Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

dimanche 8 mai 2022

J'ai rodé à Rhodes, et j'ai adoré (version 2)

Vous allez vous demander si je ne déraille pas. Hier je vous disais que se balader dans Rhodes le lendemain de mon arrivée avait été un supplice, et aujourd'hui je vous dis exactement le contraire. A part que d'un jour sur l'autre, ce fut le jour et la nuit, ou presque. Explications.

Aujourd'hui n'était pas n'importe quel jour. C'était dimanche, et en plus c'était le 1er mai. Le dimanche, chez les grecs, on le passe souvent en famille et à la maison, et le jour de la fête du travail est synonyme de repos. Vous comprendrez dès lors que les grecs étaient sagement chez eux, ou sur leur pas de porte, et que la plupart des commerces de Rhodes étaient fermés.

Vous ajoutez à cela qu'aujourd'hui, il n'y avait pas de bateau de croisière dans le port de Rhodes, et qu'on n'est pas encore à la haute saison ; donc très peu de touristes. Et en plus il faisait froid avec un vent à décorner les bœufs.

Ainsi, toutes les planètes étaient alignées pour que Rhodes fût vide ou presque. Un bonheur pour le promeneur solitaire et agoraphobe que je suis. J'en ai bien profité (8 km parcourus intra-muros) et plein de photos pour vous prouver que je ne vous raconte pas des sornettes.

Mais pour que vous puissiez vous repérer un peu dans ce lot d'images, quelques cartes peuvent être utiles (celles offertes par le Syndicat d'Initiative sont excellentes).

On voit que la ville de Rhodes est à l'extrémité Nord de l'île éponyme.
La ville de Rhodes a deux façades maritimes très différentes, l'une à l'Ouest, l'autre à l'Est

Dans cette région de la Méditerranée souffle le Meltem, un vent souvent très fort (force 6 ou 7, et parfois plus, comme ce fut le cas pendant la semaine que j'ai passée ici). Il est orienté Ouest à Nord-Ouest, ce qui signifie que la façade occidentale de Rhodes est exposée au vent et aux vagues, alors que la façade orientale est un peu plus protégée (pas de vagues mais un vent aussi fort en de nombreux endroits, car l'île est peu montagneuse). 

Le vent et les vagues sont aussi à l'origine d'un autre phénomène, l'érosion de la côte. C'est pour cette raison que la façade occidentale de la ville de Rhodes est constituée de plages de sable, mais plus souvent de petits galets blancs ou noirs utilisés pour paver les rues ou décorer les devants de portes, alors que de l'autre côté, c'est de la roche bien solide, dans laquelle il est facile d'aménager un port en eau profonde, des quais, etc.

Vous comprenez maintenant aisément pourquoi il y a deux côtés de Rhodes très différents ...

A l'Ouest, Rhodes des plages avec son inévitable cortège de barres d'hôtels, ses boîtes de nuit, ...

Et à l'Est, le port de Rhodes, ou plutôt les ports de Rhodes (depuis l'Antiquité, jusqu'à nos jours).

 

 

 A gauche (l'Ouest), la plage de Ialysos, en fin d'après-midi, un bel endroit pour observer le coucher du soleil sur la mer 

et à droite (l'Est) un patrouilleur de la marine nationale grecque amarré au quai du port de commerce.

 Les plages de Rhodes ressemblent à beaucoup d'autres plages du monde vouées au tourisme de masse.

On commence à préparer la saison estivale.

Çà, c'est un jour sans vent, comme le jour de mon arrivée.

Mais la plage ça peut aussi être cela quand le Meltem souffle.

Pour ce qui est des ports, Rhodes ne ressemble pas aux autres, pour de nombreuses raisons, d'abord parce qu'on en compte au moins trois, selon les critères que l'on a : Mandraki, Kolona et Arkandia.

Tout au Nord, c'est Mandraki, le port où je voulais aller amarrer Sabay Dii, mais dont j'ai été refoulé, car il faut avoir réservé très longtemps à l'avance, pour avoir une petit chance d'y trouver de la place. C'est le joli port de Rhodes, avec ses bâtiments administratifs historiques, son grand môle au bout duquel trône la forteresse de Saint Nicolaos, et sur lequel on a conservé trois moulins à vent d'époque.

Le port de Mandraki. Notez sur le bord extérieur du grand môle, trois petits points noirs, les moulins.

Les moulins de Mandraki

Le phare de Rhodes perché sur la forteresse de Saint Nicolaos.

L'entrée de Mandraki avec ses constructions blanches sur le quai de l'Ouest.

Les deux autres ports ont moins de charmes mais sont beaucoup plus fonctionnels, en tout cas pour ce qui est du commerce et surtout du transport de passagers, car aujourd’hui, Rhodes est l'île grecque favorite des croisiéristes.

Avec leur sous-marin, les Beatles explorent les fonds entre Mandraki et Kolona. Au second plan, ce ne sont pas des bateaux de croisière qui sont d'habitude beaucoup plus gros, mais les ferries qui assurent la desserte quotidienne de Rhodes (car on est bien loin d'Athènes)

 

Et le port antique, me direz vous.

Eh bien, il n'a rien à voir avec aucun des trois ports actuels, pour plusieurs raisons. D'abord historiques. On ne construisaient pas les ports il y a 25 siècles comme aujourd'hui, car le trafic n'étaient pas le même, les bateaux étaient petits et avec un faible tirant d'eau, et on n'avait pas les moyens mécaniques dont nous disposons aujourd'hui. C'est pour cela que le port antique était petit et s'appuyait sur la ligne de côte de l'époque.

