Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

dimanche 8 décembre 2013

Le tour de Tahiti Iti à la voile

Vous avez vu que ma randonnée pédestre de Taravao à Teahupo ne m’avait pas emballé, loin de là. Quand à faire le tour de Tahiti Iti à pied, ce serait pure folie, car il n’existe aucun chemin pour cela, le relief et l’exubérance de la végétation ne s’y prêtant pas. Et ce n’est pas près de changer car, qui dit chemin dit construction de la voie mais aussi entretien. Or ici, le climat fait pousser arbres et ronces à toute vitesse, et de toute évidence, il n’existe aucun programme de valorisation du capital touristique de cette presqu’île, qui recèle pourtant un nombre important de sites très intéressants : marae, pétroglyphes, grottes rupestres, etc. J'en ai été convaincu, lors de mon footing à Teahupo, au cours duquel j’ai voulu aller visiter le Marae de Nu’Utere, l’un des sites majeurs de l’histoire et de la culture polynésienne, et c’est à peine si les gens du coin savaient où il se trouvait. Au bout d’un petit chemin sans la moindre information, à 300 m à peine de l’unique route, je suis arrivé devant un panneau indiquant l’entrée de cet important lieu de cérémonie …


Le panneau recouvert de tôle ondulée situé à l’entrée donnait une idée de ce que l’on allait trouver derrière…
quelques pierres disséminées à moitié enfouies sous l’herbe, aucune mise en valeur et pas le moindre renseignement sur ce monument fondamental de l’histoire pré-européenne de la Polynésie. Une fois de plus, j’aurai constaté qu’à Tahiti, la mise en valeur par le gouvernement territorial du capital historico-culturel et l’aménagement de chemins permettant la découverte de l’île et de de son milieu exceptionnel passent bien après les investissements favorisant le tourisme de luxe, et cela à contre-courant de !’évolution de la situation dramatique de la fréquentation (-32% sur les quatre dernières années, alors que dans le même temps l’augmentation était de 190% aux Fidji).
Moralité, si l’on veut découvrir Tahiti Iti, c’est par la mer qu’il faut le faire, par petites étapes, chaque mouillage permettant de découvrir facilement les trésors de cette presqu’île d’une beauté sauvage étourdissante. Et comme vous le verrez très bientôt, c’est ainsi, que l’on rencontre les personnes qui ont choisi de vivre loin de tout et qui réservent au rare visiteur qui  n’est pas pressé par le temps, un accueil extraordinaire.
Vous allez maintenant découvrir des images de Tahiti Iti vu de la mer, mais je vous réserve le meilleur pour la suite. En effet, mon tour de la presqu’île a été conduit en quatre étapes entre les parties Ouest (Port-Phaeton) et Est (Faratea) de l’isthme de Taravao. A chacun des trois mouillages intermédiaires, j’ai rencontré des gens formidables. Les trois messages que je vous prépare pour très bientôt vous feront vivre ces trois rencontres que je ne suis pas près d’oublier : Matei au mouillage de Beaumanoir, Lynda, Hoatua et Coco au mouillage d’Hihitera, et enfin Heimata, Andrea et leurs filles au mouillage de Cook. Alors, en regardant les images qui suivent, essayez d’imaginer au travers de ces paysages à couper le souffle, les aventures qui auraient bien pu m’arriver, là, dans la brousse, au pied des montagnes mais au bord du lagon aussi, en compagnie de gens formidables … 
 
 
 


samedi 7 décembre 2013

De Taravao à Teahupo, c’est pas jojo !

Tahiti Iti, la presqu’île du sud de Tahiti est réputée sauvage. A juste titre.
Aucune route n’en fait le tour complet. Juste 18 km de macadam côté ouest jusqu’à Teahupo, et autant du côté est jusqu’à Tautira. Ajoutez à cela une route montant sur le plateau de Taravao, pour aller s’occuper des vaches, et une piste traversière reliant Tautira (au nord-est) à la pointe Fare Mahora (au sud-ouest) en empruntant le lit de deux rivières. C’est tout !

