Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

samedi 16 septembre 2017

Le régime des moussons



Tout le monde a entendu parler de "la mousson" et associe à ce mot (au singulier) des pluies diluviennes s'abattant sur l'Asie chaque année à la même époque, mais les marins s'intéressent aux "moussons" (au pluriel) qui sont un régime de vent alternatif soufflant dans la région de l'Océan Indien pendant la moitié de l'année du Sud-Ouest (d'avril à octobre), puis de Nord-Est le reste du temps.
C'est cette alternance qui permettait du temps de la marine à voile d'aller de l'Afrique à l'Asie et d'en revenir avec des voiliers qui ne pouvaient avancer que vent arrière. C'est grâce aux moussons que le commerce des épices (mais aussi des esclaves) a pu se développer. Depuis, les bateaux ont changé, mais pas le temps, et c'est donc avec la mousson de Sud-Ouest qu'il m'a fallu composer cette année, puisque j'ai fait la navette entre la Malaisie et la Thaïlande d'avril à septembre.
Etant donné ma zone de navigation (côte Sud-Ouest de la péninsule Malo-Thaïlandaise) et étant donné la saison (vent de Sud-Ouest, et temps pluvieux et chaud, donc orageux), je m'attendais à être exposé à du mauvais temps et parfois une grosse mer, car je n'étais pas protégé par la terre. Et j'ai été servi ! La preuve en images ...
Une heure avant il faisait grand-beau, une heure après le vent soufflait à 40 noeuds
Ne pas se fier aux apparences, cette couleur de ciel n'est pas un bon présage
A comparer avec la photo ci-dessous prise dix minutes plus tôt. Une heure avant c'était le soleil qui régnait en maître

Même par beau temps on doit être prêt à affaler sa grand-voile en urgence
Aspect fréquent du ciel en cette saison : du bleu d'un côté, du noir de l'autre 
Ne pas appliquer en Asie les règles météo valables du côté de la Bretagne (on dirait un ciel de traîne mais ce n'en est pas un)
On dirait qu'il va faire beau aujourd'hui ? Eh bien non ! Il va faire très très mauvais !
On est fin août, et je retourne en Malaisie.
Deux heures de tranquillité avant de prendre le plus gros coup de vent de ma carrière
(plus de 50 nœuds d'Ouest, puis de Nord, puis de Sud)
Qui l'eut cru ?
Ca a commencé ainsi, avant de se déchaîner
Vous n'aurez pas d'image du coup de tabac car j'avais autre chose à faire que de la photo !
Vagues de près de 4 mètres déferlantes jusqu'au lendemain.
J'ai du aller me cacher derrière l'île de Ko Phetra,
mais avec 2 ancres et 60 mètres de chaîne par 6 mètres de fond
j'ai dérapé d'un demi-mille.
Éolienne débrayée et anémomètre bloqué pendant quelques heures
(donc vent largement supérieur à 55 nœuds).
Nuit éprouvante !
Heureusement, il y a quand même de belles périodes
La navigation sous spi nécessite de la vigilance
Ce nuage ne me dit rien qui vaille. Par précaution, j'affale le spi et remets le génois, et peut-être même la trinquette

Bien intuité, le nuage est en train de donner naissance à des tornades
Et la mer, me direz-vous, elle est comment ?
Elle peut vite se transformer et passer de plate à un clapot très dur.
Quelques images pour en faire la démonstration. Conditions : le vent qui était faible fraîchit et passe de 10 à 20 nœuds. Voila à quoi ressemble la mer une heure après ...
Pas de moutons apparents, et pourtant, je dois travailler à la barre pour éviter de cogner dans les vagues.
 Et mon voisin ?
Eh bien, il se fait "branler". Pourtant c'est un bateau de pêche d'une vingtaine de mètres.

En conclusion, si l'on veut des conditions peinardes, on navigue dans ce coin de décembre à mars. La situation est alors bien différente. C'est la mousson d'hiver, et l'on est protégé par la terre, d'où un vent faible et une mer plate. Pas étonnant que je n'ai vu presqu'aucun autre voilier cette année.
On peut alors changer de tenue
Pour les férus de météo, quelques explications à propos des moussons : dans les régions situées sous les basses latitudes — entre 30° nord et 30° sud environ — , les alizés des deux hémisphères convergent vers une ceinture dépressionnaire d’environ 200 km de large, la zone de convergence intertropicale (en abrégé : ZCIT ), qui dessine cet équateur météorologique : les masses d’air chaudes et souvent très humides qu’ils y transportent se soulèvent alors par convection en formant la façade ascendante des cellules de Hadley . Or, la ZCIT subit au cours de chaque année des oscillations méridiennes qui la font se déplacer vers le nord durant l’été boréal, vers le sud durant l’hiver boréal ; les alizés franchissent alors l’équateur géographique et, sous l’effet de la force de Coriolis, ils se muent en des vents déviés vers le nord puis le nord-est dans le premier cas, vers le sud puis le sud-est dans le second, qui s’enfoncent assez profondément dans l’hémisphère opposé à celui d’où ils provenaient. Ce sont les vents de mousson.

