Bienvenu sur le site de Sabay Dii

En laotien, Sabay Dii signifie "bonjour", "salut", "ça va"...
Dans la pratique, cette expression est utilisée chaque fois qu'on est heureux de rencontrer quelqu'un.
Pas étonnant que j'ai baptisé mon bateau "Sabay Dii", non ?

dimanche 26 janvier 2020

Et si l'on parlait sobriété (deuxième partie)

C'est fou ce qu'on peut être accaparé par des tas d'activités plus ou moins futiles, plus ou moins urgentes, plus ou moins intéressantes, plus ou moins chaleureuses, ..., lorsqu'on est à terre, loin de son bateau, dans un appartement tout déglingué à remettre en état, dans une région où le climat permet de mettre le nez dehors pratiquement tous les jours, où l'offre culturelle est pléthorique, et en étant en outre très poche de sa famille et des copains.
Tous ces facteurs se sont conjugués pour faire en sorte qu'en l'espace de deux mois, je n'ai pas trouvé ou pris le temps de m'occuper du blog. En espérant rattraper ce retard, je reprends aujourd'hui le clavier pour le deuxième volet de mon petit papier sur la notion de sobriété. Cette fois, c'est pour décrire la vie sur Sabay Dii, du point de vue de l'énergie consommée et de sa production, de l'utilisation de l'eau et de son origine, et de la gestion de l'approvisionnement et des déchets.

La (les) vie(s) en mer
Comme vous allez vite le constater, la vie en mer est bien différente de celle qu'on mène à terre et les recettes pour laisser une empreinte minimale sur la planète sont bien plus spontanées, naturelles et simples que ce que vous imaginez probablement. A condition d'en avoir envie, évidemment !
Mais avant d'aborder le sujet, quelques précisions sur le mode de vie, ou plutôt les modes de vie en mer. En effet, il y a plusieurs façons de faire de la voile, ce qui fait qu'il y a différentes sortes de voiliers. On peut par exemple décider de partir loin et longtemps, ou au contraire de faire du cabotage côtier, ou encore de faire des ronds dans l'eau autour de trois bouées, le week-end, en régate. Dans ce qui suit, je ne m'intéresse qu'à la navigation hauturière, c'est-à-dire sur un voilier pensé pour aller loin et longtemps en mer, et donc conçu pour offrir une grande autonomie. C'est le mot-clé de cet article. Mais il y a autonomie et autonomie ...

Rien de superflu
Lorsque j'ai préparé mon bateau avant de me lancer dans mon tour du monde, j'avais déjà l'expérience de 40 ans de navigation, essentiellement passés en course, sur toutes sortes de supports : dériveurs, planche à voile, et dans les dernières années sur des quillards. Des quillards de divers types, plus ou moins rapides, plus ou moins cossus, plus ou moins confortables, plus ou moins grands et donc plus ou moins chers. Les équipements allaient du grand confort de voiliers de croisière utilisés occasionnellement pour une régate, à la version minimaliste d'un "Classe 8", conçu exclusivement pour la course sans le moindre aménagement intérieur et avec lequel je courrais avec un équipage au top-niveau, mais aussi de temps en temps en double sur des parcours hauturiers de plus de 500 milles nautiques, à travers la Méditerranée.
Imaginez ce que cela doit être de naviguer à deux (au lieu de cinq), plusieurs jours sur une minuscule "coquille de noix", de moins de 8 mètres de long, d'un peu plus d'une tonne, à 300 ou 400 km de la côte, avec pour seul confort, un seau pour faire ses besoins, un bidon de 20 litres d'eau douce, des barres de céréales, une petite VHF portable et de portée inférieure à 20 milles, et un GPS de poche. Sur ce genre d’esquif , tout est pensé pour aller le plus vite possible, et donc avoir un poids minimal. Il n'y a donc ni rangements intérieurs, ni table à carte, ni cuisine, ni carré, ni couchage. Pas de moteur non plus, ni de batterie. La coque est vide, sans revêtement intérieur, avec à la place de lit, table, ou sièges, les voiles que l'ont va utiliser selon l'allure choisie, posées délicatement à même le fond et sur lesquelles on ne doit pas marcher. Dans ces conditions spartiates, on apprend à vivre avec le minimum et on découvre que ce n'est pas si pénible. On découvre surtout, dans le même temps, que moins on a de choses à bord, moins on a de problèmes potentiels. C'est cette idée simple qui a présidé à la recherche et à la préparation de Sabay Dii : avoir un bateau marin et rapide (deux facteurs primordiaux de sécurité en mer) en choisissant un RM1200, et à l'intérieur, uniquement ce qui permet de bien préparer ses navigations, de se bien nourrir, de se reposer, de tout réparer en cas de panne, et rien de plus.