C'est la petite barre bleue qui se situe au niveau de Kolona. Il n'en reste que les pierres d'un quai bien plus bas que nos quais actuels, mais cela devait suffire à l'époque.

Et dans quelques décennies ou siècles, on parlera peut-être du quatrième port de Rhodes, celui encore plus au Sud où se trouve Sabay Dii. C'est la Rhodos Marina, encore peu fréquentée, mais qui ne peut accueillir que des bateaux de plaisance de taille raisonnable.

Sabay Dii un peu perdu dans une grande marina au trois quarts vide. Mais comme le vent était un peu fou (fore 6 à 8 pendant presque une semaine), c'était le meilleur endroit.

Du fait de son caractère insulaire, la ville de Rhodes a de tout temps été avant tout un port, comme nous l'avons vu précédemment. Mais son histoire très particulière faite d'un nombre invraisemblable de civilisations différentes qui s'y sont succédées en fait un cocktail très particulier qui enthousiasme l'historien, l'urbaniste, le philosophe, ... et finalement le touriste.

Mais le touriste que je suis est un peu exclusif, je le concède. Il aime être tranquille, pouvoir se poser pour regarder, admirer, réfléchir, imaginer, mais aussi critiquer. Et pour cela il faut du temps (j'en ai à revendre) et de l'espace, ce qui nécessite de ne pas être au milieu de la foule. Or, en ce premier mai, j'étais pratiquement le seul (j'exagère un peu mais à peine), comme vous allez pouvoir le constater avec cette balade photographique de la ville ancienne.

Et encore une petite carte pour nous repérer.
La vieille ville se définit, pour Rhodes, par tout ce qui se trouve à l'intérieur de la ceinture des remparts, que l'on distingue très bien sur la carte ci-dessus. Sur un grand écran, vous pouvez même voir les quatre itinéraires que le Syndicat d'initiative vous recommande, mais je préfère personnellement ne pas suivre les itinéraires pour roder à mon gré. Pour chaque monument remarquable, j'indiquerai néanmoins les nombres repères du plan ci-dessus.

Les remparts qui ceinturent la ville sur tous les côtés sont percés de nombreuses portes. Ce jour-là, je suis rentré par la porte de Sainte Catherine, toute proche des vestiges du port antique (40) que je voulais voir, mais dont il ne subsiste que quelques gros blocs qui font penser à un quai. J'ai continué mon chemin le long de la rue Pindarou, passant devant l'Hospice Sainte-Catherine (46), très bien restauré, et au niveau des restes de l'église Sainte-Marie du Bourg (46), je suis ressorti par la porte de la Vierge Marie, pour longer le port Kolona.
 
La porte d'Arnauld
                 Les restes de l'église Sainte-Marie du Bourg (46)
Quelques centaines de mètres plus loin, j'ai franchi la porte d'Arnauld. Je me suis alors retrouvé en face d'un très grand bâtiment qui n'est autre que l'hôpital du XVe siècle (17), aujourd'hui converti en Musée Archéologique, dont je vous reparlerai plus en détail prochainement.
 
Le Musée Archéologique (photo prise depuis le toit de l'Auberge d'Angleterre (65)).

 
J'arrivais dans le cœur de la ville médiévale. Quelques mètres plus loin, j'étais en-bas de la rue Ippoton, plus connue sous le nom de la rue des Chevaliers, pavée des petits galets blancs, gris et noirs des plages de l'ouest de la ville. C'est dans cette rue qui paraît austère de prime abord, que se trouvent les auberges des différentes nationalités des chevaliers de Saint-Jean. Et tout en haut, on arrive au pied de la citadelle, c'est-à-dire le superbe Palais des Grands Maîtres (1) où je ne suis pas allé ce jour là.
Le Palais des Grands Maîtres

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Au lieu d'emprunter la rue des Chevaliers, j'ai continué plein Nord, car le quartier est très joli et plus gai, avec quelques bars-restaurants.
 
Notez le sol fait de petits galets soigneusement juxtaposés.
Puis c'est le très joli square Argyrokastrou où un saxophoniste jouait du jazz. C'est sur l'un des côtés de ce square que se trouvait l'Arsenal (70) aujourd'hui converti en Musée Folklorique.
Le square Argyrokastrou. En face la Bibliothèque de l'Institut d'Archéologie (8), et à droite la poudrière (9). Le Musée folklorique (71) qu'on ne voit pas sur cette photo est à gauche.
Tous les bâtiments de ce quartiers très homogène sont dans un état de conservation admirable, sans la moindre fausse note.
Je suis alors arrivé au temple d'Aphrodite, mais là encore, ce ne sont que quelques blocs de fondations qui sont découverts.


Ce qu'il reste du temple d'Aphrodite (c'est la même chose pour tous les autres monuments gréco-romains).

Une nouvelle fois, je suis ressorti de la vieille ville, mais cette fois-ci par la porte de l'Arsenal pour aller voir le port de Mandraki, ses moulins, etc. et en faire quelques photos que vous avez déjà vues. Et, vous vous en doutez, je suis re-rentré par une autre porte (un vrai slalom spécial), celle de Saint-Paul qui donne sur le fossé qui longe les remparts du Nord de la ville.
 
La porte de l'Arsenal
Emprunter ce fossé est l'occasion d'une promenade très agréable. On longe par en-bas les remparts, et on imagine avec difficulté l'ampleur des travaux de terrassement pour réaliser un tel ouvrage, à une époque non mécanisée.



