Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

mardi 13 août 2019

Pourquoi ne pas naviguer à la voile avec un voilier

Cela fait maintenant trois mois que je navigue en Turquie, et je suis sidéré par le nombre de voiliers que je croise tous les jours (plusieurs dizaines), sans en rencontrer plus d'un ou deux, les grands jours, qui naviguent à la voile, et ce quelque soit le temps. Pour le petit temps, on peut comprendre mais quand les conditions sont idéales, comme par exemple avec 12 noeuds de vent de travers, cela devient absurde. Car faire avancer un voilier au moteur, c'est bruyant, polluant, et ça coûte de l'argent. Pourquoi ne pas préférer alors le bateau à moteur qui est optimisé pour ça (meilleur rendement, pas de quille d'où la possibilité d'entrer dans les petites criques, mais aussi bien plus stable et confortable qu'un voilier) ? Pas étonnant que dans les marinas turques qui ont au total une capacité d'accueil de plusieurs centaines de milliers de voiliers, ce soit tout le temps la queue à la station-essence. Quand je pense que mon dernier plein date de la Malaisie, alors que le réservoir de Sabay Dii ne contient que 150 L, et qu'il est loin d'être vide bien que j'ai du faire deux jours au moteur pour respecter la législation du Canal le Suez qui proscrit d'aller à la voile. Eh oui, mon moteur sert seulement pour activer le relais quand je dois descendre et remonter l'ancre, ou quand je manœuvre à l'intérieur d'une marina, ce qui est rarissime. Tout le reste du temps, Sabay Di vogue toutes voiles dehors, en silence, avec un sillage dépourvu de la moindre trace d'huile, de carburant ni de fumée.
Empreinte carbone : 0.
Voila le genre de bateau que je croise à longueur de journée.
Un voilier au moteur devant Sabay Dii.

En fait, les raisons pour lesquelles les vacanciers marchent au moteur, je crois les connaitre.

La première, qui se comprend aisément est qu'ils sont pressés. Pressés de faire en quinze jours l'exploraion d'une zone de navigation trop grande, de voir et tester toutes les criques, de s'arrêter dans tous les ports du secteur pour manger dans des restaurants divers et variés, pour lêcher les vitrines et au passage une glace le soir venu. Et pour ceux qui ont loué le voilier, amortir au maximum le coût de la location en étant sûr de ne pas prendre une pénalité pour retour tardif.