L'énergie sur Sabay Dii
Exit donc les congélateur, chauffage, climatiseur, etc. que l'on trouve pratiquement toujours sur les bateaux des américains, néo-zélandais, australiens, et bien d'autres faisant un tour du monde, et qui pensent que vivre sous les tropiques serait un enfer avec 40°C à l'intérieur, ou que passer un hiver en Nouvelle Zélande avec une eau à 8°C est impossible. Je peux vous certifier que cela n'a rien de terrible ! Il suffit de faire du courant d'air et de faire trempette quant il fait top chaud, ou de mettre un bonnet de laine et des bonnes chaussettes pour dormir quand ça caille.
En choisissant l'option sobriété-économie, je limitais mes besoins énergétiques au fonctionnement d'un petit frigo et des instruments de navigation, ce qui peut être fourni par une petite éolienne performante, une hydrolienne et un ou deux panneaux solaires, selon les conditions locales. Il en faudrait certes plus pour faire fonctionner à plein temps un radar et un pilote automatique qui sont les deux appareils les plus gourmands du bord, mais d'une part, je fonctionne avec un très sobre transpondeur AIS qui fait presqu'aussi bien qu'un radar, et d'autre part j'ai opté pour un régulateur de vitesse qui est une invention géniale permettant de diriger automatiquement le bateau par la seule action conjuguée du vent et de la force hydraulique de l'eau circulant sous la coque.

L'hydrolenne ou hydro-générateur (un alternateur de voiture couplé à une hélice par l'intermédiaire d'une simple corde).
Quand le voilier avance, l'hélice tourne et entraîne l'alternateur.
Les batteries se chargent automatiquement.

Ainsi, je n'ai pas besoin d'un groupe électrogène et des centaines de litres de gazole qu'il faut stocker pour le faire fonctionner à plein temps. Tout ceci fait que Sabay Dii ne ressemble pas beaucoup à pas mal de voiliers que j'ai croisés au cours de mon périple et qui devaient s'arrêter plusieurs fois dans chaque pays pour faire le plein. Eh oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, la plupart des voiliers au long court consomment de grande quantités d'hydrocarbures. Mais pas Sabay Dii ! D'autant plus que mon cher voilier est léger et rapide, ce qui me permet de ne jamais mettre en route le moteur pour me déhaler en cas de grosse pétole. Même dans les petits airs, il avance.
Pour preuve, Sabay Dii est actuellement en Turquie et il a fait son dernier plein il y a plus d'un an en Malaisie. Au cours de mes 10 années de navigation, je n'aurai fait que quelques pleins (au départ de France, en Espagne, puis en Guadeloupe, puis au Mexique, puis en Polynésie, en Nouvelle Zélande, en Nouvelle Calédonie et enfin en Malaisie). Sachant que mon réservoir contient 150 L et que j'ai souvent fait le plein du réservoir pas du tout vide, j'évalue ma consommation à 1000 L grand maximum pour parcourir plus de 80000 km, ce que me confirme le compteur horaire du moteur. Moins de 100 L par an et pour 8000 km annuels de moyenne, qui dit mieux ?

Le gaz
Pour cuisiner, il faut encore de l'énergie, et sur un bateau, c'est toujours le gaz qui est utilisé. Comme je suis un gros mangeur de salade, et que le matin je consomme des céréales et des fruits, il n'y a qu'un seul repas où j'utilise le réchaud. Et encore pas tous les jours. En pleine mer, je me fais du pain une fois par semaine, ce qui fait qu'avec une bouteille de 7 kg de propane, je dispose d'une autonomie de plus de 8 mois. Avec mes deux bouteilles (l'équivalent d'une grosse bouteille de gaz du commerce), je suis tranquille pendant plus d'un an. 

