Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

lundi 11 novembre 2013

« Du bleu plein les yeux » , mais, « motus et bouche cousue »

Mon bout du monde (BdM) à moi, je l’ai trouvé dans les Tuamotu, mais ne vous dirais pas où il se trouve précisément.
Des endroits si beaux qu’ils semblent surnaturels, créés par un artiste divinement inspiré, des lieux si fascinants que vous n’avez plus envie de bouger, hypnotisé que vous êtes par la magie des couleurs, la sobriété des formes, cela ne se révèle pas.
Mon BdM restera mon secret, sauf si vous êtes disposé(e) à m’accompagner au bout du monde, justement. Mais qui pourrait bien avoir envie de jeter aux orties ses habitudes, son confort, ses biens matériels, la proximité des siens, la sécurité du connu et de l’archiconnu ? Qui prendrait le risque de renoncer à tous ses repères pour vivre l’Expérience avec un grand E du renoncement en se jetant corps et âme dans le gouffre vertigineux de la beauté à l’état pur, sans trace humaine, dans la solitude la plus extrême, dans le silence assourdissant des seules vagues et du vent, dans le mystère du motu du bout du monde ? Qui ?
Et avec l’engagement de ne jamais révéler à quiconque où se trouve l’indicible, l’incroyable, l’inimaginable, l’irréel. Car en venant ici, vous n’aurez plus jamais le droit de parler, ou plutôt, vous risquez de ne jamais plus pouvoir parler. Quand on reste bouche bée un très très long moment, on risque le mutisme définitif.

Du bleu plein les yeux, oui, mais ensuite motus et bouche cousue, ad vitam eternam.
























Sous le signe du poisson, au motu d’Hotu

Enfin, après deux jours de navigation, me voilà bien content d’arriver au motu Maveca, dans l’atoll de Manihi.
C’est mon troisième séjour ici, chez Hotu, depuis mon entrée dans les eaux polynésiennes, et Hotu qui m’a vu arriver de loin fonce à ma rencontre avec tout son bardât et sa petite famille.

Retrouvailles toujours aussi chaleureuses.
J’apporte quelques bricoles qu’ils ont du mal à se procurer, comme des graines ou de la terre végétale, mais aussi du whisky. J’apporte en prime le mauvais temps, car nous aurons droit à 10 jours de pluie et de vent, juste le temps de mon séjour.




Mais ici, aux Tuamotu, c’est fréquent et surtout sans grande importance, car toutes les activités ou presque se passent dans l’eau, et notamment la pêche. Eh oui ! Les Tuamotu sont le principal fournisseur de poissons de toute la Polynésie.
Et du poisson, j’en mangerai comme jamais. En effet, tous les jours, on m’apportera des variétés différentes, aux robes chamarrées et aux saveurs incomparables (rouget barbet, perroquets de diverses couleurs, poissons écureuils plus ou moins colorés


Et cet étonnant mais savoureux baliste aux lèvres bien maquillées, mais qui devrait quand même aller voir un orthodontiste.
Je compléterai ces mets avec de bons coquillages que je suis le seul à connaître ici. Surprenant mais véridique, car les polynésiens ne s’intéressent qu’à trois ou quatre variétés (bénitier, turbo et troca) et délaissent toutes les autres. Donc à moi les bonnes palourdes ou télines.
mais quelques turbots ne me font pas peur quand même ...
Et pendant que je prépare mon poisson, tout autour du bateau, avec leur odorat si fin, mes amis les requins viennent me rendre visite.
Aujourd’hui c’est au tour de Hotu qui vient avec son père et l’un de ses frères.
Les Paumotus (c’est-à-dire les habitants des Tuamotu) sont nombreux à avoir un parc à poissons qui se remplit tout seul, au gré des marées. Les réserves halieutiques étant extraordinaires, le poisson se trouve tout naturellement à la base de leur alimentation et même de celle de leurs chiens et chats qui mangent de jolis et bien frais spécimens d’aquarium, à la place des croquettes en conserve.
Evidemment, pendant mon séjour, j’irai avec mon ami Hotu ramasser le poisson dans son parc ; ce jour-là une centaine de kilos ou presque, pour une des rares pensions familiales de l’île où il vient d’être embauché comme homme à tout faire.
En route pour le parc à poissons

Comme tous les parcs à poissons des Tuamotu, il se trouve situé dans un chenal de communication entre l’océan et le lagon, ici un hoa (mais certains les mettent dans les passes ce qui ne facilite pas l’entrée et la sortie des embarcations).