La deuxième raison est que beaucoup ne maîtrisent pas la technique de la navigation à la voile. Pour preuve, les loueurs de bateaux ne proposent que des voiles sur enrouleur, sans prise de ris. Il faut voir comment ces bateaux qui sont d'une simplicité d'usage formidable se retrouvent gréés et réglés en mer, le jour exceptionnel où l'on décide de faire un peu de voile. Les voiles faseillent ou sont surbordées, et la plupart du temps on n'en met qu'une alors qu'un voiler ne peut marcher correctement que quand les voiles d'avant et d'arrière s'équilibrent. Les virements et surtout les empannages sont parfois imprévus et de type Louis XVI (avec décapitation certaine d'un équipier perché au mauvais endroit (sur la trajectoire de la bôme). La palme revient à ce catamaran d'une quinzaine de mètres remontant face au vent, moteur à fond, mais avec un gennaker immense (au moins 200 m²) bordé à l'extrème et fasseyant contre les barres de flèches. Ce genre de voile, fragile et fait pour le vent de travers ne peut être utilisé à moins de 45° du vent, sous peine de freiner le bateau, voire de le rendre non maneouvrant, et le moindre contact avec une barre de flèche peut le déchirer de part en part. J'étais tellement sidéré de voir ce bateau que je n'ai pas eu la présence d'esprit de le photographier pour lui descerner la palme d'or du florilège-bétisier de la plaisance à voile qu'il faudra que je fasse un jour. Quant aux mouillages, ils se font très rarement, car mettre l'ancre est une manoeuvre redoutée. Du coup, presque tout le monde se presse pour avoir une place au quai d'un restaurant, car tous les restaurateurs avisés proposent une aide gratuite à l'amarrage sur un ponton qu'ils ont construit pour attirer le plaisancier. L'équipage est rassuré car il pourra manger et dormir tranquillement, le bateau étant solidement attaché et ne risquant pas de déraper pendant la nuit.
Le ponton plein d'un petit restaurant.
Mais c'est  la troisième raison qui semble l'emporter pour expliquer la navigation au moteur des voiliers. Que ce soit des propriétaires ou des locataires, tous ont besoin de leur confort habituel ; il leur faut donc à bord la fraîcheur (air conditionné, réfrigérateur pour la bière et congélateur pour les glaçons), puis à l'arrivée au mouillage ou au port, Internet, la télé, l'éclairage allumé dans toutes les cabines, sans oublier la douche tiède pour se dessaler après chaque baignade, les instruments de navigation avec de grands écrans couleur pour faire beau, et ainsi de suite. Les voiliers modernes sont suréquipés, et une grande partie des équipements n'est pas nécessaires pour naviguer sûrement et confortablement. La mode du moment est d'installer un éclairage sousmarin bleu qui fonctionne en permanence pendant la nuit, pour donner l'impression que le bateau flotte sur un nuage céleste. Et plus l'éclairage est puissant et étendu, plus cela signifie que le bateau est grand, luxueux et cher. De quoi rendre son propriétaire bien fier ! Heureusement tout le monde n'en est pas là, mais la règle tacite n'en demeure pas moins que, en général, le plaisancier est rassuré quand il retrouve à bord presque tout ce qu'il a à la maison. Le constat est inquiétant dans un monde menacé de réchauffement planétaire, car la plaisance est, avec la randonnée pédestre et quelques autres formes de vacances éco-responsables, une activité qui a toutes les caractéristiques pour être naturelle, dépaysante, et respectueuse de l'environnement. Mais, dans la plupart des cas, le plaisancier n'a pas profité du changement de situation et de milieu pour changer de posture. Il reste le consommateur frénétique et exigeant qu'il est le reste du temps. Du coup, il lui faut de l'énergie, beaucoup d'énergie, en 12 V et en 220 V pour pouvoir "profiter" sans restriction de la vie sur un bateau. Et quand on ne l'a pas équipé de panneaux solaires, d'éolienne et/ou hydrolienne, il faut faire tourner un alternateur ou un groupe électrogène à longueur de journée et même de nuit. Le moteur marche donc la plupart du temps pour charger les batteries et produire du 220 V.
Les superbes voiliers que l'on voit partout en Turquie sont très cher par des touristes voulant faire un périple de plusieurs jours dans les îles turques. Mais, contrairement, aux apparences ils ne marchent qu'au moteur




Finalement et paradoxalement, sans en être conscients le moins du monde, les plaisanciers qui naviguent au moteur avec un voilier portent une grande responsabilité dans le non-respect de l'environnement. Ils sont plus énergivores et pollueurs que les sédentaires qui ont une installation domestique très optimisée grâce à l'organisation collective de la production d'électricité.
Oh ! Une voile à l'horizon. Extraordinaire !
Mais c'est les vacances, et on en profite. On ne va quand même pas nous ennuyer et nous culpabiliser au meilleur moment de l'année ? Non mais !
Ce faisant, tous ces plaisanciers ratent quotidiennement de formidables occasions de passer quelques heures dans une quiétude parfaite, loin des criques bondées, sans le vacarme des gulets ni l'excitation hystérique des touristes dansant sur le pont des bateaux au rythme du DJ, ou hurlant en se jetant à l'eau. Rien que le doux bruit du clapotis sur la coque qui glisse gracieusement sur une mer d'émeraude.

Et pour finir,  l'exception qui confirme la règle : ce superbe voilier parfaitement réglé remontant au vent en tirant des bords soignés alors que je descendais vent arrière. Oui, mais c'est un bateau de propriétaire et non un bateau loué, et il est français. Eh oui ! Cocorico : les français (mais aussi les anglais) sont traditionnellement des amoureux de la voile, et ils naviguent à la voile le plus souvent possible. Ouf !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire