine.
Mes deux enrouleurs Facnor tout beaux mais celui de génois ne veut plus tourner. Snif !
Cette petite navigation de 140 milles nautiques seulement ne se présentait vraiment pas sous les meilleurs auspices et au lieu de caracoler toutes voiles dehors, comme d'habitude, je devais cette fois-ci m'attendre à me traîner lamentablement quelques jours avant d'arriver en Thaïlande. A moins que je "craque" et recoure à la brise Volvo !