Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

dimanche 19 mai 2019

Karnak

Deux temples parmi les plus beaux et les plus impressionnants d'Egypte furent construits dans l'ancienne Thèbes, devenue aujourd'hui Louxor. Ce sont les temples voués au culte d'Amon qui se trouvent à Karnak et à Louxor. Séparés seulement par 2,5 kilomètres, ils étaient reliés par une voie rectiligne jalonnée de plus de 700 sphinx (c'est ce qu'on appelle un "dromos"). Il n'en subsiste que les deux extrémités, ainsi qu'un tronçon mis au jour au centre de la ville moderne (photo ci-dessous), aujourd'hui en cours de fouille et de restauration. D'autres tronçons pourraient être ensevelis sous les habitations.
Le dromos qui reliait les temples de Louxor et Karnak



La fouille est un travail de fourmi




























Le premier jour du court séjour en haute vallée du Nil fut l'occasion de visiter Karnak, en compagnie d'un excellent guide égyptien.

Karnak


« J’allai enfin au palais ou plutôt à la ville de monuments, à Karnac. Là m’apparut toute la magnificence pharaonique, tout ce que les hommes ont imaginé et exécuté de plus grand. Tout ce que j’avais vu à Thèbes, tout ce que j’avais admiré avec enthousiasme sur la rive gauche, me parut misérable en comparaison des conceptions gigantesques dont j’étais entouré... Il suffira d’ajouter, pour en finir, que nous ne sommes en Europe que des Lilliputiens et qu’aucun peuple ancien ni moderne n’a conçu l’art de l’architecture sur une échelle aussi sublime, aussi large, aussi grandiose, que le firent les vieux Égyptiens ; ils concevaient en homme de cent pieds de haut, et nous en avons tout au plus cinq pieds huit pouces. L’imagination qui, en Europe, s’élance bien au-dessus de nos portiques, s’arrête et tombe impuissante au pied des cent quarante colonnes de la salle hypostyle de Karnac. »

Jean-François Champollion (1829)

Karnak en 1850
tel que l'a photographié
Maxime Ducamp


Le mot Karnak vient de l'arabe al-Karnak, expression signifiant "le village fortifié". Dans l'antiquité, ce site s'appelait Ipet Sout, ce qui peut se traduire par « le plus estimé des lieux » et qui s'écrit .en hiéroglyphes :

La construction du complexe de Karnak s'est étalée sur plus de deux millénaires, de Sésostris Ier (-1962 / -1928) au Moyen Empire à l’époque ptolémaïque, avec une succession de construction, de modification, de rajouts, de destructions, de remaniements, etc. qui en fit le centre religieux le plus étendu de l'Égypte antique. Cette importance est traduite par son nom. S’étendant sur plus de 2 km², c'est le temple le plus important de la XVIIIe dynastie, mais c'est surtout le plus grand complexe religieux de toute l’Antiquité.  Il était consacré à la triade thébaine et c'est pour cette raison qu'il est composé de trois enceintes : celle du dieu faucon Montou au Nord, celle d'Amon-Rê, au centre, et celle de la déesse Mout, son épouse, au Sud. 
Par O H 237 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=38349564
Le site de Karnak est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979, mais seule l’enceinte d’Amon peut être visitée.