L'eau sur Sabay Dii
Comme je n'ai pas besoin de beaucoup de carburant, je peux me permettre de transporter beaucoup d'eau. Ce n'est pas l'option la plus fréquemment choisie par les tour-du-mondistes qui optent souvent pour un dessalinisateur, appareil électrique très gourmand en électricité, qui comme son nom l'indique élimine le sel de l'eau de mer. Mais pour le faire fonctionner, il faut beaucoup d'énergie et donc de gazole. Ce choix me paraît absurde, car je préfère transporter beaucoup d'eau plutôt que transporter beaucoup de gazole et un appareil complexe et qui tombe souvent en panne. Que faire en mer sans une réserve d'eau importante si le dessalinisateur rend l'âme ? On me rétorquera que si mon eau est contaminée j'aurai un sérieux problème. C'est pour cette raison que j'ai choisi d'équiper Sabay Dii de 2 réservoirs indépendants de 200 L plus deux autres de 100 L, plus 100 L en bouteilles. Et en plus, je me suis fabriqué un récupérateur d'eau de pluie tout simple que je sors pendant les averses et qui envoie par simple gravité l'eau collectée dans l'un de mes réservoirs. Résultat des courses : j'ai de l'eau en grande quantité, et même en cas de gros pépin (comme par exemple un démâtage), j'ai de quoi survivre plusieurs mois, même par une sécheresse absolue.
D'autant que j'ai pris j'habitude de consommer très peu d'eau potable (un maximum de 100 L par mois). En effet, et les quelques personnes qui sont venues sur Sabay Dii peuvent en témoigner, je suis capable de me laver et rincer de la tête au pied avec moins d'une demi-litre. Mais je me lave souvent à l'eau de mer, car si l'on se sèche immédiatement, il ne reste absolument pas de sel sur la peau. Le sel étant dissout est absorbé par la serviette qu'il suffit de laisser faseyer quelques minutes au vent pour qu'une fois sèche, le sel retombe en mer. Et quand il se met à pleuvoir, je profite de l'aubaine, évidemment.
Pour la cuisine, je me sers de 1/3 d'eau de mer et 2/3 d'eau de mes réserves pour cuire légumes, riz, pâtes, etc. Pour le pain, la concentration en sel de l'eau de mer est idéale aussi. Quant à la vaisselle, elle se fait de manière très simple car toute ma vaisselle est en inox, matériau qui ne fixe pas les corps gras. Un simple rinçage suffit, et l'eau utilisée sera mise à profit pour nettoyer d'autres choses. Dans les cas exceptionnels, un essuyage rapide avec du papier absorbant est d'une efficacité absolue. Donc pratiquement aucun produit ménager de nettoyage n'est utilisé sur Sabay Dii.
Pour la lessive, c'est encore la même stratégie qui dirige les actes. Du savon de Marseille et de l'eau de pluie pour une lessive toujours à la main, évidemment, car les machines à laver n'ont pas leur place sur Sabay Dii.
En résumé, pour ce qui est de l'eau potable, j'ai pris des habitudes de sobriété telles que je consomme extrêmement peu sans me restreindre. Je suis aussi efficace dans ma gestion de l'eau qu'un touareg et du coup, je ne remplis mes réservoirs qu'avant une grande traversée. Le reste du temps, 100 ou 200 L me suffisent et mon bateau ainsi délesté n'en est que plus rapide.

Les eaux usées
Sabay Dii est équipé d'une cuve à eau noire pour les toilettes. Ce dispositif est aujourd'hui obligatoire dans la plupart des pays, ce qui fait qu'aucune matière fécale n'est rejetée près des côtes. Le système de vidange est si simple que, là encore, il n'est pas nécessaire d'utiliser le moindre produit chimique. Ni eau de Javel, ni Cabnard WC, ni bicarbonate de sodium, ni alcool ménager. C'est l'eau de mer qui sert à nettoyer la cuvette des WC et le réservoir d'eaux noires. C'est beaucoup plus intelligent que d'utiliser de l'eau douce comme cela se fait à domicile. Ici encore, on ne peut faire plus simple et plus respectueux de l'environnement.

L'approvisionnement du bateau et les ordures
Vivre en mer, c'est vivre de peu. car on n'est pas sollicité par les publicités, les stands débordants de marchandises, les soldes, ... Les magasins, supermarchés sont à des distances considérables. Quant on arrive à terre, on va acheter de la nourriture au marché avec ses sacs à provisions. Un point c'est tout. En plus, je fais mon pain, mes yaourts, etc. à bord. Dans ces conditions, il devient inutile ou presque de trier les ordures, car elles se résument essentiellement à des épluchures. Certes, il reste parfois quelques emballages, comme par exemple les paquets en carton des céréales, mais dans la plupart des pays de la planète, les produit sont vendus en vrac (le riz en Asie et ailleurs, le sucre au kilo, la farine au d&tail, les fruits et les légumes bien entendu aussi). Les très rares emballages en papier ou carton sont rejetés en mer, découpés en petits morceaux, car biodégradables et les très rares matières plastiques sont stockées à bord jusqu'à la prochaine étape et ses poubelles de tri sélectif si ce dernier est pratiqué. Pour information, tous les déchets non biodégradables de Sabay Dii, pour la longue traversée de l'an dernier (Mer d'Andaman + Océan Indien + Mer d'Arabie + Mer Rouge) ne faisait que le volume de deux petits sacs, non compressés, soit l'équivalent d'une petite poubelle domestique, et rien que ça pour plusieurs mois de navigation. Pas facile de faire aussi bien sur terre.