Le pont qui conduit à la porte d'Amboise


Comptez les touristes que j'ai croisés ... hein que je ne racontais pas des salades ?
La porte d'Amboise


Le soupirail
Après être passé sous le pont qui conduit à la porte d'Amboise, je suis rentré une nouvelle fois dans la vieille ville, sans emprunter une nouvelle porte, non, non, non, mais un soupirail qui m'a fait déboucher, au pied des tours du château protobyantin (25), sur une belle promenade ombragée fréquentée habituellement par des artistes portraitistes, caricaturistes, et qui se prolonge dans la rue habituellement très animée d'Orfeos où les patrons de restaurants se disputent sauvagement les clients. C'est dans ce quartier que se trouvent la belle tour de l'horloge, la Mosquée Soliman (26) bâtie en 1808 à l'emplacement de la mosquée érigée en l'honneur de Soliman le Grand, conquérant de Rhodes en 1522.
L'esplanade ombragée n'a pas ses artistes habituels en ce dimanche 1er mai.
 
C'est en passant sous ce porche qu'on arrive à la rue Orfeos, habituellement très animée.

 

La tour de l'horloge et la mosquée de Soliman (26)

Juste en face de cette mosquée, se trouve la bibliothèque turque riche de nombreux manuscrits turcs, arabes et persans, dont les chroniques anonymes des 5 mois du siège de la ville par Soliman, ainsi que deux corans richement enluminés datant de 1412 et 1540.
Ensuite, j'ai déambulé dans les petites rues adjacentes, loin des circuits touristiques, où vivent près de 10000 personnes, souvent peu argentées, dans des maisons très modestes, mais aussi très anciennes, ce qui malgré l'aspect un peu négligé parfois, a le charme de l’authenticité.
 
 
 

 
 
 
Et c'est ainsi que je suis arrivé à la porte de Saint Athanasios, au Sud de la ville, à l'endroit où le rempart est double 

La porte de Saint Athanasios
Sans m'en rendre compte, je venais de parcourir 8 km, dans cette cité qui paraît confinée dans un corset de murailles, lorsqu'on regarde le plan, mais qui en réalité paraît bien plus grande, de part son incroyable variété. En errant dans Rhodes, j'ai eu l'impression de voir défiler sous mes yeux une mosaïque de petits quartiers d'époques et de cultures différentes, mais néanmoins connectés par une magie que je ne m'explique pas. En tout cas, cette impression n'aurait pu être au cours d'une promenade perturbée par le maelstrom d'une meute de touristes.
 
En conclusion de cette journée très particulière ...

Rhodes est une ville EXTRAORDINAIRE !!! Avec des bâtiments historiques magnifiques, une citadelle impressionnante, des rues au sol serti de petits galets blancs, plein de porches arque-boutés sur de vieilles maisons aux façades toujours originales, et une mosaïque de lieux de cultes (églises, mosquées, synagogues) qui témoignent de l'histoire mouvementée de cette cité millénaire.

Conseil aux amateurs éventuels ; venez ici un dimanche 1er mai (le prochain est en 2033), en espérant qu'il fasse froid, et qu'il n'y ait pas de paquebots. Sinon, ce sera beaucoup plus tard !!! Ah ah ah !
 

samedi 7 mai 2022

Bizarre, j'ai dit bizarre ?

 Oui, vraiment très bizarre, !

L'article que j'avais publié intitulé J'ai rodé à Rhodes et j'ai adoré (auquel je devais ajouter des photos) a mystérieusement disparu.

Il faut donc que je le réécrive, que je remette les photos, etc. Pas rigolo, d'autant que maintenant, je ne suis plus à la marina de Rhodes (où je disposais d'un wifi de très bonne qualité), mais dans des coins paumés, comme je les aime bien.

Il va donc falloir patienter, encore !

Désolé.

dimanche 1 mai 2022

Arrivé à Rhodes

Après onze ans et demi passés dans le reste du Monde, Sabay Dii revient en Europe, la Grèce cette fois, pays que j'ai découvert lorsque j'étais au collège, avec mes parents et en caravane, et plusieurs années d'affilée. Dès le biberon, on nous nourrissait de culture gréco-romaine, entre autres. Donc l'Acropole, Delphes, la porte des lions de Mycène, mais aussi le Canal de Corinthe (aujourd'hui fermé), les Météores, Thessalonique, ..., je connais depuis longtemps et je n'en ai rien oublié, même si beaucoup de choses ont du changer, en plus d'un demi-siècle. Mais les îles grecques, je n'en connaissais rien, si ce n'est que depuis trois ans, j'ai navigué entre celles du Dodécanèse, lorsque je cabotais le long de la Turquie, qui n'est qu'à une portée de canon (sans plaisanter).

Mais le mercredi 27 avril 2022, Sabay Dii a quitté Marmaris et la Turquie pour rallier la Grèce par Rhodes.

Mes copains suisses Chantal et Markus arrivant à Marmaris m'ont aperçu et filmé lors de ma sortie pour Rhodes.

La navigation s'est faite dans la pétole (moins de 6 kt de Sud), 50% à la voile au près, une fois de plus, et 50% au moteur, pour arriver à temps. Mais, pour une fois, marcher grâce à la brise Volvo ne m'a pas dérangé, car il fallait que je recharge une batterie de démarrage moteur toute neuve.