L'enceinte d'Amon
D'après http://www.passion-egyptienne.fr/Karnak%201.htm
Karnak connaîtra son véritable âge d'or au Nouvel Empire. Les pharaons exprimeront leur dévotion au dieu principal Amon en y apportant d'importantes quantités de richesses en provenance des territoires sur lesquels l'Égypte étendait son influence. Ils contribueront à l'embellissement de Karnak qui deviendra le plus grandiose complexe religieux de l'antiquité.
La puissance du clergé d'Amon, considérable, transformera ce pouvoir en un État dans l'État. Les grands-prêtres d'Amon garderont longtemps une influence prépondérante sur la monarchie pharaonique. Thèbes restera le cœur spirituel de l'Égypte quand elle perdra son statut de capitale dynastique. Ce n'est qu'en 391 de notre ère, qu'un décret de Théodose, entraînera la fermeture des derniers sanctuaires qui seront dépecés.
Karnak sera redécouvert par le capitaine Norden et le révérend Poclocke au début du XVIIIème siècle, avant que l'expédition de Bonaparte en fasse l'inventaire. Le complexe archéologique deviendra une carrière sous Mehemet Ali. Auguste Mariette commencera le dégagement des temples en 1858, à la tête du Service des Antiquités égyptiennes et à la demande du khédive Ismâel Pacha.

D'après http://www.egyptologie.com/karnak.htm
L'axe principal du temple d'Amon, perpendiculaire au fleuve, relie le Saint des Saints, à l'Est, au Nil, à l'Ouest. L'axe secondaire Nord-Sud, dit axe royal, conduit au complexe sacré de la déesse Mout. Orienté selon ces deux axes orthogonaux, le site de Karnak reflète la conception fondamentale que les Égyptiens se faisaient de l'ordre du monde. L'axe Nord-Sud est une axe terrestre qui correspond au cours du Nil, et l'axe Est-Ouest un axe céleste qui répond à la course quotidienne du soleil, second principe vivificateur de la terre d'Égypte.
Pour pouvoir imaginer le gigantisme de ce complexe, rien ne vaut une visite virtuelle en 3D ...




Le site fait encore l’objet de fouilles conduites dès le XIXe siècle par des archéologues français, organisés depuis 1967 au sein du Centre franco-égyptien d'étude des temples de Karnak (CFEETK). Les découvertes continuent à être nombreuses.

Maquette visible au Musée du Caire
Comme on peut le voir sur la maquette ci-dessus visible au Musée du Caire, l'entrée occidentale de l'enceinte d'Amon-Rê s'ouvrait sur un bassin relié au Nil par un canal artificiel, aujourd'hui disparu. C'était la voie processionnelle qu'empruntait la barque d'apparat de la triade thébaine d'Amon, Mout et Montou lorsqu'ils se rendaient au temple d'Amon de Louxor lors de la fête d'Opet.