Moralité
Vivre sobrement est bien plus facile en mer qu'à terre. Les tentations de consommation sont rares, voire inexistantes. Pas de commerces, ni d'Internet, ni de publicités, ... Le fait de vivre en pleine nature oblige à composer avec elle, sans compter sur les éboueurs, les camions-poubelles, les réseaux d'assainissement, les injonctions des associations écologistes, les articles de revues de consommateurs ... Le partage avec les autres est impossible et la collectivisation, la mutualisation n'ont aucun sens. On doit donc trouver des solutions, adopter des attitudes, s'imprégner d'une philosophie pour gérer au quotidien son parcours de vie, le plus respectueux possible de la Mer. Ce faisant, plus ou moins volontairement, plus ou moins consciemment, on vit dans la sobriété la plus absolue, sereinement, sans effort. Et on se sent bien !
Le problème, c'est de se réadapter à la gabegie de la vie occidentale quand on revient à terre, mais c'est un autre sujet dont je vous parlerai probablement dans un futur proche. Une troisième volet du triptyque de la sobriété. A bientôt donc.

mercredi 18 décembre 2019

Lecteurs de Sabay Dii, reconnaissez vous

Bonjour à tous et merci de suivre les aventures de Sabay Dii.
Ce merci s'adresse tout particulièrement à ceux qui doivent faire l'effort de lire les textes dans une langue qui ne leur est pas maternelle.
Pour information, voici la répartition des lecteurs pays par pays.
Désolé pour ceux qui constateront avec dépit que leur pays est classé dans la catégorie "région indéterminée", mais Google est connu pour négliger ceux qui ne lui rapportent pas beaucoup d'argent, et qui, selon mon raisonnement anti-consumériste, pourraient donc être les plus intéressants.


jeudi 5 décembre 2019

Et si l'on parlait sobriété (première partie)

J'ai récemment reçu une lettre qui circule sur Internet et que je me suis permis de réécrire "à ma sauce à moi". Ce faisant, je pensais en permanence à la vie que je viens de mener pendant les dix années passées sur Sabay Dii, en prenant conscience de la remarquable sobriété avec laquelle les navigateurs tour-du-mondistes vivent. D'où cet entracte pour faire un parallèle entre les modes de consommations des "terriens" occidentaux et celle des gens de mer. Loin de moi l'idée de faire de la morale ou de montrer du doigt les uns en louant la conduite des autres. Juste montrer qu'on peut vivre avec très peu, n'importe où, n'importe quand. Encourageant quand on pense à la nécessaire décroissance qui nous attend dans les prochaines années.

C'est l'histoire d'une jeune caissière et d'une vieille dame venue faire ses courses dans un supermarché...