Beaucoup de formalités à faire pour un voyage de 25 milles nautiques à peine. Côté turc, les paperasses habituelles (passeport et transit log, ce qui se comprend, mais aussi permis-moteur, et assurance du navire, ce qui ne se comprend plus lorsqu'on quitte un pays) et tout cela avec l'obligation de passer par un agent qui empoche 85 € juste pour déposer les papiers au bon bureau. Et côté grec, c'est encore plus compliqué. On doit remplir un dossier relatif au bateau et à l'équipage sur Internet, plusieurs jours avant d'arriver, pour se faire enregistrer, car l'administration grecque va nous pister tout au long du séjour pour encaisser, chaque mois, un droit pour laisser le bateau dans les eaux grecques (et européennes d'ailleurs). Ensuite, une fois arrivé, il faut se faire enregistrer dans un port d'entrée et payer encore pour l'attestation prouvant qu'on est arrivé, et pour valider la liste d'équipage (que l'on devra présenter avec tous les futurs tampons, chaque fois que l'on arrivera quelque part, même dans le plus petit port du pays). Ensuite, il faut aller au port de commerce (là où arrivent des gros bateaux de croisière et les ferries), pour se présenter à l'immigration, puis à la douane, et récupérer les précieux tampons qu'il va falloir présenter sans cesse. Mais ce n'est pas fini, car ensuite (et c'est le plus difficile) on doit trouver une banque qui veuille bien faire un transfert d'argent d'une banque française à la banque nationale de Grèce pour régler rubis sur l'ongle la taxe de navigation, sous peine de très grosse amende et de saisie du bateau. Ça ne rigole pas de ce côte de l'Europe ! Aucune banque n'a accepté de faire la démarche pendant toute une matinée de recherche (heureusement que j'ai un compte dans une banque allemande d'une terrible efficacité).

Bref, on passe en démarche beaucoup plus de temps qu'en mer. Et tout ça est relativement simple comparé aux démarches exigées des propriétaires de bateaux non européens, ce qui a découragé mes copains anglais, et tout particulièrement Tony, qui maudissent leurs concitoyens brexiteurs.

Pour ce qui est du droit de navigation, il n'est à payer que si le bateau est dans l'eau, mais un jour suffit pour devoir le mois entier. Ce qui fait de la Grèce une exception mondiale, car il y a beaucoup plus de ports à sec que de marinas. De mon côté, j'ai quand même choisi de laisser le bateau toute l'année à venir dans l'eau, car je ne paye pas très cher (33 € par mois), mais c'est parce qu'une fois de plus, j'ai un bol incroyable. Figurez vous que le droit est très modéré pour les bateaux de moins de 12 mètres, puis c'est un tout autre tarif pour la taille supérieure. Or Sabay Dii mesure officiellement très exactement 11,99 m, ce qui me fait gagner plus de 1000 € en une année, pour un tout petit centimètre. Hein que je suis vernis ?

En tout cas, même si ces démarches ont été un peu fastidieuses, je dois dire que dans tous les bureaux des deux côté de la frontière maritimes, toutes les personnes qui m'ont reçu ont été d'une exquise courtoisie, souriantes, et très serviables. Rien à voir avec ce qu'on peut lire sur quelques célèbres guides de croisière de la mer Égée. Chapeaux Messieurs Dames ! 

A 17 heures, j'arrivais enfin aux portes de Rhodes. Je dis enfin, car cela faisait deux ans que j'attendais de passer en Grèce, mais c'était toujours impossible, soit à cause du COVID, soit à cause des tensions gréco-turques, à propos des zones maritimes exclusives.

Mandraki, l'ancien port de Rhodes, et au fond, la citadelle médiévale.

Je pensais pouvoir m'amarrer à l'intérieur du port de Mandraki situé en pleine ville, mais on m'a fait savoir à l'arrivée, qu'il aurait fallu réserver très longtemps à l'avance, sans avoir la certitude d'avoir un emplacement. J'ai donc du aller à Rhodes Marina, un nouveau port de plaisance situé à un ou deux kilomètres au Sud de la ville.

Sur cette carte j'ai indiqué Mandraki au Nord et Rhodes Marina au Sud Ouest avec Sabay Dii.

Vers 17 h 30, quelques heures après que Sabay Dii soit entré dans les eaux grecques, mes pieds foulaient à nouveau la terre hellène. Aucun choc anaphylactique consécutif à ce franchissement de frontière ! Néanmoins, ma vie va un peu changer ...

Finis les bons kebabs, et les loukoums, la langue turque que je commençais à comprendre un tout petit peu, la possibilité de vadrouiller dans le continent en louant une voiture pour aller visiter des sites terrestres toujours très intéressants, et surtout la possibilité de me déplacer sans que l'on me considère forcément comme un navigateur en escale ou comme un touriste fraîchement débarqué d'un paquebot.

Il faut dire que Rhodes constitue un choc, pour le marin plaisancier qui aspire à la beauté, mais aussi à la quiétude, à la paix et au silence. Pour ce qui est de l'esthétique, c'est le top, car la ville de Rhodes, qui se situe au Nord de l'île éponyme, est splendide ; elle mérite bien sa place dans la sélection de l'Héritage Culturel Mondial de l'UNESCO. Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici quelques photos de la ville basse, c'est-à-dire la partie portuaire, par opposition à la partie haute qui entoure la forteresse médiévale.

L'une de nombreuses portes des remparts qui ceinture la vieille ville.