L'entrée occidentale de karnak
La porte de l'Ouest, précédée d'une allée majestueuse bordée de vingt sphinx à tête de bélier sensés protéger l'entrée du temple, s'ouvrait dans la grande muraille que l'on voit en arrière-plan sur la photo ci-dessus. Appelée le premier pylône, ce monument gigantesque est le plus imposant jamais construit à Karnak : long de 113 m et large de 15 m, le Ier pylône s'élevait probablement à 40 m de hauteur. De période tardive (daté de la XXXe dynastie (Nectanebo Ier)), il est resté inachevé et ne porte aucune décoration sur ses parois qui n'ont jamais été ravalées. Sa façade principale est ornée de huit niches, qui accueillaient des mâts à oriflammes aux couleurs des dieux de Karnak. Les deux môles de grès du pylône symbolisaient chacun l'une des chaînes montagneuses qui délimitent la vallée fertile du Nil, seule partie habitable du pays et qui constituent de fait les deux horizons entre lesquels s'accomplissait la course du soleil.
La grande porte, qui a perdu son linteau de granit pesant 400 tonnes, porte une inscription dans le passage, en haut et à droite, qui rappelle la visite des troupes bonapartistes en 1799.
Les vingt sphinx à tête de bélier protègent l'entrée occidentale du temple
Chacune de ces statues tient entre ses pattes, en signe de protection, une statuette du pharaon.
Une vaste cour s'étend entre le Ier et le IIe pylônes. Elle recevait l'assemblée des fidèles lors des grandes fêtes religieuses. Elle abritait également plusieurs édifices intervenant directement dans les processions rituelles de la barque divine d'Amon.
Elle constitue la plus vaste des cours de tous les temples égyptiens avec plus de 8000 m² de surface (103mx 84m) ; elle date de la XXIIe dynastie.
La colonnade de Taharqa s'élève en son centre et marque l'un des quatre coins cardinaux du temple. La colonne de 21 mètres de hauteur est le dernier vestige du kiosque qui comptait 10 piliers papyriformes fasciculés reliés entre eux par des architraves de pierre qui supportaient un simple plancher de bois. Cette ancienne salle hypostyle avait été construite par Taharqa, un pharaon nubien de la dynastie dite « éthiopienne » (XXVème dynastie).
De chaque côté, Chechonq Ier fit également bâtir une colonnade, formant deux portiques latéraux. Chacun d'eux est orné, à ses pieds, d'une série de béliers, vestiges de la partie orientale du dromos supprimé lors de la réalisation de la cour.
Voilà à quoi cela devait ressembler ..
La grandeur de Karnak est symbolisée par celle de la salle hypostyle, située entre le premier et le deuxième pylône. Le constructeur a voulu figer dans la pierre une forêt de papyrus : 134 colonnes papyriformes de calcaire, ouvertes ou fermées, surgissent parfaitement alignées dans une salle de 102 m de longueur et de 53 m de largeur.
Colonnes de la salle hypostyle
Pendant la construction, la salle hypostyle fut sans doute remplie avec des briques d’argile, de l’argile ou du gravier jusqu’à la hauteur des architraves ; les reliefs furent gravés ensuite lors du déblayage progressif de ce matériau de remplissage.
Les piliers plongeaient leurs racines dans l'eau du Noun (la nappe d'eau souterraine) et leurs tiges supportaient les corolles qui s'ouvraient vers le bleu du plafond peint. 
La construction et la décoration de cette salle s'effectueront par étapes entre le XIVème et le XIIème siècles avant Jésus-Christ. Les douze colonnes centrales remontent au règne d’Aménophis III ; les colonnes latérales et le IIe pylône sont attribués à Horemheb.
Les décors commencés par Ramsès Ier, ont été repris par Séthi Ier, pour la partie nord, qui nomme la salle "Le temple Seti-Merenptah est glorieux dans la demeure d'Amon" et par Ramsès II, pour la partie sud, puis complétés par Ramsès IV.


L'ensemble de l'édifice était recouvert d'un toit de pierre dont la partie centrale, la plus haute, permettait l'ouverture de claustra qui dispensaient une lumière abondante dans la nef centrale (cela explique pourquoi les chapiteaux de ces deux rangées centrales sont représentés ouverts) tandis que les bas-côtés restaient dans la pénombre, à peine éclairés par un pinceau de lumière émanant des rares ouvertures pratiquées.
Voilà à quoi cela devait ressembler (Reconstitution G. Homann).
Notez la taille des personnages.
La salle hypostyle est magnifiquement décorée ...
Herbert et notre guide dans la salle hypostyle

Notre érudit guide

Décorations murales sculptées
A partir du troisième pylône, on entre dans le sanctuaire
Décorations murales peintes
La porte du quatrième pylône donne accès à un vestibule que les textes égyptiens nommaient Ouadjyt, "la verdoyante" ou "celle des colonnes-papyrus".



Vous pouvez voir autour du gardien la base de colonnes, ce qui indique que cette partie du complexe était couverte, malgré la présence des deux obélisques de granit rose. Le vestibule d'intronisation et de montée royale, avec les colosses de Thoutmosis Ier dressés contre les murs latéraux, deviendra une cour sous Hatshepsout. Celle-ci fera rajouter deux obélisques supplémentaires à l’occasion de son jubilé, en l’An 16 de son règne, qui passent pour être les plus beaux d’Égypte.  