A la caisse d'un supermarché, une vieille dame choisit un sac en plastique pour ranger ses achats. La caissière lui reproche de ne pas se mettre à l'écologie et lui dit :
-        C’est pas bien, vous savez ? Votre génération ne comprend tout simplement pas le mouvement écologique. Seuls les jeunes vont payer pour la vieille génération qui a gaspillé toutes les ressources ! 
La vieille femme s'excuse auprès de la caissière et explique :
-         Je suis désolée, il n'y avait pas de mouvement écologique de mon temps. 
Alors qu'elle quitte la caisse, la mine déconfite, la caissière ajoute :
-         Ce sont des gens comme vous qui ont ruiné toutes les ressources à nos dépens. C'est vrai, vous ne considériez absolument pas la protection de l'environnement dans votre temps ! 
Alors, un peu énervée, la vieille dame se retourne et fait observer que :
-         A mon époque, le mouvement écologique n’existait pas, mais on retournait les bouteilles de verre consignées au magasin.  Le magasin les renvoyait à l'usine pour être lavées, stérilisées et remplies à nouveau. Les bouteilles étaient recyclées. On achetait le café en grain et on le passait au moulin puis à la cafetière, au lieu d’utiliser une machine électrique et une capsule individuelle par tasse de café, et de balancer du plastique et de l'aluminium tous les matins. Mais, c’est vrai qu’on ne connaissait pas le mouvement écologique. On connaissait par contre très bien l’épicier qui vendait presque tout au détail, sans plastique ni polystyrène, mais aussi le boucher, le crémier du quartier ou du village qui servait le fromage blanc à la louche et vendait les yaourts dans des pots en carton.
-        On ne connaissait pas non plus les couches jetables : on langeait les bébés avec des couches en tissu qu'on lavait et relavait au savon de Marseille. On faisait sécher les vêtements dehors sur une corde et pas dans un sèche-linge. On avait un réveil qu'on remontait le soir. Dans la cuisine, on s'activait pour préparer les repas ; on ne disposait pas de tous ces gadgets électriques spécialisés pour tout préparer sans efforts et qui bouffent des watts autant qu'EDF en produit. On n'avait qu'une prise de courant par pièce, et pas de réglettes multiprises pour alimenter toute la panoplie des accessoires électriques indispensables aux jeunes d'aujourd'hui.
-         Quand on emballait des objets fragiles pour les envoyer par la poste, on utilisait comme rembourrage du papier journal ou de l’ouate (avec ou sans élision), dans des boîtes ayant déjà servi qu'on fermait avec un brin de ficelle naturelle, et pas du « bul-pack » ou des billes de polystyrène, ni des adhésifs synthétiques.
-         On remplissait les stylos avec une bouteille d'encre au lieu d'acheter un nouveau stylo. On remplaçait les lames du rasoir au lieu de jeter le rasoir entier après quelques utilisations. Les enfants gardaient le même cartable durant plusieurs années, les cahiers continuaient d'une année sur l'autre, les crayons de couleurs, gommes, taille-crayon et autres accessoires duraient tant qu'ils pouvaient, et pas comme maintenant avec un cartable tous les ans et des cahiers jetés fin juin, de nouveaux crayons et gommes avec un nouveau slogan à chaque rentrée.
-         Quant aux vêtements, on les usait jusqu’à la corde avant de les raccommoder ; on reprisait les chaussettes, on rapiéçait tout par exemple en mettant des ronds de cuir aux coudes des pulls quand ils étaient troués, et on ressemelait les chaussures (une paire pour la semaine et une autre pour le dimanche). Mais, c'est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologique.
Voyant qu’à l’évidence, les verbes repriser, raccommoder, rapiécer, ressemeler,… ne faisaient pas partie du vocabulaire de la caissière, la vieille dame fit observer :
-         Oh je vois bien que tout cela est pour vous du charabia. Alors, parlons téléphone. A mon époque, préhistorique, à quelques exceptions près, personne n'en avait. On allait téléphoner au bureau de poste, une ou deux fois par trimestre, si nécessaire, comme par exemple pour appeler le médecin, ou les pompiers, et pas pour raconter sa vie pendant des heures, comme on le fait aujourd’hui. Puis il y a eu les cabines téléphoniques, à raison d'une par quartier. Aujourd'hui, c'est un téléphone par personne qui fonctionne 24 h/24 et qu'il faut charger pendant la nuit, en faisant tourner nos centrales nucléaires. Par contre, on écrivait beaucoup de lettres pour donner des nouvelles à la famille, déclarer ses impôts ou faire une démarche administrative. Du coup, on savait écrire, et bien, alors qu’avec les textos et les correcteurs orthographiques, on ne sait plus écrire 10 lignes sans faire 20 fautes. On n'avait pas d'Internet, et pour s’instruire, on avait des dictionnaires et des encyclopédies, alors qu’aujourd'hui, les gens n’ont jamais ouvert un bouquin autre que des bandes dessinées, et ne savent pas qui a écrit le Boléro de Ravel… (il y en a même qui pensent même que c’est un grand couturier) ; ils ne savent pas mieux où passe le Danube quand on leur propose Vienne ou Athènes, etc.
Et d’ajouter :
-         De mon temps, le mouvement écologique, on ne le connaissait pas. Par contre, être en mouvement, ça, on savait ce que ça voulait dire. Pour aller faire les courses, on ne prenait pas la voiture à chaque fois qu'il fallait se déplacer de deux rues : on marchait jusqu'à l'épicerie du coin, on montait l'escalier à pied ; on n'avait pas d'escaliers roulants et peu d'ascenseurs. Les gens prenaient le bus, le métro, le train et les enfants se rendaient à l'école à vélo ou à pied au lieu d'utiliser la voiture familiale et maman comme un service de taxi 24 h/24. On n'avait pas non plus de trottinettes électriques ni de VAE qui ne fonctionnent que grâce aux centrales électriques. Comme on se remuait le popotin toute le journée, on n'avait pas besoin d'aller dans un club de gym pour courir sur des tapis roulants énergivores. Par contre, on se couchait tôt au lieu de rester 3 heures devant un écran de télé géant avec 200 chaînes.
-         Eh oui ! A notre époque antédiluvienne, on savait passer du temps dans la nature alors que vous, vous restez vissés devant vos écrans. On avait une nourriture simple et saine car on préparait de bons petits plats au lieu de se goinfrer de bouffe insipide, toute-préparée et bourrée de perturbateurs endocriniens. Comme on se remuait et qu'on parlait avec ses voisins, on était en bonne santé et bien dans sa peau. On n'avait pas besoin d'aller une fois par semaine chez le psy, l’ergothérapeute ou l’ostéopathe (trois professions qui n'existaient pas faute de clients).
Regardant la caissière abasourdie, la vieille dame soulagée d’avoir vidé son sac conclut :
-        Eh oui, ma petite cocotte, faut te mettre dans ta petite caboche de geek, branchée et connectée, que nous les vieux croûtons, ne connaissions ni Internet, ni les réseaux sociaux, ni le mouvement écologique, mais que pour ce qui est de savoir vivre heureux avec pas grand-chose, on était bien plus forts que vous.
Alors qu’elle s’apprêtait à se diriger vers la sortie du supermarché, elle se retourna pour ajouter :
-         Ah, j’allais oublier de vous dire que ce sac en plastique va me servir de poubelle (une petite de 20 L par mois), car moi, je n’achète jamais au supermarché des rouleaux de sacs poubelles, …… en plastique, évidemment ! Juste un de temps en temps, vu que, comme je vis à l'ancienne, c'est-à-dire avec sobriété, je n'ai pas grand chose à jeter !