vendredi 15 septembre 2017

Le tour de Langkawi

Langkawi est une île franche (aucune taxe) située en territoire malaisien, mais tout près de la frontière avec la Thaïlande.
C'est une île étonnante et variée, avec le port de Kuah comme ville principale, ses stations balnéaires aux plages immenses, ses nombreux sites touristiques très attractifs comme le Sky Cab ou le Sky Bridge, mais aussi ses mouillages tranquilles, de belles criques de sable blanc presque désertes, et des paysages toujours particulièrement spectaculaires. Et à la différence de la région thaïlandaise de Phuket, cette zone de navigation pleine de charme n'est pas perturbée par un traffic délirant de bateaux pour touristes.
Il faut pratiquement une à deux semaines pour en faire le tour à la voile en profitant bien de ses coins secrets.
En images ...
Départ de Rebak, petite île satellite située à l'Ouest de Langkawi qui héberge la marina où je laisse Sabay Dii en pension pendant mes longues virées terrestres.
En seulement une petite heure de navigation, on arrive à l'île de Singa Besar, au Sud de Langkawi.
Un mouillage bien abrité en cette saison, avec une jolie plage déserte et plein de bigorneaux sur les plaques de basalte.


En remontant vers le Nord, on arrive dans la très abritée baie de Kuah.
La statue monumentale de l'aigle de mer, symbole de Langkawi
La baie de Kuah bien tranquille au lever du jour

Au loin, dans le crachin, le phare de Kuah, dont la construction ne finira jamais
Rencontre dans le superbe parc de Kuah

Pour remonter vers le Nord de Langkawi, par l'Est, il faut emprunter un itinéraire plein d’embûches, entre récifs et bancs de sable, le tout avec un courant fort et vicieux qui ne pardonnerait pas la moindre erreur de navigation.
On arrive ainsi dans l'un des endroits les plus étranges de Langkawi, au coeur du parc de Kilim, à un mouillage nommé "le trou dans le mur", car on ne le découvre que tardivement et difficilement, en passant au pied de la falaise
Comme vous pouvez le constater une fois de plus sur l'enregistrement ci-dessous qui montre la route de Sabay Dii (qui est loin d'être un véhicule amphibie), les cartes électroniques de la région sont ultra-fausses.



Dans ce mouillage du bout du monde, la mangrove et les falaises mitées de grottes se partagent le rivage qui n'est jamais accessible.
Sur la photo satellitale de Google Earth, on voit bien serpenter ce bras de mer, et on distingue dans sa ramification occidentale une traînée de points blancs.

C'est l'une des surprises du lieu : un abri cyclonique où viennent séjourner des voiliers de tour-du-mondistes et où se sont installés des restaurants flottants sous lesquels poissons et crustacés sont emprisonnés avant de finir dans une assiette.




Mmmmh, le bon crabe ! J'en ai plein les babines !
La partie Nord de Langkawi est encore très différente. On y trouve quelques uns des hôtels les plus luxueux d'Asie, mais le plages n'en sont pas moins désertes
La côte Ouest de Langkawi est totalement acore, les montagnes plongeant directement dans la mer. On ne peut y aborder., mais en longeant l'île, on distingue ce qui constitue l'attraction majeure de Langkawi, le complexe Sky Cab (téléphérique), Sky Bridge (pont suspendu) très fréquenté par les touristes. Pour y accéder, il faut revenir au Sud de Langkawi, dans la baie de Telaga.
Un "resort", juste avant d'arriver à Telaga
La baie de Telaga
Sabay Dii au loin, dans la baie de Telaga
C'est par ici que transite la noria de bus pleins d'australiens, chinois et malaisiens qui vont atteindre le sommet de Langkawi sans dépenser une calorie mais en vidant leur porte-monnaie. Première étape le téléphérique, puis on passe d'un sommet à un autre en empruntant les ponts suspendus dans le vide. Pas recommandé aux candidats au vertige.
Voici quelques images de l'attraction glanées sur Internet.



Mais quand on est armé de courage et en bonne condition physique, on se tape la grimpette à pied. Une vraie punition car, à une exception près, on ne voit jamais le paysage, mais seulement ses pieds qui tentent de ne pas déraper sur les interminables marches glissantes qui conduisent 650 mètres plus haut. Surtout lorsqu'il pleut à verse comme ce fut le cas ce jour-là !
Sabay Dii aperçu fugitivement au travers du seul trou de verdure de ce chemin de croix
























Le panorama à l'arrivée, sous des trombes d'eau et dans un vent tempétueux

Et puis, quand après trois à quatre heures d'effort, on arrive en bas, trempé et bien fatigué, on se dit que finalement, on a fait une belle balade et que pour rien au monde, on aurait échangé sa place avec un touriste enfermé dans une cabine aux vitres dégoulinantes de flotte, puis coincé sur un pont en plein vent. Surtout si sur le chemin on rencontre de telles petites merveilles pleines de vie.

Langkawi vaut vraiment le tour et le détour !