Le Ouadjyt de Thoutmosis Ier et l'obélisque d'Hatshepsout

Sur les quatre faces on observe des inscriptions verticales et des reliefs, entre autres on obtient de précieux renseignements sur les travaux relatifs à la taille et au transport de l’obélisque. La position des rainures de pose sur les socles permet d'affirmer que les obélisques de l'Ouadjyt sont arrivés par le Nord et que l'obélisque Sud sera dressé avant celui du Nord.
Akhenaton supprima les représentations et le nom d’Amon que Séthi Ier fit restaurer par la suite : le martelage et la restauration sont encore visibles.
Son successeur, Thoutmosis III, enfermera les obélisques de la reine dans une enceinte qui les masquait, à l’exception des pointes qui seules restèrent visibles. Il ne pouvait détruire le symbole des rayons du soleil.

Il fallut 7 mois seulement pour tailler dans le granit d’Assouan les deux obélisques d’après l’inscription de la base de l’obélisque nord.
Ils mesuraient près de 30 m de haut et étaient entièrement plaqués d’électrum qui devait étinceler au soleil.

Karnak a conservé la plupart de ses obélisques
  • les deux obélisques de Thoutmôsis Ier ;
  • les deux obélisques d'Hatchepsout ;
  • un des deux obélisques de Thoutmôsis III (l'autre appelé obélisque de Théodose se trouve sur l'hippodrome de Constantinople à Istanbul) ;
  • l'obélisque de Séthi II qui se trouve au bord de l'allée des sphinx du temple d'Amon.



Séthi II et Ramsès III ont entrepris la construction des deux temples reposoirs de barques situés au nord et au sud de la grande cour. Ces barques servaient aux cérémonies, comme par exemple la fête d'Opet. A cette occasion, le dieu Amon, qui résidait dans le temple de Karnak, se rendait une dizaine de jours chaque année au temple de Louxor lors de la fête d'Opet. On plaçait la divinité à l'intérieur d'un naos posé sur une barque, portée par des prêtres, pour effectuer le trajet. Cette procession, la fête religieuse la plus importante à Thèbes à partir de la XVIIIème dynastie, attirait une foule considérable sur les 2,5 kilomètres parcourus. Les dieux Mout et Khonsou seront ensuite également transportés dans des barques sacrées lors de certaines fêtes.




Statue de Thoutmosis II dans sa Cour des Fêtes.












































L'eau est un des éléments de la cosmogonie égyptienne qui intervient à la fois dans les rituels de purification et dans de nombreuses offrandes. C'eset pour cette raison que Karnak a un lac alimenté par les eaux d’infiltration de la nappe phréatique.
Le dernier état du lac Sacré a été attribué à Thoutmosis III.
Les berges, rongées par les eaux stagnantes riches en salpêtre, s’étaient effondrées. Vers 1925, il a été restauré et a ainsi retrouvé ses anciennes dimension : un rectangle de 120 sur 77 mètres.
Plusieurs escaliers permettaient aux prêtres d'accéder au lac.
Un nilomètre construit dans l'angle Nord-Ouest du lac servait également aux prêtres à mesurer la hauteur de la crue.



Le temple de Karnak ne fut bien évidemment pas construit en un jour...

  • Le pharaon Sésostris Ier (XIIème dynastie) éleva le premier temple.
  • Les pharaons successifs des XVIIIème et XIXème dynasties lui donnent un aspect de plus en plus imposant.
  • Thoutmosis Ier donne au temple son aspect définitif avec ses pylônes et obélisques..
  • Thoutmosis II y ajoute un lieu de cérémonie : la cour des fêtes.
  • Hatshepsout fait ériger un huitième pylône et bâtir la célèbre chapelle rouge. Ces travaux titanesques sont relatés sur les parois du temple de Deir el-Bahari.
  • Thoutmosis III consacrera une grande partie de ses butins de guerres à l'embellissement du temple. Il fit, entre autre, creuser le lac sacré, créa la grande cour royale, entoura le temple de portes en granit rose.
Pour terminer ce voyage culturel à Karnak, embarquez pour une petite virée virtuelle et tentez de retrouver tous les éléments précédemment décrits. Mais pendant ce voyage à 3 dimensions, il vous faudra ajouter par la pensée, des décors omniprésents sur les pylônes et les colonnes, des sculptures tantôt délicates tantôt gigantesques, et, décorant les cours et les salles, des peintures très colorées ou des gravures sur pierre. Si votre imagination vous permet de voir les prêtres, les fumées, les oriflammes, alors, vous aurez fait un voyage dans le temps de 3 à 4000 ans en arrière ... Oui ! Trente à quarante siècles !!!
Attachez vos ceintures et rêvez ...
   

Les personnes intéressées par le sujet (et sur le patrimoine archéologique de l'Egypte en général) peuvent se connecter au site passion égyptienne (tenue par Colette Faivre), qui est une vraie mine d'informations à la fois très accessibles et de grande qualité. C'est là que j'ai pioché une grande partie du texte de cet article.

http://www.passion-egyptienne.fr/accueil.htm

Par contre les photos sont toutes miennes.



samedi 18 mai 2019

Louxor, enfin !

Etant coincé à Port Ghalib pour plusieurs jours à cause d'un vent très violent de secteur Nord (le plus défavorable pour rejoindre Suez), je me suis tout de suite renseigné pour aller à Louxor et à Karnak que je voulais visiter à tout prix, car je n'avais pas pu y aller lorsque, à l'âge de 20 ans, j'étais venu en Egypte.
Luxor est à 250 km de la Mer Rouge ...
... sur les bords du Nil et en plein désert
A cette époque de guerre entre l'Egypte et Israël, entre la Syrie et le Liban, et entre l'Egypte et la Libye, vouloir faire le tour de la Méditerranée en auto-stop, à pied et en courant un peu tous les jours semblait un projet risqué, voire un peu fou. Mais après m'être bien renseigné, avoir beaucoup rusé, et après deux courts séjours en prison (histoire de vérifier que je n'étais pas drogué ni juif ni israélien), j'étais finalement arrivé au Caire où, suite à quelques heureux concours de circonstances, je fus adopté par plusieurs familles égyptiennes qui ne voulaient pas que je dépense la moindre livre égyptienne pour pouvoir continuer mon périple. Tout se passait très bien lorsque la police fit une descente dans le quartier de Khan Al-Khalili où j'étais hébergé et m'embarqua pour un interrogatoire musclé dont je sorti avec l'ordre de quitter le pays immédiatement (les alertes de raids israéliens étaient incessantes, et la présence d'un électron libre étranger ne plaisait pas du tout aux autorités locales). Du coup, il me devenait impossible de remonter plus haut (vers le Sud) le Nil, ce qui était pourtant l'un de mes objectifs majeurs. De la civilisation égyptienne, je n'avais donc vu que le fabuleux Egyptian Museum du Caire et les pyramides de Ghizeh où, privilège dont peu de monde peut se prévaloir, j'avais pu dormir (à l'intérieur de l'une d'elles), après avoir rendu service et sympathisé avec le gardien. Pour me consoler, je décidais que je prolongerais mon tour de la Méditerranée en allant toujours en auto-stop à Londres (les kilomètres et les heures d'attente au bord de la route ne m'impressionnaient déjà pas beaucoup) où se trouvait pour quelques mois encore l'exposition Toutankhamon. Néanmoins, je quittais l'Egypte un peu frustré en me promettant d'y revenir pour voir la Vallée des Rois, Louxor, Karnak, etc. un jour ou l'autre. Et après avoir attendu presque un demi siècle, je me retrouvais enfin tout près du but.
De son côté, mon copain Herbert qui naviguait aussi en solo sur son joli petit catamaran Chi, et qui n'avait pas plus envie que moi d'affronter le vent violent ni les vagues de la mer Rouge se renseignait aussi pour aller faire un tour du côté des sites archéologiques majeurs de la région de Luxor. Après avoir comparé les propositions que l'on avait faites à chacun de nous, nous décidâmes d'aller négocier un séjour de trois jours en commun en partageant les frais, d'où une substantielle remise pour une prestation absolument parfaite, jugez-en par vous-même :
  • transport Port-Ghalib -- Luxor (aller-retour, soit plus de 600 km dans le désert) en limousine, c'est-à-dire dans un taxi très confortable, avec un chauffeur particulier qui nous conduira ensuite aux divers sites archéologiques le premier jour ;
300 km de désert à parcourir pour rejoindre Luxor