 
Voilà quelques exemples de ce que l’on ramasse dans un parc à poissons :















vendredi 8 novembre 2013

Tu embarques avec moi ?

Bon ! Tu viens avec moi ?
Je finis de préparer le bateau et, vers minuit ou une heure du matin, je pars pour Rangiroa, dans les Tuamotu.
Tu hésites à venir parce que tu ne sais pas super bien barrer ?
Mais cela n’a aucune importance ! Un barreur, c’est ce qu’il y a de moins utile sur un voilier, car un régulateur d’allure ou un pilote électronique font cela mieux que quiconque. Sur Sabay Dii, personne ne s’occupe de la barre.

Ce dont un skipper a besoin, c’est d’une personne motivée, disponible, vigilante, capable de veiller attentivement notamment une partie de la nuit, sans s’endormir évidemment, et qui l’avertisse à la moindre inquiétude. C’est à moi qu’incombent toutes les décisions difficiles. Et si en plus tu es de bonne humeur, confiante, et que tu positives, c’est sûr que cette navigation sera un régal.
Mais dans tous les cas, ce qui est impératif, c’est que tu appliques les consignes du « patron » sans discuter. Pas rigolo hein ?
Et ce serait la même chose si tu avais l’expérience d’une vie de skipper professionnel !
Mais c’est pourtant comme ça que ça marche le mieux. Demande son avis à Véro, la super-équipière qui est venue passer un mois sur Sabay Dii l'an dernier.
Bon ! Je vois que tu te décides à embarquer. A la bonne heure !
Que je te donne quelques détails sur le « script » de notre nouvelle petite aventure …
Il va nous falloir 36 heures environ, si la météo ne s’est pas plantée dans ses prévisions, pour atteindre Rangiroa. En partant vers minuit de Papeete, on devrait arriver là-bas dans deux jours, vers midi, pour entrer dans le lagon lorsque la Lune passera au méridien supérieur (je t'expliquerai bientôt pourquoi). Et si tu as fait un peu d’astronomie, tu devrais déduire de cette information que nous serons forcément à la nouvelle lune. Donc deux nuits bien noires nous attendent.
Bon ! Parée pour le départ ?
La météo annonce pour cette nuit et demain matin un petit vent d’est-nord-est et une mer peu agitée. Comme on va vers le nord-est, nous commencerons par naviguer au près serré. Ce sont de bonnes conditions pour Sabay Dii, sauf que dans le Pacifique Sud, ces conditions sont toujours inconfortables.

Ça va ? Pas trop fatiguée par ce rodéo permanent ? Pas facile de se tenir debout, ni de cuisiner ou de manger, avec ces petites vagues apparemment insignifiantes et pourtant si pénibles. Heureusement que j’avais préparé le repas de midi bien à l’avance, pas vrai ? Un repas facile à manger pour ne pas renverser sa pitance partout. Mais dans quelques heures, ça ira mieux, car nous devrions avoir plus de vent, toujours au près serré. Et paradoxalement, la navigation avec du vent dans cette mer hachée devient presque confortable. D’ailleurs le vent commence à monter. Sabay Dii piaffe d’impatience.
Cela fait déjà dix-huit heures qu’on est parti. Le vent maintenant devrait tourner un peu vers l’est et on va se retrouver au près bon plein pendant toute la nuit. On va bomber mais l’important c’est de bien suivre notre direction sur le compas, car il y a l’atoll de Makatea sur notre route.