Les guides touristiques vous raconteront qu’on peut faire le tour de Tahiti Iti, à pied, en suivant la côte sud, mais je vous garantis qu’il n’y a ni chemin, ni piste digne de ce nom. Il y a surtout à marcher dans l’eau, tant bien que mal, dans le corail où se cachent de nombreux poissons-pierres (dont la piqûre est mortelle),

à traverser des rivières tumultueuses à la moindre pluie (et il pleut pratiquement tous les jours), à contourner les falaises abruptes et très difficilement franchissables du Pari, tout au sud, et tout au long du parcours, à l’approche de chaque petites propriétés complètement isolées, à éviter de se faire croquer par des pitbulls hargneux.
Vous savez combien j’aime marcher. Eh bien j’ai essayé de me promener à pied dans cette presqu’île. J’ai commencé un dimanche à six heures du matin, par un long footing (Taravao-Teahupo = 18 km). Une route en bord de  lagon, mais avec si peu d’eau que cela ressemble plus à un marécage,



Et tout au long de la route, des maisons sans cachet particulier, des jardins moins jolis qu’ailleurs en Polynésie, aucune vraie plage,
La plage de Maui, la plus réputée (20 cm d’eau et plein de corail)
des carcasses de voitures un peu partout,
et beaucoup de panneaux « tabu » (mot qui voulait à l’origine dire « sacré » mais qui s’est transformé en « interdit » et veut plutôt dire aujourd’hui « privé »).

 

Remarquez qu'il est interdit de jouer de la musique au bord de l'eau

     
Pas folichon. Seules les nombreuses églises des multiples confessions tahitiennes ont agrémenté mon parcours, par l’animation dominicale particulière à ce pays très pieux (familles au grand complet, gens endimanchés, avec de beaux chapeaux pour les dames et de belles chemises colorées pour les hommes).
Et pour le plaisir de l’oreille, de remarquables polyphonies chantées au rythme des ukulélés.






Pourquoi aller à Teahupo, me direz-vous, et à pied en plus. Je vous répondrai qu’on voit bien que vous ne vous intéressez pas au surf, car tout surfeur a entendu ce nom mythique. Teahupo, c’est une vague magnifique et terrible à la fois. Surnommée « la machoire », c’est une des étapes majeures du championnat du monde professionnel.

Mais, comme toutes les grandes vagues, elle peut être minuscule, s’il n’y a pas de houle, ce qui était le cas. Mais j’avais envie de palper l’atmosphère du lieu. Et là aussi déception : pas le moindre surfeur, mais des voitures grandes-ouvertes avec des jeunes bedonnants buvant de la bière avec la sono à fond, des barquettes de hamburgers et des canettes vides un peu partout. Heureusement il y avait quelques enfants bien sympas avec qui j’ai discuté longuement (des marquisiens tristes de se retrouver si loin de Nuku Hiva).
 

J’ai vite quitté ce lieu glauque pour continuer dans ce que les polynésiens appellent le Fenua Aihere, c’est-à-dire « la brousse ».  J’ai vainement cherché un chemin pour continuer plus au sud, mais toutes les personnes interrogées m’ont dit qu’il fallait marcher dans l’eau et qu’il fallait surtout faire attention aux chiens.







Après une bonne heure à essayer de me faufiler entre des propriétés bien défendues par des murs d’enceinte et le corail, j’ai rebroussé chemin et suis rentré en stop à Port Phaéton, où m’attendait mon fidèle Sabay Dii. Je lui ai raconté ma journée de balade et nous avons décidé de laisser la route pour faire le tour, à la voile.
Et vous allez bientôt voir que vu de la mer, le monde peut paraître très différent.

Dans le prochain message, vous allez découvrir les merveilleuses lumières de Tahiti Iti, et vous vous direz que les rares personnes qui passent par là avec leur voilier (quelques dizaines par an seulement) ont bien de la chance.

vendredi 6 décembre 2013

Port-Phaéton, un beau « trou à cyclones »

Port-Phaéton, est situé sur la commune de Taravao, juste sur l’isthme séparant Tahiti Nui au nord, et Tahiti Iti au sud.
Depuis l’ouest, on peut pénétrer très loin dans l’isthme, par un chenal long et tortueux débouchant sur un plan d’eau quasiment fermé, appelé Port-Phaéton (Phaéton étant l’autre nom de l’oiseau appelé paille-en-queue, mais en l’occurrence, c’est le nom d’un gros bateau qui était venu se réfugier dans ce parfait « trou à cyclones »).