Un bateau au mouillage vu au travers d'une meurtrière des remparts de la ville basse.

Une rue de la ville basse

Le bâtiment de la préfecture de Rhodes (ancien Palais du Gouverneur) - façade Nord
Le bâtiment de la préfecture de Rhodes (ancien Palais du Gouverneur) - façade Ouest

   
Détail du bâtiment de la préfecture
Détail du bâtiment de la préfecture


L'entrée du port de Mandraki

Le mouillage au Sud Ouest de Mandraki (on voit le mâts des voiliers amarrés à Mandraki)

Ces photos sont trompeuses, car elles donnent l'impression reposante d'une petite ville tranquille. C'est parce que je les ai faites à la tombée de la nuit, au moment où les touristes ont déserté Rhodes, et surtout parce que ce quartier n'intéresse pas spécialement les vacanciers venus ici pour dépenser leur argent, pour faire bombance, ou pour la plage.

Car circuler dans la partie touristique de Rhodes, même hors-saison, est un véritable supplice. La promenade dans la ville basse ressemble à ça : Cacharel, Apple Store, Dior, Samsung Shop, Nike Store, ... bref une succession de magasins comme on en trouve dans toutes les galeries marchandes pour touristes consommateurs compulsifs et très aisés.

Quant à la deuxième partie de la ville, celle qui se situe autour de la citadelle des Chevaliers de Saint-Jean, là ce ne sont que restaurants et bars, d'où l'on vous interpelle "hey my friend, it's happy hour"




Entre les deux parties, ce sont de magnifiques ruelles qui coulent vers la mer, mais qui ont été malheureusement colonisées par un cordon ininterrompu d'échoppes de produits locaux, mais aussi de pacotilles (éponges naturelles venues d'Indonésie probablement, coquillages des Philippines, poissons-coffres du Sulawezi ou des Tongas, ...). Dans ce labyrinthe qui pourrait être l'un des plus beaux parcours urbains de la planète, les quelques touristes débarqués du seul paquebot en escale lors de mon passage déambulent à la recherche de ce qu'ils pourraient acheter, sans probablement rien connaître de l'histoire incroyable de cette cité multimillénaire qui s'offre constamment au regard, mais presque toujours au travers d'enseignes clinquantes et/ou clignotantes. Comme on n'est qu'au mois d'avril, il n'y a pas foule et on pourrait flâner tranquillement si les commerçants n'essayaient pas de vous alpaguer à tout bout de champ ! Qu'est-ce que ça doit être en haute saison touristique ?

Heureusement la marina est un peu loin du centre, à 20 minutes. Ouf !

mercredi 27 avril 2022

Petit supplément

J'ai ajouté un nouveau paragraphe à l'article précédent relatif à mon dernier passage à Marmaris, car j'y ai vu ceci ...


Quelques explications d'actualité ...


lundi 25 avril 2022

Dernier passage à Marmaris

Comme vous le savez, j'ai du changer mes plans de début de saison à cause du mauvais temps. Au lieu de passer en Grèce à partir de Kaş, via Kastelorizo, j'ai décidé de pousser jusqu'à Marmaris d'où je partirai mercredi matin pour rejoindre directement Rhodes. Un saut de puce, puisqu'il n'y a que 25 milles nautiques entre les deux, qui se naviguent en plus par vent de travers la plupart du temps.Du petit temps est prévu.

Mais pour les conditions de navigation, on verra, car j'ai été échaudé en ce début de saison par des prévisions météorologiques complètement irréalistes. D'abord entre Finike et Kaş, où j'ai ramassé plus de 45 kt de vent d'Ouest, à l'approche de Kastelorizo, alors qu'il n'y en avait que 12 de prévus, ce qui m'a valu un peu de casse mais rien de bien grave. En tout cas, cela m'a permis de découvrir un gros problème de contamination de mon gazole et de faire tout le nécessaire pour que je ne sois plus embêté de ce côté là pendant un bon bout de temps (700 € quand même entre le nettoyage de tout le circuit d'alimentation et le remplacement du carburant + 400 € de marina pour les 6 jours nécessaires aux travaux et à la mise à l'abri d'une seconde tempête). Car il y a eu, dans la foulée de la première, une nouvelle tempête, d'Est cette fois, à deux jours d'intervalle, et opposée à la première. A ne rien comprendre du temps dans cette région ! Mais là j'étais en sécurité, bien attaché à un ponton de la Kaş Setur Marina, même si les bateaux n'étaient pas vraiment protégés de ce force 8 ! Par moment, tous les bateaux d'un même bord du ponton flottant prenaient 30° de gite et s'entassaient les uns sur les autres comme pour se cacher des claques brutales qui leur tombaient dessus, sans crier gare.

Lorsque la météo est devenue acceptable, j'ai décidé de larguer les amarres pour Marmaris, mais en plusieurs petites étapes. Mais avant de mettre les voiles, j'ai pris la précaution de prendre 100 L de gazole supplémentaires, non pas que j'ai viré ma cuti et que j'envisage dorénavant d'utiliser la brise Volvo à la place de celle d’Éole, mais parce que le carburant des îles grecques est cher mais surtout parce qu'il a une sale réputation (on le transporte par petits camions-citernes pas très propres, et pour ce qui est du carburant crados, je viens de donner !).

Sur cette carte CM93, la marina de Kaş n'est pas encore indiquée.