jeudi 31 octobre 2019

Côte Lycienne - Etape 7 : de Gökkaya Limani à Üçagiz Limani

La zone de navigation constituée par le bras de mer entre l'île de Kekova et le continent est superbe.
Non seulement on y est très abrité du vent et surtout de la houle, mais en plus elle offre une grande variété de mouillages tous très différents les uns des autres avec, pour certains, quelques belles surprises. Mais comme vous vous en doutez, il doit y avoir du monde. Heureusement, Sabay Dii y était fin juin, avant le grand rush.
Après une première nuit à Gökkaya Limani (la Crique des Pirates) et une petite balade à travers une plaine de terre rouge pour atteindre un tout petit fort, Sabay Dii a fait un saut de puce pour aller se mouiller à l'intérieur du plan d'eau de Üçagiz Limani.
De la Crique des Pirates à Üçagiz Limani
Le petit château déjà visité, est laissé à tribord


Sur cette image satellite, on voit la grande île de Kekova.
En jaune la trajectoire de Sabay Dii pour aller de la Crique des Pirates (à droite) à Üçagiz Limani (à gauche).
Entre les deux mouillages, on devine la plaine rouge. En haut à gauche, le village de Üçagiz.
Sabay Dii mouillé à l'Est de Üçagiz Limani.
Tous les petits points blancs sont des voiliers agglutinés aux pontons de trois restaurants.
Sabay Dii dans le mouillage de Üçagiz Limani, vu du grand château de Kaleköy
La partie orientale de ce plan d'eau offre un excellent mouillage, vaste, très abrité, avec, sous trois quatre à cinq mètres d'eau, un fond de vase parfait pour que l'ancre s'y croche solidement. 
Sabay Dii bien tranquille sous le regard vigilant du grand château de Kale Koy
A la différence de Sabay Dii dont le capitaine aime la tranquillité par dessus tout, les autres bateaux vont s'agglutiner à quelques pontons construits par des restaurants : promiscuité, bruit, agitation jusqu'à tard dans la nuit, et manque d'intimité au programme. Mais il y en a qui aiment.

Au cours de ce petit périple, Sabay Dii est passé au pied du village de Kaleköy.

Kaleköy et son château fortifié
Depuis le coin tranquille où était mouillé Sabay Dii, il ne fallait pas longtemps en pagayant avec l'annexe, pour retourner au petit village de Kaleköy entrevu trop rapidement.
Car, comme vous allez le voir, Kaleköy mérite le détour. En effet, ce minuscule village est devenu en quelques années un haut lieu du tourisme de la côte lycienne, heureusement pas très facile d'accès. On n'y peut venir que par la mer, ce qui limite drastiquement l'affluence.
Pourquoi est-il envahi ?
Pour plusieurs raisons : d'abord il faut bien comprendre qu'on ne vient pas ici que pour voir le village. Le voyage en bateau permet aussi de découvrir le splendide bras de mer séparant le continent de l'île de Kekova, en profitant une nuit ou deux d'un mouillage dans une des superbes criques de la région. Mais Kaleköy a néanmoins de l'intérêt. Le village accroché à une colline très escarpée est très pittoresque et il est surplombé par un joli château, en cours de restauration offrant une vue à 360°.
Le château-fort de Kaleköy
Vue depuis le château sur le bras de mer et l'île de Kekova
Vue depuis le château sur le bras de mer et le village de Kaleköy
Vue depuis le château sur le chemin des sarcophages luciens

Le mini-port de Kaleköy
(en fait trois quais construits par les restaurants pour accueillir les bateaux de touristes)
Mais la notoriété de Kaleköy réside dans son célébrissime sarcophage immergé, que l'on voit en photo sur tous les prospectus vantant la Côte Lycienne ...

Le voyez-vous sur la photo ci-dessous ?