Voici la route suivie par Sabay Dii depuis le jardin botanique Harrison Smith pour accéder à Taravao et Port-Phaéton. Tous les pointillés et les tâches bordées de vert représentent des massifs de corail plus ou moins affleurants.
Les caractéristiques d’un « trou à cyclones »
Qui dit cyclone dit, vent épouvantable, mais aussi et surtout mer déchaînée et élévation du niveau de l’eau sous l’effet de la dépression atmosphérique (l’air appuie moins sur la mer dont le niveau moyen peut monter d’un ou deux mètres, en plus des effets de marées habituels). Ajoutez à cela des vagues déferlantes atteignant une dizaine de mètres minimum et une houle monstrueuse, et vous vous direz que le navigateur prévoyant va chercher à quitter la haute mer bien avant l’arrivée de l’ouragan pour venir mettre son frêle esquif dans une mare à canards, bien fermée de toute part afin de parer les vagues démoniaques, et cernée par des montagnes pour l’abriter du vent. Et si en plus, le fond de ce plan d’eau est de bonne tenue pour une ancre et avec peu de profondeur, vous pouvez espérer que votre bateau ne s’en ira pas tout seul, une fois attaché fermement au fond par son mouillage.
Eh bien Port-Phaéton a exactement ces caractéristiques. Le lieu est fermé de toute part soit par la terre ferme des montagnes au nord, à l’est, au sud, soit à l’ouest et au sud-ouest par un large plateau corallien capable de laminer une mer monstrueuse en la réduisant à des vagues désordonnées mais raisonnables. En plus la profondeur n’est que de 5 à 8 mètres et le fond est constitué d’une vase très compacte et adhésive qui avale votre ancre et ne la laisse plus bouger.
En cas d’alerte, il faut vite venir ici pour mettre son bateau dans une zone libre de voisins, avec deux, voire trois ou quatre ancres, reliées chacune par une cinquantaine de mètres de grosse chaîne au bateau qu’on aura préalablement déshabillé de tout ce qui pourrait faire prise au vent, s’envoler, se déchirer, se casser. Ensuite, il reste à évacuer le navire et prier si l’on croit en Dieu.
En tout cas, si je devais faire face un jour au mauvais temps en Polynésie, je me précipiterais à Port-Phaéton en espérant ne pas avoir été devancé par trop de monde.
Et puis, à Taravao, il y a des "choses" à voir. Je passe sur l'église, fierté du village,
pour vous montrer plutôt des images du plateau de Taeavao, où paissent les vaches laitières de Polynésie dans un paysage ressemblant aux pâturages de la Lozère.
Difficile de croire qu'on est sous les tropiques, au milieu du Pacifique.
Et puis, de la-haut, on voit bien l'étroitesse de l'isthme 
Dans les nuages, Tahiti Iti 
Ah ! J'allais oublié de vous dire (mais ça c'est surtout) pour Fabrice, qu'il y a tout ce qu'il faut pour satisfaire les paisanciers du côté de Port-Phaéton : une marina toute petite mais très accueillante, une école de voile dynamique, un chantier qui a bonne réputation et même un atelier de voilerie. Sympa, non ?






et ça, c'est les restes d'un voilier qui s'est suicidé après avoir vu passer le beau Sabay Dii sous voile !

Harrison Smith

Vous avez pu admirer les belles fleurs que j’ai photographiées au jardin d’eau de Vaipahi, mais sur cette même petite commune (Papeari), il existe un autre parc botanique beaucoup plus célèbre, celui d’Harrison Smith.



Deux magnifiques jardins à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, mais ce n’est pas un hasard, non ! Si ce coin de Tahiti est tellement renommé pour ses fleurs et ses cultures, c'est certainement dû à ce Monsieur Smith (1872 - 1947), un américain passionné de botanique dont je ne peux m’empêcher de vous dire quelques mots. Ceux qui me connaissent trouveront quelques points communs amusants avec ma bien plus modeste personne.