Comme le pompiste qui est sensé être au boulot à 8h30, est arrivé avec une bonne demi-heure de retard et que nous étions plusieurs bateaux à attendre, c'est avec presqu'une heure de retard que j'ai vraiment pris le départ de cette nouvelle petite navigation. Mais ce n'était pas bien grave, car il n'y ait pas le moindre vent et c'est donc au moteur que j'ai remonté la rade de Kaş.

Cette trace de Sabay Dii montre bien quand j'ai mis les voiles et d'où venait le vent (Ouest).

Et, une fois de plus, je n'ai pas eu le vent prévu, tout au moins pendant la première journée. On annonçait une dizaine de nœuds et à dix heures du matin, il y en avait déjà le double, raison pour laquelle j'ai gréé d'entrée de jeu la trinquette à la place du génois, m'attendant à une nouvelle journée de baston. Ce qui fut le cas, avec un vent entre force 5 et 6 minimum, et qui n'a pas baissé au coucher du soleil, alors qu'on annonçait un calme plat.

Après une belle adonnante qui m'a permis de passer au vent de l'île Ro, j'ai du tirer des bords contre un léger courant (d'où cette forme de ressort un peu compressé de la trace).

Du coup, j'ai renoncé à m'arrêter au mouillage de Yesilköy que je connais bien, mais dont le fond herbeux n'est pas de bonne tenue, préférant avancer même dans du vent en attendant que ça se calme. Vers une heures du matin, malgré quelques micro-sommeils de une à trois minutes tous les quarts d'heure, je commençais à fatiguer un peu, mais je voyais bien aux changements de directions du vent que l'heure de la pose allait bientôt arriver. Et c'est ce qui arriva à 2 heures. Après un dernier bord poussif vers le Nord, j'ai affalé les voiles, allumé tous mes feux, et suis allé dormir comme un bienheureux, pendant que Sabay Dii dérivait tranquillement vers le Sud, loin de toute route maritime, et donc sans danger aucun.

Un peu avant 6 heures du matin, sentant la brise frémir, j'ai mis le nez dehors et cinq minutes plus tard, Sabay Dii était sous voile, plein Nord. Un coup d’œil à la carte pour constater que pendant mon sommeil de presque quatre bonnes heures, Sabay Dii avait dérivé plein Sud de la longueur exacte du dernier bord plein Nord, soit 2,5 milles nautiques, distance que j'allais refaire en moins de 20 minutes. Il ne fallait vraiment pas se passer d'une telle occasion de repos.

Facile de repérer mon sommeil (on est à l'entrée de la grande baie de Fetiye et de Göçek)

La journée s'annonçait sous les meilleurs auspices, avec un vent de Nord Ouest, conforme aux fichiers grib que j'avais enregistrés dans ma carte météo, la direction idéale pour le reste du voyage. Comme la météo annonçait que le vent tournerait à l'ouest dans la journée, j'ai choisi de partir justement plein Ouest, ce que les régatiers affutés comprendront bien, et qui se voit parfaitement sur la carte ci-dessus. Mais il y avait quelque chose que je n'avais pas pu prévoir...

Interruption inopinée du bord plein Ouest que je prévoyais de pousser jusqu'au moment de la bascule de vent.
Ce que je ne pouvais savoir, c'était qu'en continuant plein Ouest, je rentrais dans une zone de manœuvres aéronavales. Mais j'ai vite compris lorsque j'ai vu un escorteur de la marine nationale turque foncer sur moi, et me demandant par radio de m'arrêter immédiatement.

Une fois près de Sabay Dii, on m'a expliqué la situation, et on m'a demandé de contourner par l'Est l'île de Peksimet, pour respecter la zone interdite et surtout pour ma sécurité. Ce changement de direction vers le NNE contrariait mes plans tactiques, mais il fallait obtempérer, d'autant que l'escorteur décida de gentiment m'escorter jusqu'à l'île, en me remerciant au bout de ce chemin commun pour ma collaboration et en me souhaitant "a nice sailing". Quelle courtoisie !

Conformément aux recommandations, j'ai du rester tout près de la côte, ce qui ne fut pas très pénalisant car le vent ne va jamais se lever.

La petite île de Peksimet à laisser à bâbord

Le reste de la journée va me donner l'occasion de mesurer l'importance de ces manœuvres qui démarraient vers 10 heures du matin : chasseurs et avions de repérages dans le ciel, nombreux cuirassés se poursuivant sur l'eau, et certainement quelque sous-marin invisible car il y a une base de ces engins discrets justement entre Fetiye et Ekinçik, dans une baie interdite à la navigation, bien sûr !
Et en jouant sur les effets de côte et la rotation annoncée à l'Ouest, je fus finalement très vite au près bon plein à l'entrée de la baie d'Ekinçik où j'avais prévu de jeter l'ancre pour la nuit.
Vous remarquerez à l'entrée de la baie d'Ekinçik, un petit crochet vers bâbord (la gauche). Pourquoi ?