 Aller, on zoome ...
Le sarcophage immergé vu depuis la mer, avec le château en arrière-plan


Eh oui ! Pour ce modeste mais très particulier sarcophage, Kalköy est passé en une vingtaine d'années du calme d'un village de pêcheurs perdu loin de toute voie de communication à un site touristique de renommée internationale.
Envahi à la haute saison, il a perdu toute la quiétude dont pouvaient jouir ses rares habitants, paysans ou pêcheurs, qui se sont presque tous reconvertis en restaurateurs-hôteliers-marchants de pacotilles.
Madame ne parle que le turc mais sait faire des affaires avec toutes les nationalités
Coquillages des Philippines


Bracelets indonésiens

L'un des derniers pêcheurs du village
Bien que totalement dénaturé par le tourisme, Kalköy et son bassin de navigation n'en demeurent pas moins une superbe étape pour les veinards comme moi, qui peuvent y venir avec leur propre bateau, hors saison.

mercredi 18 septembre 2019

Des nouvelles fraîches et réactualisées (c'était bien nécessaire)

Cela fait presque deux mois que je n'ai rien publié (et notamment pas la suite de ma croisière en Turquie). La raison ou plutôt les raisons ?

D'abord, j'ai passé un mois complet à préparer le bateau pour l'hiver qu'il affrontera bien à l'abri, dans la marina d'Antalya. A fond, c'est-à-dire entre 10 et 12 heures pas jour à vérifier, démonter, réparer, nettoyer, etc. tout ce qui se trouve dehors et dedans. Et le soir venu, j'étais trop "naze" pour ouvrir l'ordinateur et trier, retoucher des photos, écrire du texte en me documentant avant ... et en plus sans wifi ! Mais j'ai laissé mon beau Sabay Dii fin prêt :

  • voiles vérifiées, éventuellement remises en parfait état (pour toutes les coutures), puis nettoyées, séchées et pliées, et enfin rangées dans la cabine arrière qui sert d'entrepôt pendant la saison morte ;
  • tous les cordages lavés et baignés dans de l'adoucissant textile puis soit lovés et stockés dans le bateau (pour toutes les écoutes, frein de bôme, hale-bas de bôme ainsi que toutes les manœuvres de pont) ou à l'intérieur du mât et de la bôme, bien à l'abri des U.V. (pour les drisses et balancines qui ne peuvent être démontées) ;
  • toutes les poulies démontées, nettoyées, traitées au rénovateur plastique ou au rénovateur inox, éventuellement huilées avant d'être rangées dans le bateau. Même traitement pour les bloqueurs, poulies plat-pont, taquets-coinceurs, etc. qui ne peuvent être démontés, mais que j'ai cachés sous des protections souples en plastique ;
  • rails et chariots d'écoute de grand voile et de génois et trinquette nettoyés et traités contre l'oxydation et les U.V.
  • tous les winchs révisé et graissés, ainsi que la barre ;
  • tous les instruments de mesure, capots et vitres nettoyés et protégés par des caches en PVC de ma fabrication ;
  • les haubans, et enrouleurs de voiles d'avant vérifiés, désoxydés, et traités ;
  • les deux tangons vérifiés et leurs mécanismes huilés ;
  • régulateur d'allure révisé, désoxydé, et mis sous capuchon ;
  • les mouillages vérifiés, nettoyées et stockés bien secs dans la baille d'avant ;
  • tous les petits éclats de gelcoat du pont, rebouchés ;
  • décapage de tous les bois extérieurs et vernissage ;
  • tous les inox (chandelier, support de panneaux solaires et d'éolienne, arceaux de capote et de bimini) nettoyés et traités ;
  • les 13 pare-battages nettoyées et protégés par de belles housse rouge (voir photo ci-dessous).

Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg, car il me faudrait aussi parler du nettoyage de tout l'intérieur, lavage de tous les tissus (housses des coussins, matelas, oreillers, ...), de la chaussette de trinquette que j'ai fabriquée, de l'entretien des moteur in-board et hors-bord, de la confection de sac de rangement (grâce à ma bonne et robuste machine Singer) et la remise en état du guindeau avec changement du joint spi. Heureusement, pour ces travaux, j'ai eu la chance de bénéficier pendant une dizaine de jours d'une aide précieuse 😊.
Le Capitaine satisfait du travail accompli pensait se reposer enfin, et en France. Mais c'était sans compter sur quelques obstacles imprévus sur sa route prévisionnelle qu'il avait naïvement imaginée lisse et rectiligne. Voiture en panne, plus de téléphone (et évidemment pas d'Internet), appartement de Perpignan récupéré mais sans électricité, ni gaz, ni eau chaude. Et au programme un déménagement, des rendez-vous médicaux, d'innombrables démarches et formalités à faire sans moyens de locomotion ni de communication (donc dans des bureaux à faire la queue et en me déplaçant à pied ou en bus). Bref, de quoi m'occuper à autre chose que le blog.