On devrait arriver dans les parages de cet îlot entre minuit et deux heures du matin. On le laissera à notre droite, pour passer à l’ouest. Pourquoi ce côté et pas l’autre ? Tout simplement parce qu’on doit toujours prévoir l’imprévisible, le gros pépin qui pourrait arriver (comme un démâtage) et il est hors de question que le vent (mais aussi le courant qui est souvent fort entre les atolls) nous fasse dériver vers un récif aussi dangereux. Donc on passe sous son vent.
Tout est bien compris ? Toujours en forme et motivée pour attaquer la deuxième nuit ?
Le jour se lève.
Pas trop crevée après cette deuxième nuit ? Les conditions étaient bonnes, mer peu agitée, 15 à 20 nœuds au bon plein. On a super marché ; presque 9 nœuds de moyenne sur les 12 dernières heures.
Comme prévu, on n’a rien vu de Makatea, alors qu’on n’était qu’à quelques milles de cet atoll inhabité. Comme tous les atolls, il était tapi dans l’obscurité, au raz de l’eau, silencieux. Mais pas invisible si l’on dispose d’un radar. Tu l'as vu sur l’écran, ce fin contour rouge ; c’était le pourtour de l’atoll, le récif qui nous renvoyait un écho ténu mais néanmoins très net.
Eh oui ! Deux précautions valent mieux qu’une : beaucoup de personnes naviguent aujourd’hui en faisant une confiance aveugle dans leur GPS, mais en oubliant que beaucoup de cartes marines sont fausses, ce qui rend l’utilisation du GPS complètement fantaisiste. Donc, moi je navigue au GPS quand je suis sûr qu’il n’y a rien sur ma route, mais à l’approche du moindre danger, je cherche la confirmation du radar sur ma position. Et comme un radar peut être utilisé pour faire sa recherche, en tâche de fond et à intervalles de temps programmés, je ne m’en prive pas. C’est ce qui me permet de dormir comme un loir quand je navigue en solo de nuit. Au moindre écho, son alarme me réveille. Je vois de quoi il retourne. Si nécessaire je modifie la route du bateau, et je repars me jeter dans les bras de Morphée, peinard.
Terre, terre ! Terre à tribord, terre à trois heures !
Ah ! Nous voilà à Rangiroa.
On ne l’a pas ratée ! Ouf !
Maintenant, on va perdre une bonne partie de notre avance pour longer la côte contre le vent et  le courant, mais c’était prévu.
Et voilà la passe d’Avatoru. Ça a l’air calme et c’est normal, car d’une part cette passe est beaucoup moins terrible que sa voisine redoutable et redoutée, la passe de Tiputa, et d’autre part, on est arrivé pile à midi. C’était l’heure idéale aujourd’hui pour pénétrer dans le lagon avec un faible courant entrant. Super.
Voici le village éponyme de la passe d’Avatoru.
Bienvenu à Rangiroa, plus grand lagon des Tuamotu et deuxième plus grand lagon de la planète.
Effectivement, ça à l’air drôlement grand ici ! Impossible de voir l’autre côté qui est à plus de 70 km.
Hein que ça valait le coup de venir ici ?
Et encore tu n'as rien vu de ce fabuleux et merveilleux lagon … Ah ah ah ! Tu vas en prendre plein les mirettes.

Rangiroa, Tikehau et les autres

Rangiroa, Tikehau, Kauei, Fakarava, … autant de noms étranges aux oreilles d’un européen pour désigner les  îles des Tuamotu. 76 au total, mais, pour l’heure, je n’en ai exploré qu’une dizaine, celles du nord-ouest de l’archipel. Ce sont aussi celles qui ont la réputation d’être les plus belles, mais je crois bien que cette notoriété est plus commerciale qu’objective, car les atolls des Tuamotu ont tous un charme certain pour celui qui a envie de s’y plaire. Certes, il y en a où il est difficile d’y vivre et même parfois d’y arriver car dépourvu de passe franchissable en bateau. Et comme je n’ai pas encore d’hélicoptère, certains atolls me sont physiquement interdits de visite. Mais qu’importe ; j’ai trouvé mon bonheur dans ceux que j’ai eu la chance de parcourir ave mon fidèle Sabay Dii, que ce soit au cours de mon premier périple, en mai et juin (Manihi, Ahe, Tikehau, Apataki, Toau) ou tout dernièrement (voir le trajet du deuxième périple sur carte ci-dessous).
De drôle de noms, disais-je, mais qui ont, pour la plupart, un sens en langue paumotu.
Par exemple, Rangiroa, ou plutôt Rai’roa, signifie « ciel immense ». Drôle de nom pour une île me direz-vous. Eh bien pas du tout, car cet atoll, le plus grand des Tuamotu, est si étendu (80 km du NW au SE) qu’on n’arrive pas à en voir les limites. A Rangi, on se demande où est passé l’océan, où finit le lagon et où commence le ciel. Impossible à dire, engloutis que l’on est dans les bleus turquoise, curaçao, lapis-lazuli, … qui ont absorbé tout l’espace. Une perspective hallucinante où l’horizon évanescent donne la vertigineuse impression que la mer et le ciel se sont volontairement unis pour nous perdre dans le mystère de l’infini. Fil à plomb de rigueur pour ne pas perdre les notions de verticale/horizontale, dans ce « ciel immense ».
Tikehau, la petite voisine de Rangiroa signifie « accostage facile » ou « emplacement paisible ». Mais ce nom peut aussi être interprété d’une autre façon, quand on sait que dans le mythe polynésien, on parle d’un enfant Tiehau (qui s’est plus tard transformé en Tikehau) qui était le symbole de l’union parfaire entre un homme Tii, et une femme, Hau.
Autre légende : on racontait, il y a bien longtemps que Tû, le dieu suprême des îles Tuamotu, avait eu l’intention de conduite Tahiti, le Poisson, dans un grand lagon appelé Rangiroa. Il l’avait d’ailleurs construit à cet effet, et avait voulu aussi placer Moorea, (l’île sœur de Tahiti) dans un lagon plus petit, et également construit à cet effet, Tikehau. Mais les deux îles s’échouèrent sur un haut fond et n’en ont plus jamais bougé. Légende étrange de réalisme géométrique, car, quand on compare la forme et la disposition des couples respectifs Tahiti-Moorea et Rangiroa-Tilkehau (voir carte ci-dessus), on se dit que les anciens n’avaient pas besoin de photos satellitales pour jauger leur environnement.
Je vous épargnerai d’autres légendes et d’autres développement sémiotiques, mais sachez que presque tous les noms d’atolls des Tuamotu ont un sens, soit littéral, soit mythologique.
Au fait, savez-vous ce que veut dire Tuamotu ?