Vers 16 heures, à un demi mille de mon mouillage prévisionnel, je me mets face au vent pour affaler la grand voile, et dans la foulée, comme mu par un sombre pressentiment, je vais à l'avant du bateau pour tester le fonctionnement du guindeau, c'est-à-dire le moteur qui commande la montée et la descente de la chaîne d'ancre. Et oh surprise, le moteur ne répond pas à la télécommande. Comment ce fait-ce alors qu'il marchait parfaitement lorsque j'avais mouillé dans la baie de Kekova quelques jours plus tôt. Impossible de mettre cet incident sur le compte de la tempête ou sur celui des travaux que j'avais faits à Kaş ! Décidément, ce début de saison était plein d'embrouilles !
Mais pas de panique ! J'avais une belle avance, le temps était calme, dans une zone sans danger, avec un moteur me permettant de me sortir de toutes les situations. Et puis surtout, je savais que je trouverais la solution, car toute modestie mise à part, je connais l'organisation électrique de mon bateau par cœur, et j'ai eu la bonne idée de faire de nombreuses années d'étude et d'enseignement de l'électricité. Donc au boulot ... sortir le multimètre électrique, et faire dans l'ordre : d'abord démonter la télécommande très exposée aux paquets de mer qui, par mauvais temps, arrosent le local de l'ancre où le combiné de commande est fixé (OK), tester les tensions dans la boîte de dérivation de la baille à mouillage (O V donc problème), vérifier si le disjoncteur du guindeau qui se trouve derrière la table à carte n'a pas disjoncté (OK), défaire le lit de la cabine avant pour tester les tensions dans une autre boîte de dérivation situé en amont de celle de la baille à mouillage (13 V OK) et tester le relais (OK). Déduction, le problème se trouve dans la boîte de dérivation de la baille à mouillage et je ne l'ai pas vu. Retour en extérieur avec clé de 13, papier de verre, aérosol pour nettoyer tous les contacts. Grand nettoyage ; sans résultats ! C'est donc qu'il y a un fil défectueux, qui sous sa jolie petite gaine colorée est soit sectionné (peu probable) soit oxydé. Et j'ai trouvé le coupable, heureux comme un gamin qui joue aux échecs lorsqu'il coince le roi dans un coin du damier. Retour en intérieur pour mettre la main sur la caisse à outils électriques et refaire une bonne liaison vers la télécommande. Au total, moins d'une heure, pour réparer et remettre tout en ordre, et jeter l'ancre à 17 heures sur l'excellent sable d'Ekinçik, par 6 mètres d'une eau cristalline.
Vous comprendrez aisément qu'après ces 33 heures de navigation, je me sois accordé une belle journée de farniente, avec même une baignade dans de l'eau à ... 15°C (ce n'est pas encore l'été ici).
La deuxième partie du voyage, c'est-à-dire d'Ekinçik à Marmaris sera une véritable promenade de santé avec un peu d'air bien orienté, et c'est la première fois que j'arriverai à Marmaris, au vent arrière, par 10 nœuds de vent. Royal !
Néanmoins, de loin, j'ai eu l'impression que quelque chose avant changé à Marmaris. Au lieu de voir les mâts des bateaux de la marina, il y avait une grosse tache blanche ...
Voilà ce que j'ai découvert en me rapprochant.

Pour vous donner une idée de la dimension de ce monstre, son pont avant cache les mâts des bateaux de la marina qui font entre 15 et 25 mètres de haut, et le bateau juste derrière est un super-yacht de taille standard, si l'on peut dire.
Le nom de ce méga-yacht ?
L'Eclipse !
Des caractéristiques délirantes :
  • 162,5 mètres de long, c'est-à-dire, à 10% près, la taille du Moskva, le navire amiral de la flotte russe coulé en Mer Noire ces temps derniers ;
  • largeur maximale (maître bau) 21,5 m ; 
  • 6 ponts ;
  • 70 hommes d'équipage ;
  • coût estimé à près de 1,5 milliard de dollars ;
  • la suite du propriétaire fait 475 m² ;
Ah oui ! Vous vous demandez quel est ce fameux propriétaire ?
C'est l'oligarque russe Roman Abramovitch, pour qui il fallait le yacht le plus long et le plus cher du monde ! Un monde absurde et délirant d'ailleurs !
Bien sûr, la Turquie s'est bien gardée d'interdire ses eaux et son territoire à ces gens-là, car ils rapportent beaucoup d'argent ; ni aux touristes russes en général qui sont très nombreux à venir passer leurs vacances ici (mais qui auront néanmoins quelques soucis, car leurs cartes de crédit ne fonctionnent plus ici comme ailleurs). Il ne faut pas tuer la poule aux œufs d'or, surtout en cette période de crise économique généralisée en Turquie.
Je me suis mouillé bien loin de l'Eclipse, devant la plage de Marmaris, et mon voisin avait à l'arrière de son petit voilier le drapeau de son pays : bleu et jaune.
Comme quoi, même en mer, on ne peut échapper à l'actualité de ce monde en folie ! 

Les prochaines nouvelles devraient donc vous arriver de Grèce. A bientôt.

dimanche 17 avril 2022

Le séjour dans la marina de Kaş

J'avais prévu de ne passer que deux jours à la marina de Kaş, mais au total, ce seront plutôt dix jours de séjour ici. La faute au temps qui règne dans la région en ce moment.

Comme vous le savez, je suis arrivé ici en trombe, à presque 10 nœuds, au vent arrière, à sec de toile et sans moteur. Mon anémomètre indiquait par moment plus de 40 kt, et comme quand on navigue vent arrière, il faut ajouter au vent apparent le vent vitesse du bateau, cela signifie qu'il soufflait par moment un vent de tempête de 50 kt (force 10). Dans de telles conditions, il était impossible d'aller prendre une place parmi les bateaux amarrés aux pontons de la marina. C'est donc au quai de la station de carburant, très long et vide, que j'ai été dirigé. La place étant prévue pour de grosses unités, j'ai pu faire ma manœuvre d’appontement sans problème, après avoir "cassé" la vitesse de Sabay Dii en le plantant face au vent pendant quelques secondes, puis en le laissant dériver par le travers jusqu'à toucher le quai en douceur. La marina avait dépêché deux zodiacs "au cas où", et une poignée de personnes étaient là pour m'aider à amarrer le bateau sans casse. Opération un peu impressionnante mais bien réalisée.