  • un guide particulier (docteur en histoire de l'art, fils et petit -fils de fameux archéologues égyptiens) pour toute une matinée au temple de Luxor et l'après-midi dans la Vallée des Rois
  • toutes les entrées dans les sites étaient comprises dans le tarif de départ ;



  • logement sur la rive ouest du Nil, dans un quartier fait de quelques habitations parsemées au milieu des potagers, des oiseaux, moutons, chevaux, ânes, ... et pourtant à dix minutes à pied seulement du centre-ville via l'embarcadère. Et quel logement ! Une somptueuse villa avec piscine, jardin, loggia, dont nous occupions un étage, avec tout le confort imaginable et un propriétaire sympathique et généreux tout à notre service pour le seul plaisir de nous faire plaisir (il viendra même nous apporter le petit déjeuner, des plateaux de fruits, nous paiera le transport en bateau particulier sur le Nil !!!). Inimaginable chez nous !

Et tout cela pour 250 € par personne. Non seulement le prix était très concurrentiel mais la prestation superlative, ce qui a fait de nos trois journées à Luxor un séjour particulièrement plaisant.
Vous pourrez bientôt voir des images de quelques uns des innombrables trésors archéologiques de la région, mais avant cela, voici quelques images retraçant le déroulé de ce court séjour.
Le premier jour : départ de la marina, de nuit, à 5 h du matin ... pour 4 heures de route
Sur la route, beaucoup de check-points
avec des militaires armés jusqu'aux dents
mais néanmoins très décontractés
Nous filons à vive allure sur une belle quatre voies
Du désert encore du désert, toujours du désert, ...
... mais avec un relief pyramidal
qui a du inspiré les anciens.

 En nous rapprochant du Nil, le désert s'urbanise progressivement

De l'habitat anarchique comme ici, ou au contraire d'immenses complexes immobiliers, genre cages à lapins
On approche, les piétons apparaissent, ...
... et la circulation se densifie
essentiellement des attelages avec mulets, ânes ou de vieux canassons

et pour les plus fortunés, un triporteur
Malgré les cultures qui deviennent extensives à l'approche du Nil
les tracteurs sont rares (celui -ci transporte de la canne à sucre)
Nous arrivons à Louxor

A neuf heures, nous avons rendez-vous avec notre guide particulier, un homme affable, érudit, parlant un excellent anglais, pour la première visite, le grand temple de Karnak (à quelques kilomètres au Nord du centre-ville de Louxor) dont je vous proposerai des photos très prochainement. Cette visite très enrichissante nous prendra toute la matinée.
Le temple de Karnak
Après un repas (inclus dans le tarif) bon et copieux dans un authentique petit restaurant égyptien (crudités goûteuses, beignets de fèves, falafels, riz et poisson du Nil.etc.) nous partons avec notre chauffeur et notre guide à la Vallée des Rois, où se trouvent les tombes cachées de très nombreux pharaons. Comme le prévoit notre billet d'entrée, nous visiterons trois sépultures que notre guide nous a recommandées. A la fois splendide et impressionnant.
Qui pourrait deviner que dans ce canyon se trouvent les plus beaux trésors de 15 siècles d'histoire pharaonique ?
En milieu d'après-midi, après un petit détour dans un atelier de tailleurs de pierre plein de superbes productions, où nous passerons un bon moment à siroter du thé en compagnie du propriétaire et de quelques autochtones, sans la moindre pression commerciale, nous rentrerons à notre logis. Accueil très cordial du propriétaire qui nous attendait et nous fit découvrir la propriété. Après la douche, balade à pied dans le quartier, très calme, en pleine nature, et pourtant tout proche du centre-ville via les nombreux bacs qui traversent le Nil, et promenade le long du fleuve.
La rue qui va de "notre" maison à l'embarcadère
la circulation dans "notre" rue