Mais à présent, l'horizon semble s'éclaircir, les divertissements à portée de vue ou déjà goûtés avec délectation à Perpignan (cinéma, plage) mais surtout à Montpellier avec ma Maman toujours aussi éveillée et curieuse, qui, ravie d'avoir de la compagnie, m'a sorti de mon chemin de croix administratif, en m'entraînant dans son tourbillon culturel :
  • au cinéma (film sur Léonard de Vinci),
  • dans des expositions de peinture (Bioulès, Calvet)
  • ou de photos (Lynne Cohen),
  • des spectacles de danse (contemporaine, mais aussi traditionnelle pour la fête des lavandières de Saint-Gély),
  • la foire internationale du voyage et de l'aventure,
  • j'en passe et des meilleures ...
Et tout cela seulement pendant la semaine qui vient de s'écouler.
Et ce n'est pas fini, car le festival Jazzèbre de Perpignan se profile, et mes places sont déjà réservées. Et quelques jours après, ce sont les vacances de Toussaint, et les retrouvailles avec enfants, petits enfants, frères et sœurs, neveux et nièces, etc.

Vous pouvez donc être rassurés en constatant que le marin sait aussi vivre à terre.
Et le blog, dans tout ça. ?
Eh bien, il devrait redémarrer, car d'ici trois jours, je vais avoir l'Internet haut débit, une table et un siège pour poser mon ordinateur et mes fesses, dans un endroit tranquille. Enfin, je pourrai reprendre la plume et vous envoyer comme un métronome la suite de la croisière en côte Lycienne.

A très bientôt, donc.

jeudi 15 août 2019

Côte Lycienne - Etape 6 : de Finike à Gökkaya Limani

24 juin 2019 - La sixième étape de la Côte Lycienne
Départ en matinée de la marina de Finike pour rejoindre une petite crique appelée la Crique des pirates, à Gökkaya Limani ; une navigation agréable d'une vingtaine de milles, en grands bords contre un vent WSW de 6 à 8 nœuds, habituel à cette époque de l'année. Arrivée dans l'après-midi dans ce joli coin qui est un dédale à aborder avec beaucoup de précautions la première fois, car les rochers émergés ou affleurants sont nombreux et non indiqués. Mais avec une bonne visibilité et de l'attention, cela ne pose pas de problèmes majeurs.
20 M vers l'WSW, donc contre le vent.
Gökkaya Limani, d'après Turquie-Chypre de Rod Heikell (Ed. Vagnon)
Trace de Sabay Dii dans Gökkaya Limani
Sabay Dii mouillé dans la Crique des pirates
Fin d'après-midi, Sabay Dii est seul, les autres bateaux étant tous mouillés dans les criques adjacentes, plus grandes
Au lever du jour, vue sur Gökkaya Limani depuis Sabay Dii, dans la Crique des pirates
Encore un matin paysible
Sabay Dii seul dans la Crique des pirates, le matin.


Après une nuit bien tranquille dans ce qui ressemble en miniature à un fjord, il est temps d'aller se dégourdir les jambes, car le coin se prête aux balades, notamment celle qui conduit, par une plaine rouge (visible en bas à gauche sur la photo ci-contre), aux restes d'un petit château datant de l'époque byzantine.

Le petit château vu depuis la mer.
La plaine rouge
Ce n'est pas vraiment une plaine mais plutôt une dépression, très plane qui fut cultivée à une époque.

D'en haut, on distingue bien les restes d'une exploitation agricole et pastorale.
Trace d'un ancien moulin à âne


















Une lavogne pour abreuver le troupeau
En plus d'un puits plein d'eau dans cette zone terriblemnt aride, on trouve des petites cuves taillées dans la pierre.

L'accès au château n'est pas aisé. Il faut crapahuter dans la caillasse et se frayer un chemin dans la végétation méditerranéenne qui fait tout pour écorcher les molets (chênes Kermès, genet scorpion, etc.). En patois languedocien, on dit qu'on "bartasse", pour insister sur la progression peinible dans le maquis.
Mais une fois arrivé en haut, quelle vue !
Un "gulet" a passé la nuit dans la petite crique située au pied de la colline du château.
Bain matinal pour ces heureux touristes
Après cette belle escapade, retour à l'annexe et au bateau pour aller, par la mer, à Kale Köy et Üçagiz Limani, dans un superbe endroit tout proche.
Rencontre avec une tortue terrestre
L'annexe est bien là avec son moteur. En Turquie, aucun risque de vol !
Et Sabay Dii a attendu sagement.