Sabay Dii est encore au quai de la station carburant deux jours après son arrivée mouvementée.

Mais la tempête ne s'est pas arrêtée pour autant à mon arrivée, et Sabay Dii qui offrait l'un de ses flancs au vent, était pressé sur le quai, montant et descendant violemment comme un ludion à chaque vague. Résultats : en quelques minutes, mes housses de pare-battages étaient mortes. L'une de mes défense a même explosé sous la pression, mais j'en avait placé 12 ! Pendant une quinzaine d'heures pendant lesquelles j'ai souffert pour lui, Sabay Dii va se faire malmener.

Les pare-battages n'ont pas aimé le séjour agité sur ce quai.

Les réservoirs extraits
Le lendemain, ma première tâche fut de contacter le service de mécanique de la zone technique pour trouver la raison du dysfonctionnement aléatoire du moteur. Une heure plus tard l'ingénieur venait et diagnostiquait une contamination du gazole. Bactéries, moisissures, ... ? En tout cas, pas de doute, il fallait m'en débarrasser, ce qui fait mal au portefeuille quand on vient d'acheter 150 L au prix actuel. Et ce n'est pas tout, car pour bien faire, il fallait non seulement pomper le carburant des deux réservoirs de 75 L pour les vider, mais il fallait décontaminer les dits réservoirs, et pour cela les extraire du bateau. Une fois de plus, je me suis félicité d'avoir un RM et surtout d'avoir fait moi-même l'aménagement du local technique à l'aide de cloisons sur mesures, mais surtout amovibles, car dans la plupart des autres bateaux, il aurait fallu casser des cloisons structurelles qui, souvent, participent à la rigidité du bateau. Donc ma matinée fut occupée à vider la moitié du local technique (un vrai déménagement) et à essayer de caser tout mon bazar dans le carré et la cuisine (deux jours sans pouvoir accéder à mes réserves, aux casseroles, etc.). Ensuite, il a fallu démonter tout le circuit de gazole (tuyaux, vannes, filtre à décantation qui permet de séparer le gazole de traces d'eau, filtre à gazole, pompe d'amorçage), puis un petit plancher, et ce n'est qu'alors que les réservoirs ont pu être extraits.


Vu l'état général, j'ai accepté la proposition des mécanos de faire un nettoyage à fond des réservoirs et de changer tout le reste. Heureusement j'avais des filtres de rechange ! Les mécanos travaillant vite et bien (et pour trois fois moins cher qu'en France), tout le circuit était remonté une journée plus tard, et je refaisais un plein de 150 L pour tester le fonctionnement du moteur. Impeccable !

Les réservoirs sont comme neufs, et tout le circuit d'alimentation a été changé. Il ne me reste plus qu'à poser un petit plancher sur les réservoirs et à remettre tout mon attirail dans le local technique

Le lendemain, j'ai refait le déménagement dans l'autre sens, pour pouvoir enfin me déplacer à nouveau librement dans le bateau, et cuisiner un peu.

Je n'en avais pas fini pour autant, car dans la tempête rencontrée lors de ma venue à Kaş, les suspentes tribord du lazzy-bag (le sac dans lequel tombe la voile) avaient explosé. Il me fallait donc monter au mât pour refaire tout le système de cordages et de poulies.


Heureusement, mes copains suisses Chantal et Marcus du bateau Vilnarius étaient eux aussi à Kaş où nous avions prévu de nous retrouver. C'est donc eux qui m'ont monté au mât. Merci bien !

Le jours suivants ont été consacrés aux lessives car non seulement j'avais été copieusement arrosé par les vagues et les embruns, mais le hublot de ma cabine n'était pas bien fermé et tout ce qui s'y trouvait  (couette, vêtements, livres, ...) était trempé d'eau salée.

Puis ce fut une journée complète de recherche sur Internet et de paperasse pour faire par anticipation les démarches incroyablement tatillonnes de l'administration grecque avant de franchir la frontière. Avec quand même, vers 9 heures le départ de Chantal et Marcus.

Et ce n'est qu'hier, samedi, que j'ai pu souffler un peu ... en attendant la tempête d'aujourd'hui !

Après avoir bouquiné, fait les courses, je suis monté au-dessus de la ville pour admirer le panorama et faire quelques photos de ce site exceptionnel, bien que la lumière fût médiocre à cause de l'arrivée de la perturbation.

Vue panoramique avec en bas, le port, au loin Kastelorizo, la grecque, et à droite la rade avec la marina.

La rade et la marina qui héberge Sabay Dii

Le port de la ville d'où les bateaux pour touristes partent en excursion.

Et aujourd'hui 17 avril, dimanche de Pâques, je suis resté au bateau, vu le temps épouvantable qui était annoncé et qui n'a pas failli aux prévisions météorologiques, puisque dans la même journée j'aurais vu force 8 d'Est, pendant 8 heures, puis fore 7 d'Ouest une heure plus tard pour revenir force 7 d'Est. 

Un petit aperçu de ce temps de chien, avec cette courte vidéo de très mauvaise qualité (mais pas question de sortir mon appareil photo vu les embruns).

Mais la nuit ne fait que commencer !