Vue depuis "notre" maison
Vue depuis "notre" maison
Blé, orge, riz, tout peut être cultivé dans les environs du Nil
Vue depuis "notre" maison
La séance quotidienne de dressage de la jument
Une felouque sur le Nil (il peut y en avoir beaucoup plus suivant l'heure et le lieu)
L'embarcadère du bac public et des innombrables bateaux privés qui assurent la liaison
entre Luxor Ouest (ou nous logions) et Luxor Est (où se trouve le centre-ville et le grand temple). 


Très relaxant !

Le deuxième jour :  visite le matin du superbe musée de Louxor, dont vous verrez prochainement quelques pièces de toute beauté.
L'une des merveilles du musée de Louxor
Puis nous flânerons dans la ville jusqu'au début d'après-midi


















Herbert savoure son thé en rêvant

















Le port de la mitraillette n'est pas obligatoire

Dans l'après-midi nous visiterons le célèbre temple de Louxor dédié à Amon dont vous verrez aussi prochainement des images.
Rencontre avec un passionné de poésie capable de déclamer poèmes et prose
dans la langue de Shakespeare, de Molière ou de Goethe.
Quel amour des langues et quelle érudition, Monsieur !
Il y avait longtemps qu'Herbert l'Autrichien n'avait pas entendu parler allemand !

Le troisième jour : grande virée à vélo, pour nous rendre au temple funéraire d'Hatchepsout, et pour voir quelques sites très tranquilles car bien moins connus, et ignorés des foules de touristes.
Oh Herbert, pas trop mal aux pattes ?
Voici ce que l'on peut voir depuis son biclou ...
Pas mal le spectacle à vélo, non ?
Temple funéraire d'Hatchepsout
Cette balade sera l'occasion d'une rencontre particulièrement chaleureuse avec Habibi, un gardien de site isolé avec qui nous avons tout de suite sympathisé.
Chez Habibi
Son astucieux système de chauffage
Il nous fera voir des monuments enterrés auxquels personne n'a accès et des catacombes où les ouvriers étaient massacrés à la fin des chantiers, pour être sûr que le secret des lieux soit bien gardé.
Depuis, je lui ai envoyé les photos par la poste.
                 

Merci Habibi pour cette si agréable rencontre. 
Au retour, nous traînerons dans "notre" quartier pour acheter des vivres fraîches pour l'avitaillement de nos bateaux (une bonne dizaine de kilos de fruits et légumes pour deux €, du pain égyptien, des dates en grande quantité, des pâtisseries, etc.). De quoi empiffrer jusqu'à la Méditerranée.

La boulangerie
Retour bien chargé à "notre" maison où nous attendait notre chauffeur, pour un retour vers Port Ghalib où nous arriverons en pleine nuit.
Trois jours au rythme des égyptiens. Que du bonheur et un vrai dépaysement pour des marins !
Ce séjour aura été pour moi l'occasion de retrouver des ambiances, des odeurs, des goûts, des bruits qui m'avaient charmé, lors de mon premier et très lointain séjour en Egypte.
Un séjour qui m'aura aussi donné envie de revenir, mais cette fois-ci, je n'attendrai pas un nouveau demi-siècle, c'est sûr !