Tout simplement « les îles (motu) nombreuses (tua) ». Mais à cette appellation logique et comptable, je préfère de loin celle de Robert Louis Stevenson : « les îles de la matière dont on fait les songes ». 

mercredi 6 novembre 2013

Deux petites remarques sur la navigation et le mouillage dans les Tuamotu

Première remarque : les fermes perlières
Je vous ai expliqué comment j'essaie à tout prix d'éviter de planter mon beau Sabay Dii sur une patate de corail, en scrutant l'horizon depuis l'avant du bateau. J'ai oublié de vous dire qu'il y a autre chose à éviter, moins dangereux mais un peu ennuyeux quand même : les bouées des fermes perlicoles.
Eh oui, c'est dans les Tuamotu qu'on produit les fameuses perles noires de Polynésie, et les lagons sont plein de bouées soutenant les fils sur lesquels sont fixées les nacres. Il y a donc beaucoup de bouées dont une grande partie se trouve sous l'eau car elles dérivent un peu au cours du temps. Et attachées à ces bouées, de solides cordes. Ces bouées en plastique ne risquent pas de casser la coque, mais une fois accrochées dans l'hélice du moteur, la quille ou le safran, vous vous trouvez bien immobilisé, et sous voiles, ce n'est pas très confortable. Il faut alors affaler les voiles en catastrophe, et plonger pour défaire le sac de nœuds. Quand on est tout seul sur le bateau, ce n'est pas ce qu'on a de mieux à faire de ses journées.

Deuxième remarque : l'orin au mouillage
Bien que certaines personnes ne partagent pas mon avis, je pense qu'il est indispensable (tout au moins dans les Tuamotu) de jeter l'ancre avec un orin, c'est-à-dire une bouée attachée directement à l'ancre. Ainsi, on sait toujours exactement où se trouve son ancre. Quelle utilité ? Eh bien il faut penser que tout le fond sableux d'un atoll est jonché, de ci de là, de blocs de corail énormes. La chaîne de l'ancre chemine donc entre ces blocs et ne demande qu'à s'accrocher à l'un d'eux, quand on va essayer de la remonter. Avant de quitter le mouillage, il faut donc se mettre à l'eau, en repérant soigneusement le circuit que fait la chaîne sur le fond. Ensuite, en même temps qu'on relève l'ancre, et petit à petit, il faut déplacer le bateau au moteur pour refaire le parcours afin que la chaîne soit tirée toujours vers le haut et jamais à l'horizontale.
Pour vous donner une idée, je n'ai jamais pu mouiller une seule fois sans que la chaîne soit bloquée à deux ou trois endroits minimum. Les amateurs de mouillages à problème sont les bienvenus aux Tuamotu.


 on avance douve