La vie d’Harrison Smith

Harrison Willard Smith était passionné par la botanique. Accomplissant ses études à l'Université de Harvard, il fut remarqué en raison de ses aptitudes pour les mathématiques et la physique. Après avoir passé une licence de Sciences physiques, il prépara l'équivalent de l'agrégation qu'il passa avec succès, et se trouva professeur adjoint chargé des cours de physique au M.I.T. (Massachusetts Institut of Technology).
Il devait cependant, avant de se consacrer pleinement à l'enseignement, profiter de sa situation de fortune (là ce n’est pas un point commun avec moi !!!) pour accomplir un tour du monde qui devait l'amener en 1903 justement à Tahiti. Il en conservera un souvenir très ému qui contribuera à l’y faire revenir plus tard.
Il avait commencé à professer au M.I.T. lorsque la première guerre éclata. Son éducation très puritaine et son enthousiasme juvénile le poussèrent à s'engager du côté allié dans l'escadrille La Fayette, avant l'intervention des Etats Unis, mais pas en tant que pilote. En effet, pacifiste sincère, il ne peut accepter l’idée de verser le sang, même pour une juste cause. Il se fera donc ambulancier, conduisant en 1916 et 1917 sa propre auto (une Ford T du même modèle que celle qu'il avait à Tahiti) transformée en ambulance.
La guerre terminée, sa petite fortune lui permet d’envisager de ne pas poursuivre sa carrière universitaire. En 1919, il préfère démissionner et revenir à Tahiti pour s’adonner à sa passion pour la flore tropicale. Rachetant peu à peu différentes petites propriétés, il se retrouve en quelques années à la tête d’un superbe domaine situé au bord du lagon, sur lequel il va essayer d’acclimater toutes sortes d’espèces de fleurs et d’arbres qu’il fait venir à grand frais d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie. C’est ainsi qu’il constitue le domaine de Motu Ovini, connu aujourd’hui sous le nom de Parc Harrison Smith.
Harrison Smith en avril 1928 avec une citrouille de 34,8 kg de sa production 
Sa notoriété n’est pas seulement due à cette collection exceptionnelle de végétaux acquise grâce à sa fortune. En effet, Harrison Smith est un altruiste notoire, dont la principale préoccupation est de parvenir par ses essais de transplantations à améliorer la vie des Tahitiens. A ce point de vue Tahiti lui doit beaucoup. Ainsi, grâce à Harrison Smith, la Polynésie (et en particulier les Marquises) possède de nombreux légumes et fruits autrefois inconnus, comme par exemple une variété de pamplemousses énormes, juteux et délicieux, originaires de Bornéo, qui sont un vrai régal. Il s’emploiera à diffuser du mieux possible ses réussites agronomiques en distribuant gratuitement plants et graines à toutes les personnes intéressées. Mais ce que ne disent pas les publicités, c’est que notre passionné de botanique est aussi responsable de l’introduction involontaire de deux pestes végétales qui représentent aujourd’hui un réel danger pour la biodiversité de l’archipel, et un gros souci aussi bien pour les pouvoirs publics que pour les association de protection de la nature.
Mais la notoriété d’Harrison Smith ne se limite pas à la botanique. En effet, notre homme, qui malgré des moyens financiers hors du commun, a choisi de vivre d’une manière ascétique, presque monacale, dormant sur un simple lit de fer, dans une pièce presque nue, est toujours prêt à rendre service à son prochain. Très disponible, il s’emploie à dépanner ses voisins, n’hésitant pas à assurer une navette pour les conduire à la consultation du médecin à Taravao. A cette époque, cette Infirmerie-dispensaire n'était pas équipée pour une hospitalisation ; il fallait alors évacuer le malade sur Papeete. Harrison Smith proposa au Territoire de faire construire à ses frais un établissement disposant de 12 lits répartis en quatre chambres. Ce devait être là le premier hôpital de Taravao. Harrison Smith s’impliquera aussi beaucoup et un peu partout sur Tahiti, dans la lutte contre l’alcoolisme et pour la réinsertion des victimes de ce fléau.
Il devait décéder le 3 Janvier 1947 après une longue et cruelle maladie. Bien que ses très nombreux amis de Papeari lui aient préparé un tombeau dans l'enceinte du temple et dont l’épitaphe eut pu être « à celui qui aimait autant les plantes que son prochain », il fut inhumé selon ses dernières volontés, sur le flanc de la montagne qui surplombe le parc qui porte maintenant son nom. 
Assis sur la chaise à côté de son ami, l’écrivain Normann Hall 

Ce parc est aujourd’hui ouvert au public, après de multiples vicissitudes (legs, abandons, changements de propriétaires, …). Entre autres curiosités, le jardin abrite un banian épanoui qui s’étend sur plus de 70 m² (la légende dit qu’Harrison acheta les graines à Paris chez Vilmorin). L’inscription de ce parc comme site protégé a été demandé deux fois sans suite, la première en 1964 et la seconde en décembre 1999. Un ambitieux programme de réaménagement du jardin botanique Harrison Smith avait été proposé en 1998 par le paysagiste Pierre-Yves Jorcins, mais n'a malheureusement jamais été concrétisé. Dommage car ce parc exceptionnel par les espèces végétales présentées souffre d’un manque évident de « lisibilité ». Pas de chemins clairement identifiés et fléchés, serres dans un triste état, absence de plaque indicative au pied des plantes remarquables, aucun document informatif à l’entrée du domaine ou ailleurs, tout concourt à laisser à la fois le visiteur lambda sans parcours clair pour circuler dans ce très grand espace, et à la fois le passionné de botanique sur sa faim d’informations simples et instructives. Mais malgré ces carences regrettables, cet espace végétal s’impose comme l’un des plus beaux jardins botaniques du Pacifique. A ne rater sous aucun prétexte, ne serait-ce que pour sa forêt de « mapé » (le très étonnant châtaignier de Tahiti aux racines spectaculaires)..


Ah ! J'allais oublier de vous montrer cette dernière photo ...

C'est le voilier d’Harrison Smith, quio était passionné de mer et de navigation hauturière !